samedi 29 juillet 2023

Carnet de bord 22/07/2023-28/07/2023



Films vus en compagnie
The Full Monty de Peter Cattaneo (1997, The Full Monty : Le grand jeu)
Gaz est chômeur à Sheffield, ancienne cité industrielle prospère qui a subi de plein fouet la crise de la métallurgie dans les années 80. Il traîne dans les rues avec son ami Dave et son fils Nathan, tentant sans succès de voler des barres d’acier dans les usines désaffectées. Incapable de payer la pension alimentaire pour Nathan, il risque de perdre la garde partagée s’il ne verse pas 700 livres à son ex-épouse. Il a alors l’idée de monter un spectacle de strip-tease avec l’aide d’autres chômeurs. Pour se démarquer des Chippendales, ils proposeront un « Full Monty », soit un nu intégral.

Un ami nous fit récemment remarquer que The Full Monty se rapprochait des Ganbatte eiga japonais, ce qui nous donna envie de le revoir. Seul titre réputé de Peter Cattaneo, le tournage fut apparemment chaotique et le film faillit ne pas sortir. Il fut sauvé en salle de montage par le producteur Uberto Pasolini (aucun lien de parenté avec Pier Paolo) et le monteur Nick Moore. Le combo Transpotting (1996)/The Full Monty lança la carrière de Robert Carlyle, qui s’est orienté depuis une quinzaine d’années vers les séries TV.
J’ai eu du mal à m’apitoyer sur Gaz, looser cool qui se heurte à la rigidité de son ex-femme et de son nouveau mari. C’est en réalité un irresponsable qui met Nathan dans l’embarras et l’entraîne dans des situations dangereuses. Le reste en revanche est très réussi et n'a pas pris une ride, une excellente comédie musicale façon Ken Loach. Steve Huison, qui joue Lomper, tient d’ailleurs un des rôles principaux de The Navigators (2001), drame social de Ken Loach portant sur les conséquences de la libéralisation du rail en Grande-Bretagne.


Princesse Dragon de Jean-Jacques Denis & Anthony Roux (2021)
Un dragon sans descendance passe un marché avec une sorcière grenouille : elle lui confie trois œufs en échange de son second bien le plus précieux, qu’elle viendra chercher le jour où il s’énervera. Les œufs éclosent, les deux premiers contiennent des dragonnets, le troisième une curieuse enfant d’apparence humaine capable de cracher du feu et de planer avec ses cheveux. Son père la nomme Poil. Elle grandit rapidement et, durant une balade, rencontre Princesse, la fille du souverain d’un royaume proche. Elles deviennent amies, provoquant la fureur du dragon qui déteste les humains. Conformément aux conditions, la sorcière grenouille surgit pour récupérer son dû.

Si cela fait toujours plaisir de regarder un long métrage d’animation en 2D avec de jolis décors peints à la main, Princesse Dragon manque furieusement d’originalité. Jean-Jacques Denis a tenu à développer son propre univers mais cette histoire d’acceptation de la différence et des effets néfastes de la cupidité engendre une forte impression de déjà-vu. A cela s’ajoute un doublage catastrophique, problème récurrent des animés français, qui font de ce Princesse Dragon un spectacle mièvre à réserver aux petits.


Jacky Caillou de Lucas Delangle (2022)
A la suite du décès de ses parents, Jacky a été élevé par sa grand-mère Gisèle. Magnétiseuse dans un village des Alpes, elle est respectée par les habitants et sa salle d’attente est en permanence remplie. Souhaitant soigner une pie blessée qu’il a secouru dans les bois, Jacky manifeste son intérêt pour les talents de son aïeule, qui lui explique les principes du magnétisme. Son ardeur à apprendre est renforcée par son attirance pour Elsa, une belle jeune femme qui consulte Gisèle depuis peu et qui cache un terrible secret.

Le cinéma de genre à la française se démarque régulièrement de son équivalent américain par sa capacité à revisiter des thèmes classiques du fantastique sous un angle auteuriste. Les frères Boukherma ont ainsi proposé avec Teddy (2020) leur vision du loup-garou, pendant que Thomas Salvador se penchait sur les super-héros dans Vincent n'a pas d'écailles (2014). A l’instar de ses prédécesseurs, Jacky Caillou s’exile à la campagne dans un coin perdu peuplé de ruraux pittoresques incarnés par des amateurs du cru. Lucas Delangle, dont c’est le premier long, repéra Gisèle dans un court métrage documentaire sur le magnétisme qu’il réalisa. Pour Jacky, il jeta son dévolu sur un chanteur débutant, qui l’avait séduit par son innocence dans un café de Marseille.
Le fantastique est discret, fondé sur la suggestion avec un minimum d’effets spéciaux et ancré dans le quotidien à travers une approche quasi-documentaire. Les pouvoirs de Jacky ne sont jamais vraiment avérés, sa fascination pour Elsa finit par constituer le sujet central du récit et ça se termine par une battue crédible dans une région obnubilée par la haine des loups. La musique de Clément Decaudin accentue l’étrangeté de l’ambiance, faisant de ce coup d’essai un succès.


キャッツ・アイ [Cat's Eye] de Kaizô Hayashi (1997)
Les trois sœurs Kisugi volent les tableaux peints par leur père au nez et à la barbe de la police menée par l’inspecteur Toshio Utsumi. Avant chaque cambriolage, elles préviennent les autorités, qui n’arrivent pourtant pas à les arrêter. La situation se complique quand le syndicat du crime chinois Ko-Ryu-Dan envoie un tueur à leurs trousses.

Kaizô Hayashi est un passionné de cinéma qui aime rendre hommage à son art. Son œuvre la plus fameuse est To Sleep so as to Dream (1986), chroniquée récemment par M. Martin. Sans partager l'entrain de mon camarade, j’avais apprécié les effets spéciaux de bric et de broc, amateurisme actualisé dans Cat's Eye par l’ajout de quelques images de synthèse moches. Outre les modifications narratives par rapport au manga (le père est un peintre chinois au lieu d’être un collectionneur allemand, le gang de Chinois est une nouveauté, les justaucorps sont substitués par des combinaisons en cuir façon Catwoman), les sœurs Kisugi deviennent des sortes de Batman version série TV des années 60, avec une multitude de gadgets improbables et une Catmobile. Les trois actrices principales sont des chanteuses/mannequins à la carrière essentiellement composée de TV drama. La chanteuse Anri reprend dans une mouture technoïsante dispensable son single Cat’s Eye, qui servait de générique à l’animé en 1983.
Malgré un fort capital de sympathie, Cat's Eye n’est malheureusement pas une réussite. La faute à un scénario poussif, à un énorme ventre mou et aux scènes répétitives et longuettes avec la méchante chinoise. La course-poursuite initiale est amusante, du gros n’importe quoi avec des effets kitsch assumés. Ça retombe peu après et on s’ennuie ferme, l’action ne redémarrant que vers la fin. Dommage.


Unicorn Wars d’Alberto Vázquez (2022)
Grâce au Livre Sacré, les ours ont pu évoluer, développer leur technologie et leur civilisation. Ils sont entrés en guerre contre les licornes pour le contrôle de la forêt magique et en ont été expulsés. Dans un camp militaire, des recrues s’entraînent et sont endoctrinées. Parmi elles, Célestin est prêt à tout pour devenir le meilleur, quitte à écraser son frère Dodu. Il veut être l’élu qui boira le sang de la dernière licorne et qui, en conséquence selon le Livre Sacré, recevra la beauté éternelle.

J’avais bien accroché à Psiconautas (2015) et j’attendais avec impatience Unicorn Wars. Comme pour Psiconautas, Alberto Vázquez étoffe un court métrage de 2013 coécrit par Pedro Rivero, Sangre de unicornio. Mais s’ils avaient transcendé le matériel d’origine lors du passage au long pour Psiconautas, ce n’est pas le cas ici. Techniquement, c’est toujours aussi impressionnant, un mélange de 2D et de 3D qui a nécessité six ans de travail. La forêt magique est magnifique, avec une faune et une flore colorées et diversifiées. Scénaristiquement en revanche, c’est simpliste et inutilement provocateur. L’objectif semble d’être le plus trash possible, on est davantage dans l’esprit d’un Happy Tree Friends que de la poésie tragique de Psiconautas. Le mutique Bird Boy dans Psiconautas, symbole d’espoir, se droguait pour échapper à la dictature et aux souvenirs de son père assassiné ; à l’inverse, la raison de la cruauté de Célestin est complètement nase, c’est sa jalousie envers son frère jumeau né juste avant lui. La conclusion est lourdingue, à l’instar des métaphores pas subtiles qui parsèment le récit. Dit autrement, j’ai été très déçu.


Films vus seuls
孤剣は折れず 月影一刀流 [Koken wa arezu: tsukage ittôryu] de Yasushi Sasaki (1960, Sword of Destiny)
En apprenant la mort de son maître Ono, l’épéiste Mikogami Genshiro se rend à Edo pour honorer sa tombe. Son école a été reprise par un incompétent et la plupart des élèves sont partis chez un concurrent, les Yagyu. Ceux-ci sont soupçonnés d’avoir organisé la mort d’Ono avec l’aide de dame Kasuga, l’ancienne nourrice du shôgun qui administre le palais intérieur. Craignant que les manœuvres de la vieille intrigante ne menacent la stabilité du shogunat, le seigneur d’Izu, mentor de Mikogami, lui demande d’éliminer dame Kasuga. Il obéit, envisageant par la même occasion de se venger des Yagyu.

Koken wa arezu: tsukage ittôryu provient d’un roman de Renzaburô Shibata, expert en histoires de samouraïs. Ses livres ont été fréquemment portés à l’écran et il est à l’origine du cycle Nemuri Kyôshirô et de La lame Diabolique (1965). La réalisation de Koken wa arezu: tsukage ittôryu est assurée par Yasushi Sasaki, également nommé Kô Sasaki, qui a débuté en 1931 à la Shôchiku et est passé à la Toei en 1952. L’acteur/chanteur Kôji Tsuruta joue Mikogami Genshiro, dans son rôle habituel de chevalier/yakuza errant se heurtant à la vilenie et à la corruption du monde. Hibari Misora interprète la sœur du shôgun, évidemment amoureuse de Mikogami.
Koken wa arezu: tsukage ittôryu suit un chemin ultra-balisé, Mikogami Genshiro est le héros parfait, invincible et digne de confiance, un Ken Takakura avant l’heure. Toutes les femmes succombent à son charme en une vingtaine de secondes, ils dézinguent ses adversaires sans coup férir et seule une jambe blessée lors d’une chute l’amène à fléchir dans un affrontement. Difficile d’être enthousiaste devant une trame si convenue.


悪魔が呼んでいる [Akuma ga yondeiru] de Michio Yamamoto (1970, Terror in the Streets)
Yuri Ebara accumule les ennuis : elle est licenciée sans explication, un de ses vieux amis ne veut plus lui parler, sa logeuse la prie de quitter sa chambre d’ici la fin du mois, son logement est cambriolé et elle essuie un refus pour un emploi qui lui semblait promis. Quand elle se résout à devenir serveuse dans un bar glauque, un client l’accuse du vol de son portefeuille. Elle songe à se suicider, s’arrête in extrémis et est secourue par un homme louche. Il la ramène chez elle et essaye de la violer. Elle s’évanouit. A son réveil le lendemain matin, son assaillant est mort d’un coup de couteau planté dans le cœur.

Akuma ga yondeiru est le second film de Michio Yamamoto, connu pour sa trilogie The Vampire Doll (1970), Le lac de Dracula (1971) et Evil of Dracula (1974), sorte de transposition japonaise des Dracula de la Hammer. Akuma ga yondeiru rappelle d’ailleurs certains thrillers de la Hammer comme Taste of Fear (1961), Paranoiac (1963) et apparemment Hysteria (1965) que je n’ai pas vu. C’est tiré d’un roman de Kikuo Tsunoda, illustre écrivain fan de Simenon et spécialisé dans les histoires de détectives. De façon amusante, Michio Yamamoto n’accepta de diriger son célèbre The Vampire Doll que si la Toho finançait Akuma ga yondeiru, qui lui tenait à cœur. Ils furent projetés conjointement en double programme.
Akuma ga yondeiru comporte trop de rebondissements. Yuri est poursuivie par une multitude de méchants, les retournements de situation s’enchaînent et la conclusion est nase. Cette surenchère finit par détruire l’atmosphère oppressante posée en ouverture. C’est dommage car il y a de bonnes idées, à l’image de cette mystérieuse musique à l’ocarina qui hante les agresseurs de Yuri. Ça ne dure qu’1h15, le curieux pourra se laisser tenter.


変幻退魔夜行 カルラ舞う! 奈良怨霊絵巻 [Hengen Taima Yakou Karura Mau! Nara Onryou Emaki] de Takaaki Ishiyama (1989, Karura Mau Movie)
Les jumelles adolescentes Shôko et Maiko Ôgi, petites-filles d’une fameuse prêtresse du temple de Karura, sont envoyées à Nara pour enquêter sur la mort d’un riche industriel assassiné affreusement sous les yeux de son épouse et de son fils. En arrivant au lycée où elles se font passer pour d’innocentes écolières, elles détectent immédiatement la présence d’esprits maléfiques et réalisent qu’elles font face à un redoutable adversaire. Heureusement, elles seront aidées par un éminent exorciste, Shiguruto des ténèbres.

Le manga Hengen Taima Yakou Karura Mau! de Takakazu Nagakubo est une référence dans le genre occulte. Entamé en 1986, il est toujours en cours en dépit d’une parution chaotique, naviguant entre différents magazines au fil du temps. Hengen Taima Yakou Karura Mau! Nara Onryou Emaki est l’adaptation par la Toei des volumes 1 à 3. Le studio récidivera en 1990-1991 avec six OAV couvrant les tomes 5 et 6. Tous ces animés sont confiés à Takaaki Ishiyama, venue de la télévision et qui travaillera peu pour le cinéma. Son seul autre long métrage est une production de la secte Happy Science, qui possède trois divisions de divertissement.
Techniquement, c’est correct même si c’est clairement daté années 80. Le premier tiers est assez gore et horrifique, la suite est plus molle et soft, on se concentre sur une investigation pas vraiment passionnante et fouillis (j’ai eu beaucoup de mal à résumer la trame de manière cohérente). Les personnages sont des clichés ambulants et le scénario est banal. Encore un animé sans grand intérêt qui peut continuer à prendre la poussière.


五人の賞金稼ぎ [Gonin no Shôkin Kasegi] de Eiichi Kudô (1969, The Fort of Death)
Un village de fermiers oppressés par leur seigneur dépêche un représentant pour se plaindre au gouvernement central à Edo. En attendant son retour, ils se soulèvent et se barricadent dans un fort. Craignant d’être massacrés, ils appellent à leur secours une bande de rônins menée par Shikoro Ichibei, un médecin mercenaire qui défend les pauvres contre les puissants.

Eiichi Kudô est connu en France à travers trois chanbaras édités par Wild Side en 2007, Les treize tueurs (1963), Le grand attentat (1964) et Les onze guerriers du devoir (1966). Ce sont trois titres où la violence est omniprésente, au montage nerveux et offrant une vision relativement sombre des samouraïs. Ce n’est donc guère surprenant qu’il soit capable de diriger Gonin no Shôkin Kasegi, de la pure exploitation avec un Tomisaburô Wakayama qui, trois ans avant Baby Cart, commençait à se spécialiser dans les rôles de guerrier invincible trucidant des gredins à tour de bras. Gonin no Shôkin Kasegi est le deuxième volet de la trilogie Shôkin kasegi (littéralement chasseur de primes), composée de Shokin kasegi (1968) et de Shôkin kubi: Isshun hachi-nin giri (1972) mis en scène par Shigehiro Ozawa. La trilogie sera reprise à la télévision en 1975 sous la forme d’une série en 22 épisodes.
Gonin no Shôkin Kasegi est nettement influencé par le western spaghetti et s’ouvre sur une séquence inspirée du Bon, la brute et le truand (1966). A cela s’ajoute une dose de Mission impossible, Shikoro Ichibei réunissant une troupe d’experts sélectionnée par ses soins. L’intrigue est mince et les rebondissements sont invraisemblables, un assaut de vilains étant par exemple stoppé net par une mitrailleuse à la Django (1966) que Shikoro Ichibei avait en réserve. On est dans une grosse production de la Toei, Eiichi Kudô maîtrise son boulot, c’est bien joué et il n’y a techniquement rien à redire. Je reprocherai uniquement les touches d’humour lourdingue en-dessous de la ceinture. Gonin no Shôkin Kasegi s’avère être un film d’action bourrin distrayant à la conclusion étonnamment sombre.


Livres
Delirium Circus de Pierre Pelot (J’ai lu, 1977), 318 p.
Bros Chaplin est un scénariste expérimenté de 643 films, qui habite un quartier huppé et bénéficie d’un statut privilégié. Celui ne lui suffit pas, il voudrait posséder sa bulle individuelle à l’instar de l’acteur Citizen, énorme vedette qui incarne Zorro Nap dans une série écrite par Bros. Il ignore que Citizen lui-même n’est pas enchanté de son sort, ne supportant pas sa vie factice dans le Noyau au service du Dieu-Public. Galvanisé par le regard critique de la scripte Marilyn, Citizen part avec elle à la recherche de ce Public que personne n’a rencontré, en allant au-delà de la dangereuse Ceinture qui encercle le Noyau.

Pierre Pelot est un romancier français extrêmement prolifique, auteur d’un nombre de livres indéterminé (sans doute 200, il ne les a jamais comptés) dans une multitude de genres. Il a notamment œuvré dans le western, le policier et la science-fiction. Delirium Circus fait partie de cette dernière catégorie et a été publié en 1977. Il a un côté Dickien, avec un jeu sur la perception de la réalité, les acteur·ice·s sous drogue et hypnose croyant vivre le temps du tournage les aventures de leurs personnages. C’est apparemment un leitmotiv chez Pelot, je ne saurais dire, j’ai probablement lu quelques trucs de lui durant mon adolescence mais je ne m’en souviens plus.
Delirium Circus comporte des idées intéressantes sur la notion de liberté et de révolte, avec ce héros qui réalise l’artificialité de son existence et décide de se réveiller quitte à tout perdre, motif galvaudé par Matrix. Citizen ne choisit cependant pas la lutte, il préfère fuir, il ne souhaite pas détruire le système, il veut comprendre de manière égoïste. Dans Delirium Circus, il n’y a pas de geste altruiste, et ceux qui ne suivent pas ce principe terminent mal. C’est un récit sombre, pessimiste, et les protagonistes sont globalement détestables. Pelot insiste en permanence sur la taille des seins de Marilyn et décrit le physique des femmes dans le détail tandis qu’il reste vague sur celui des hommes, défaut répandu chez les auteurs de SF. Les femmes ne sont toutefois pas des potiches, c’est Marilyn qui provoque la prise de conscience de Citizen et qui le pousse à l’action quand il se décourage. L’ambiance est glauque, certaines descriptions sont assez sordides et je n’ai pas accroché, l’histoire portant pourtant sur des thèmes que j’apprécie généralement. Plusieurs Pelot trainent dans ma bibliothèque, je verrai si les éléments qui m’ont gêné se retrouvent dans tous ses bouquins.


La vie en gris et rose de Takeshi Kitano (Philippe Picquier, collection « Picquier poche », 2008), 128 p.
Takeshi Kitano raconte son enfance dans le Tokyo délabré d’après-guerre, entre un père violent peintre en bâtiment et une mère sévère insistant sur l’éducation et la discipline. Kitano détaille son quotidien, ses loisirs, ses joies et ses peines avec légèreté et nostalgie en dépit de la dureté des conditions et de la honte engendrée par la pauvreté de sa famille.

Quand Takeshi Kitano écrit ce petit livre en 1984, c’est un comique de manzai populaire, qui vient d’avoir avec Furyo (1983) son premier rôle marquant sur grand écran. La vie en gris et rose ne parle ni de sa carrière, ni de ses débuts, il faut se reporter pour cela à Asakusa Kid édité par Le Serpent à Plumes et qui a été adapté en film en 2021. Dans La vie en gris et rose, il se concentre sur des souvenirs épars de sa jeunesse, qu’il illustre de dessins naïfs. Si la vie n’était pas toujours rose, le ton n’est pas larmoyant, Kitano tutoie le lecteur dans un style familier et simple. Il brosse un portrait coloré de l’après-guerre, avec des touches passéistes heureusement fugaces. Cela se lit vite et permet de mieux appréhender l’œuvre de Kitano, imprégnée de cette violence qu’il a subi dès sa naissance et qui garde une affection pour les démunis et les marginaux.


Revues
Mad Movies n°373 – Juillet/Août 2023
Le dossier du mois sur le cinéma X dans la fiction n’est pas inintéressant mais ne révèle pas de trésors cachés dont je n’aurais jamais entendu parler. Il est lié à la sortie de Pearl (2022) de Ti West, deuxième volet d’une trilogie où les personnages sont associés au milieu du cinéma pornographique. Je n’ai rien vu de Ti West, je pourrais commencer par son réputé The House of the Devil (2009). L’autre dossier est consacré à la bombe atomique dans la fiction. Idem, aucune découverte, je connaissais la plupart des titres citées.

Côté sorties, La main (2022) est un long métrage australien d’horreur pour ado qui semble bien fichu, s’écartant des codes comme les Australiens savent le faire. Il faudra que je récupère les intellos minimalistes chilien La vache qui chantait le futur (2023) et marocain Animalia (2023), le genre de truc risqué sympathique ou soporifique. Le hongkongais Limbo (2021) enfin, ultra-stylisé et violent, est dangereux, peut-être me laisserai-je tenter à l’occasion.
Trois entretiens enrichissants ce mois-ci : celui de Ben Wheatley, réalisateur anglais qui a mis en scène En eaux très troubles (2023) ; du Norvégien André Ovredal, auteur du plaisant Troll Hunter (2010) et qui vient de terminer Le dernier voyage du Demeter (2023), transposition d’un chapitre du Dracula de Bram Stocker ; et de Ted Raimi, le frère de Sam, second couteau d’Hollywood pour qui j’ai de l’affection.


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