Films vus en compagnie
Practical Magic de Griffin Dunne (1998, Les ensorceleuses)

Practical Magic est tiré du roman éponyme d’Alice Hoffman, écrivaine spécialiste de littérature pour enfants et adolescents. Deux préquelles et une suite ont été publiées récemment, The Rules of Magic (2017), Magic Lessons (2020) et The Book of Magic (2021). Le long métrage repose sur ses deux actrices principales, Sandra Bullock et Nicole Kidman, déjà célèbres sans avoir le statut de stars qu’elles ont actuellement. Nicole Kidman venait de terminer le tournage d’Eyes Wide Shut (1999) et avait la mauvaise habitude de faire 70 à 80 prises, ne donnant le meilleur qu’au bout d’un certain temps, alors que Sandra Bullock était immédiatement juste. Le ton oscille entre comédie, drame, fantastique et romance. Les personnages masculins sont plutôt ratés et il y a des longueurs, il aurait mieux valu se concentrer sur l’humour noir et se débarrasser du love interest fadasse.
Paddington 2 de Paul King (2017)

Paddington 2 se déroule aussitôt après le premier épisode, avec une distribution globalement identique, Hugh Grant remplaçant Nicole Kidman en grand méchant. Il démarre dans une ambiance proche de son prédécesseur, Paddington multipliant les bêtises qui se transforment en catastrophes. On s’écarte rapidement de ce schéma, avec une partie en prison très réussie, bébête et gentille, et une séquence d’évasion Wes Andersonienne impeccablement maîtrisée. La course-poursuite finale est de haute volée et, sans le hisser au rang de meilleur film de l’Histoire comme l’avait promu brièvement Rotten Tomatoes, Paddington 2 mérite sa réputation et surclasse le 1. Michael Bond, l’auteur des ouvrages, décéda avant la sortie et ne put apprécier le résultat.
Addendum : En revoyant Paddington 2 après avoir lu neuf des quinze livres de Michael Bond, je constate qu’il est divisé en deux pans distincts. Dans le premier, les scénaristes reprennent la logique des romans. Paddington chez le coiffeur s’inspire ainsi d’une nouvelle de Paddington at Work. Dans le second en revanche, on s’éloigne significativement des intrigues simples de Michael Bond, Paddington se retrouvant mêlé à des aventures autrement plus dangereuses. Paradoxalement, c’est à ce moment-là que ça décolle. On évite de cette manière la lassitude qui se développe au fur et à mesure de la lecture des bouquins, ce qui permet à Paddington 2 de dépasser son cadre initial d'aimable histoire pour enfants.
The Luck of the Irish de Henry Koster (1948, L'énigmatique Monsieur Horace)

A l’instar de Mr. Peabody and the Mermaid (1948), The Luck of the Irish est adapté d’un roman de Guy et Constance Jones et on y retrouve une touche surnaturelle. Il est dirigé par Henry Koster, réfugié juif allemand qui a surtout brillé dans le domaine de la comédie avec le formidable Harvey (1950) et le sympathique The Bishop's Wife (1947). Ses œuvres sont généralement construites autour d’une mega star, que ce soit James Stewart, Cary Grant, Danny Kaye dans The Inspector General (1949) ou Tyrone Power ici. Ce dernier commençait à se lasser des rôles légers et des films en costume et souhaitait diversifier son image, d’où sa performance dans Nightmare Alley (1948) l’année précédente. Il a pourtant un véritable sens de la comédie, qu’il démontre dans The Luck of the Irish, bien épaulé par un Cecil Kellaway cocasse en leprechaun. Le reste du casting fait ce qu’il peut, desservi par un script faible et des personnages sans relief. A noter que les scènes en Irlande avait été teintées en vert et que le compositeur Cyril J. Mockridge a utilisé la fameuse chanson médiévale anglaise Greensleeves, qui a inspirée la mélodie d'Amsterdam de Jacques Brel.
Nadie sabe que estoy aquí de Gaspar Antillo (2020, Personne ne sait que je suis là)

Nadie sabe que estoy aquí est le premier long métrage de Gaspar Antillo, financé par Fabula et distribué par Netflix. Fondée en 2003 et gérée par les frères Larraín, la compagnie Fabula est devenue incontournable dans le cinéma chilien. Elle a fourni à Gaspar Antillo des moyens conséquents et des acteurs réputés habitués du studio comme Luis Gnecco, qui jouait Pablo Neruda dans Neruda (2016), ou Alejandro Goic vu dans No (2012) et El Club (2015) de Pablo Larraín. Memo est incarné par l’américain Jorge Garcia, célèbre pour la série Lost et dont le père est Chilien. Le tournage a eu lieu près du lac Llanquihue non loin de Puerto Montt, zone très touristique à l’extrême nord de la Patagonie chilienne.
Nadie sabe que estoy aquí s’attarde trop à poser son cadre convenu du héros mutique torturé par son passé dans de superbes paysages. On cerne rapidement les enjeux et on s’ennuie en attendant qu’il se passe quelque chose. S’ensuit une partie quasi obligée et mal maîtrisée sur l’emballement médiatique via les réseaux sociaux, avant une conclusion correctement menée. C’est bien interprété et joliment photographié mais le côté arty m’a gonflé. Dommage.
Films vus seuls
炎の城 [Honô no shiro] de Tai Katô (1960, Castle of Flames)

Viré de la Daiei en 1950 au cours de la purge rouge à cause de son engagement syndical, Tai Katô débuta la réalisation à Takara Production avant d’être embauché par la Toei en 1956. Il y fit l’essentiel de sa carrière en se spécialisant dans les films de sabre puis de yakuzas. Partisan d’un certain réalisme qui l’amena à rejeter le maquillage pour mettre en valeur la beauté naturelle des visages qu’il photographiait en gros plans et en contre-plongée, il privilégiait la psychologie à l’action pure. Il tourna régulièrement avec Kinnosuke Nakamura et est connu en Occident pour ses trois épisodes de La pivoine rouge, probablement les meilleurs de la série.
Hamlet était à la mode en cette année 1960 et Akira Kurosawa s’en était servi peu avant pour Les salauds dorment en paix, qui retranscrivait le récit dans le présent. Honô no shiro adopte une approche traditionnelle et transpose Hamlet dans le Moyen-Âge japonais, ce que Le château de l’araignée (1957) avait déjà fait avec Macbeth. Honô no shiro demeure néanmoins sage, loin de la puissance visuelle et narrative de Kurosawa (que Tai Katô assista sur Rashômon (1950)). Il faut dire que Hashizô Ôkawa n’est pas Toshirô Mifune et qu’il peine en Masato/Hamlet. Le happy-end exigé par la production détonne également, d’autant plus pour un Tai Katô qui méprisait ce genre de conventions et qui considéra Honô no shiro comme un échec. Sans aller jusque-là, Honô no shiro ne se démarque guère du tout-venant, excepté par son climat de révolte des paysans contre l’autorité à une période où les manifestations contre l’Anpo battaient leur plein.
Livres
L’étonnante histoire des noms des mammifères – De la musaraigne étrusque à la baleine bleue d’Henriette Walter & Pierre Avenas (Robert Laffont, 2003), 486 p.

A l’époque lointaine où j’étais en Lettres modernes, ma discipline préférée était la phonétique historique et je m’intéressais à l’étymologie. Etant en outre passionné par la zoologie, je me devais de me pencher sur L’étonnante histoire des noms des mammifères. Bien qu’ayant des qualités, l’ouvrage n’est malheureusement pas exempt de défauts. Je ne m’attarde pas sur les dessins de François Boisrond, je n’ai pas aimé le style, c’est une question de goût. Les quizz sont agaçants, les réponses sont à l’envers et on passe son temps à retourner le bouquin. Autrement embêtant, il manque le nom scientifique latin des espèces, le seul commun à toutes les langues. Parfois mentionné rapidement, il est pourtant capital et aurait dû faire l’objet d’une étude systématique. J’ai enfin remarqué une énorme boulette sur le lynx : ils expliquent qu’il a une vue perçante et que l’Argonaute Lyncée, qui pouvait voir à travers les nuages les plus sombres, aurait été nommé en référence au félin. C’est le contraire, la vue du lynx est quelconque, inférieure à celle d’un être humain, et c’est par paronymie avec Lyncée qu’on a attribué par erreur une vue exceptionnelle au lynx (dont le nom provient peut-être de ses yeux brillants dans le noir). Cette bévue jette une ombre sur l’intégralité de leur travail, laissant craindre des problèmes du même type qui m’auraient échappé. Cela reste cependant agréable en mode picorage, la lecture d’un trait étant fatigante à la longue.
A Bear Called Paddington de Michael Bond (Harper Collins, collection « The Classic Adventures of Paddington Bear – The Complete Collection », 2019), 159 p.

Le visionnage des deux films Paddington m’a donné envie de lire les quinze Paddington Bear de Michael Bond. A Bear Called Paddington est le premier, publié en 1958. Le concept provient d’un ours en peluche que Michael Bond acheta à sa femme pour Noël 1956 dans une boutique près de Paddington, combiné à l’image des enfants réfugiés ou évacués à Londres durant la Seconde Guerre mondiale et pris en charge par des foyers d’accueil. A Bear Called Paddington est composé de huit chapitres, chacun narrant un évènement cocasse lié à la découverte par Paddington de la vie londonienne des années 50. Cela va d’un lavage dans une baignoire ou de l’entrée dans le métro, scènes reprises dans le Paddington de 2014, à une visite au théâtre ou à un tour de magie malencontreux. A l’inverse des longs métrages, les maladresses de Paddington gardent des proportions raisonnables et ne prennent pas de tournure catastrophique. Il n’y a pas non plus pour l’instant d’aventures, de méchants ou de course-poursuite. Ce n’est que le début, c’est en tout cas sympathique, dans un style simple et plaisant.
Les travers du docteur Porc - Une enquête du docteur Porc de Tran-Nhut (Philippe Picquier, collection « Picquier poche », 2010), 300 p.

Je continue la série des enquêtes du mandarin Tân avec ce sixième volume, où le perspicace mandarin est remplacé par le cynique et opportuniste docteur Porc. J’avais été un peu déçu par L’esprit de la renarde, entièrement dominé par le juste et monolithique Tân et présumait que Les travers du docteur Porc apporterait une séduisante variation. C’est en effet le cas, avec ce héros calculateur et parfois cruel, aux méthodes fort différentes du brave mandarin. Si l’intrigue est faiblarde, l’univers est toujours aussi captivant et le docteur domine une galerie de protagonistes hauts en couleur. Je me suis bien amusé et j’attends le retour de Tân dans son environnement habituel pour les deux derniers épisodes.
Revues
Les Cahiers du cinéma n°801 – Septembre 2023

En termes de patrimoine, Gharibeh va meh (1974) et Cherike-ye Tara (1979) de l’iranien Bahram Beyzaie ont l’air intéressants, avec des éléments bizarres voire fantastiques. Encore du côté iranien, je pense récupèrer Les mystères du trésor de la vallée des fantômes (1974), une comédie potentiellement acerbe. Il faudra enfin absolument que je creuse la filmographie de Joan Micklin Silver, notamment Hester Street (1975), sur la communauté juive new-yorkaise de la fin du XIXe siècle.
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