Films vus en compagnie
Les vedettes de Jonathan Barré (2022)

Les vedettes est le second long métrage du trio Jonathan Barré, Grégoire Ludig (Daniel) et David Marsais (Stéphane) après La folle histoire de Max et Léon (2016) que je n’ai pas vu. C’est une parodie du Juste prix et d’autres jeux télévisés populaires des années 80-90, inspiré d’un article que Jonathan Barré avait lu sur un gars aux Etats-Unis capable de mémoriser le prix de tous les appareils électroménagers. Le récit s’attache à un duo de loosers pas futés dans un esprit apparemment proche de ce que Grégoire Ludig et David Marsais proposaient dans leurs sketchs. On ne rit pas aux éclats, pas mal de gags tombent à plat et il y a des longueurs. Néanmoins, Les vedettes offre le type d’humour bête et gentil que j’affectionne, rendant ce buddy movie plutôt plaisant.
The Sheep Detectives de Kyle Balda (2026, Les moutons détectives)

The Sheep Detectives est tiré d’un roman allemand de Leonie Swann paru en 2005 et traduit en français sous le titre Qui a tué Glenn ?. Les Allemands comptaient au départ le transposer en dessin animé mais le projet capota et les Américains prirent le relais. La direction a été confiée à Kyle Balda, un réalisateur de films d’animation qui s’initie ici à la prise de vue réelle. Il n’est toutefois pas dépaysé car tous les moutons sont en images de synthèse (sauf pour les interprètes pendant le tournage qui interagissaient avec des marionnettes). Ces dernières années, Hollywood a accéléré le remplacement des animaux par des effets spéciaux pour des raisons à la fois éthiques et pratiques. C’est appréciable pour le bien-être animal même s’il faut avouer que la technologie est loin d’approcher la réalité et qu’on ne ressent pas la joie éprouvée devant de vrais ovidés.
The Sheep Detectives est exactement ce à quoi on peut s’attendre : un whodunit gentillet et convenu, bourré de bons sentiments et un peu longuet. Les moutons sont complètement anthropomorphisés, ils parlent et réagissent entre eux comme des humains, ce qui diminue l’originalité du concept. On retombe sur un schéma classique d’un enquêteur dissimulé dans l’ombre qui guide le flic incompétent. The Sheep Detectives a bénéficié d’un beau succès en salles aux Etats-Unis puis est sorti à l’international sur Amazon Prime. Deux suites ont été écrites par Leonie Swann, il y a fort à parier qu’elles seront adaptées.
Arco d’Ugo Bienvenu (2025)

Arco est le premier long métrage d’animation du dessinateur français Ugo Bienvenu. Déprimé par les conséquences du covid, il choisit de proposer aux jeunes générations un récit optimiste qui montre un avenir meilleur, avec une l’humanité vivant en harmonie avec la nature. Arco est ainsi capable de parler aux oiseaux, ce qui nous vaut une séquence ornithologiquement gênante avec des imitations farfelues du chant de « la tourterelle » (quelle espèce ?) ou « du moineau » (quelle espèce ?). Techniquement, c’est une superbe 2D à l’ancienne qui a nécessité cinq ans de travail, effectué à Paris en collaboration avec d’ex-étudiants des Gobelins et de l'Atelier de Sèvres où Ugo Bienvenu a enseigné. Pour construire son univers, il s’est notamment inspiré de Miyazaki, ce qui se remarque dans le design de certains décors et personnages ou dans la belle musique Joe Hisaishiesque. Le résultat est une jolie histoire parfois émouvante entre deux enfants d’époques différentes, avec un doublage français étonnamment correct. Léger bémol, les trois bras cassés qui poursuivent Arco et Iris, contrepoints comiques, sont souvent lourdingues bien que plus sympathiques qu’escompté. Cela n’empêche pas Arco d’être une réussite et j’espère qu’Ugo Bienvenu aura les moyens de réitérer dans un contexte compliqué pour l’animation avec la montée de l’IA.
Месть [Mest] d’Ermek Shinarbaev (1989, La flûte de roseau)

La plupart des informations de cette critique sont issues d’un entretien avec Ermek Shinarbaev proposé en bonus du coffret World Cinema Project édité par Carlotta.
Au cours de l’ère soviétique, les films conçus au Kazakhstan se limitaient généralement à des romances pittoresques inoffensives. Fraichement diplômé de la VGIK, Ermek Shinarbaev souhaitait s’attaquer à un projet plus ambitieux et contacta l’écrivain russe d’origine coréenne Anatoli Kim. Leur script fut refusé par la censure durant deux ans et il fallut attendre le début de la perestroïka en 1985 pour que la situation se débloque. Ils tournèrent Ma sœur Lucie puis ils collaborèrent de nouveau sur Refuge dans la clairière (1987) et Mest, pour lequel Anatoli Kim aborda un sujet qui lui tenait à cœur, celui de la diaspora coréenne en URSS. Déplacée par Staline après-guerre au milieu des steppes kazakhes, elle survécut péniblement et Mest est l’unique œuvre d’un pays soviétique ou ex-soviétique à s’être intéressée à leur sort. Pour la distribution, Ermek Shinarbaev fit appel à des interprètes du théâtre coréen au Kazakhstan qui lui donnèrent pleinement satisfaction. Après quelques projections confidentielles, Mest fut remisé au placard par les autorités et oublié pendant deux ans jusqu’à ce que Gilles Jacob et Pierre Rissient du Festival de Cannes tombent dessus et invitent Ermek Shinarbaev à venir le présenter en France. C’est à cette occasion qu’ils lui demandèrent un titre français poétique et qu’Anatoli Kim suggéra le curieux La flûte de roseau.
Mest est difficilement classable. Il démarre à la manière d’un film historique dans la Corée antique, bascule dans le film de vengeance, s’attarde sur la vie des ouvriers sur l’île de Sakhaline et se conclut sur une touche de poésie quasi-fantastique. Le récit, découpé en chapitres, est très lent et figure les contradictions entre la poésie et la vengeance, le héros devant sacrifier sa passion pour accomplir la destinée familiale. J’avoue avoir décroché quand la vengeance passe au second plan au profit du quotidien de Sunga, et la fin m’a laissé perplexe. J’ai donc eu une impression mitigée, j’ai apprécié la première moitié mais la seconde était trop poétique/abstraite pour moi.
Hush-a-Bye Baby de Margo Harkin (1990)

Hush-a-Bye Baby est le premier long métrage de Margo Harkin, inspiré de plusieurs faits divers autour d’enfants non désirés dans un contexte de renforcement de l’interdiction de l’avortement en Irlande à la suite d’un référendum en 1983. La réalisatrice a en outre intégré le résultat d’ateliers avec des jeunes de quartiers populaires de Derry. Son objectif était de contribuer à la réflexion sur la sexualité et les droits des femmes sur un ton suffisamment léger pour attirer un public adolescent, à une période où le cinéma irlandais était au fond du trou. Hush-a-Bye Baby bénéficia d’une distribution limitée en Grande-Bretagne et fut surtout diffusé à la télévision. Il a été restauré en 2025 et est disponible sur le site d’Arte jusqu’en septembre 2026.
Hush-a-Bye Baby débute de façon guillerette. Dans un 16 mm accentuant le réalisme et l’immersion, on se penche sur le quotidien de jeunes catholiques pro-IRA de Derry : un groupe de filles autour de Goretti et de garçons autour de Ciaran. La grossesse involontaire de Goretti entraine un virage dramatique, et on se concentre sur ses tourments aux dépens des autres protagonistes. C’est au final un beau portrait d’adolescentes (incarnées comme d’habitude par des adultes), qui permet de se plonger dans l’Irlande du Nord des années 80. A noter la présence de Sinéad O'Connor en Sinéad, qui s’est aussi occupée de la bande originale.
Sleepaway Camp de Robert Hiltzik (1983, Massacre au camp d'été)

Sleepaway Camp est un slasher culte aux Etats-Unis, qui a généré quatre suites et lancé la carrière de Felissa Rose (Angela), seulement 13 ans à l’époque du tournage. La jeunesse de son casting constitue d’ailleurs sa principale originalité : à l’inverse des classiques du genre, il se focalise sur de vrais ados interprétés par des ados, qui sont à la fois les héros et les victimes. Sleepaway Camp est du reste davantage un teen movie qu’un slasher durant la majorité du métrage. A part une agression et deux assassinats, il n’y a rien d’horrifique, on suit le quotidien d’un camp de vacances entre les rivalités entre bandes de garçons, les harcèlements, les blagues de mauvais goût, les activités sportives, les histoires d’amour et les discussions entre moniteurs. C’est assez mal joué à quelques exceptions près, avec des costumes très années 80, et je me suis franchement ennuyé. Ça s'accélère enfin dans Le dernier quart d’heure avec un enchaînement de massacres et une révélation choc qui traumatisa les spectateurs. Attention spoiler, elle est extrêmement problématique et Sleepaway Camp s’avère à la fois transphobe et homophobe. Je ne comprends absolument pas l’aura dont le film bénéficie, même le quelconque Trampa infernal critiqué cette semaine était plus sympathique.
Films vus seuls
死国 [Shikoku] de Shunichi Nagasaki (1999, Shikoku)

Shikoku est tiré du roman éponyme publié en 1993 de Masako Bandô, natif de l’île de Shikoku. Il a été produit par Asmik Ace Entertainment pour accompagner en double-programme la sortie de Ring 2 d’Hideo Nakata (1999) et est dirigé par Shunichi Nagasaki. Sayori ado est interprétée par Chiaki Kuriyama, la future méchante de Battle Royale (2000) et des Kill Bill (2003-2004) dans son premier rôle important. On retrouve également Yui Natsukawa (l’héroïne de Still Walking (2008)) en Hinako, Michitaka Tsutsui (Bataashi kingyo (1990, Swimming Upstream)) ainsi que Ren Ôsugi et Makoto Satô (l’acteur fétiche de Kihachi Okamoto) en seconds couteaux.
Bien que catégorisé dans l’horreur, Shikoku est davantage un drame romantique mélancolique s’appuyant sur le folklore et les paysages de l’île de Shikoku. Le titre joue avec les kanjis, Shikoku étant écrit « 死国 » = pays de la mort ou pays des morts au lieu de « 四国 » = quatre provinces. Sur la forme, Shikoku est filmé majoritairement en caméra portée dégueu façon found footage et s’écarte sensiblement de la théorie Konaka malgré quelques emprunts ponctuels. Shunichi Nagasaki propose souvent un regard surplombant, montre le fantôme frontalement en prenant parfois son point de vue et le laisse parler. Son objectif n’est pas de faire peur mais de susciter un malaise et de la tristesse. J’avoue n’avoir pas été emballé, je suis resté extérieur aux évènements à l’image d’Hinako qui ne sert finalement pas à grand-chose (le déroulement aurait été à peu près identique sans elle).
Trampa infernal de Pedro Galindo III (1989, Hell's Trap)

Dans la famille Galindo, je voudrais le frère. J’avais déjà mentionné sur ce blog le réalisateur Rubén Galindo, son fils Rubén Galindo Jr. et son père le producteur Pedro Galindo Aguilar. On est ici en présence d’un second fils de Rubén Galindo, Pedro Galindo III. Comme son frère Rubén Galindo Jr., il s’était spécialisé dans les films de genre à petit budget durant les années 80-90. Trampa infernal fut produit par leur cousin germain, Santiago Galindo, qui travailla surtout pour la télévision. Trampa infernal est un pur slasher avec un tueur avec une main griffue à la Freddy, un masque à la Michael Myers et qui se balade dans les bois façon Jason Voorhees. Seule originalité, il n’hésite pas à utiliser des armes à feu ou des grenades. Les jeunes sont évidemment stupides, entre leur machisme primaire qui les pousse à l’erreur, leur manie de se séparer ou d’ignorer les conseils du vieux-qui-sait-des-choses. Les comédien·ne·s sont mauvais·es, pas aidé·e·s par un scénario caricatural ; le manque de tunes est flagrant ; ça met du temps à démarrer et ça demeure gentillet niveau violence et gore. Rien de folichon donc, à réserver aux complétistes de slashers qui souhaitent découvrir une variation mexicaine.
Corruption de Robert Hartford-Davis (1968)

Bien qu’étant une coproduction entre Titan International Productions et Oakshire Productions (une compagnie gérée par un producteur de télévision américain qui ne participa qu’à un unique autre long métrage), Corruption fut majoritairement financé par Oakshire Productions et par Robert Hartford-Davis, un metteur en scène spécialisé dans l’horreur et les thrillers de série B provocateurs. Il en existe deux versions, une britannique relativement soft et une internationale avec de la nudité et une touche de gore. Peter Cushing (John Rowan) fut déçu du résultat, estimant qu’un bon script avait été dévoyé par l’ajout de violence gratuite. Je ne suis pas de cet avis, selon moi l’intrigue est moisie dès le départ. L’action se déroule dans un Swinging London dépravé sur fond de musique jazzy, la jeunesse est dissolue ou se constitue en bandes de méchants hippies voleurs, et un pauvre docteur respectable est détourné du droit chemin par une top-model vaniteuse (qui a 25 ans de moins que lui…). C’est profondément réac et Peter Cushing n’est clairement pas dans son élément. On est vraiment dans du cinéma d’exploitation racoleur sans grand intérêt.
女優 [Joyû] de Teinosuke Kinugasa (1947, L’actrice)

Hôgetsu Shimamura et Sumako Matsui furent deux sommités du théâtre japonais des années 1910, qui contribuèrent à populariser le shingeki au Japon. Leur romance fit grand bruit et deux films sortis en 1947 à six mois d’intervalle adaptèrent leur histoire : L’amour de l'actrice Sumako de Kenji Mizoguchi pour la Shôchiku (en août 1947) et L’actrice de Teinosuke Kinugasa pour la Tôhô (en décembre 1947). Si on connait surtout le premier en France grâce à l’aura de Mizoguchi, le second est mieux réputé au Japon. Fidèle à ses habitudes, Mizoguchi a fait de Sumako une figure pathétique soumise à sa passion pour Shimamura et perturbant l’équilibre du groupe. Teinosuke Kinugasa au contraire, à l’exception du dernier cinquième, montre une Sumako joyeuse et se préoccupe davantage du fonctionnement du shingeki. Il s’attarde sur les enseignements et dépeint les difficultés financières pour monter les pièces, dont il propose plusieurs extraits.
Isuzu Yamada (qui fut lancée par Mizoguchi dans les années 30) est excellente en Sumako Matsui et Hôgetsu Shimamura est joué par Yoshi Hijikata, qui fut lui-même un important metteur en scène de shingeki. On aperçoit par ailleurs au second plan Masao Mishima ou Takashi Shimura. La réalisation est honnête bien que Teinosuke Kinugasa passe trop de temps à mon goût sur les discussions autour du shingeki et aie abandonné son avant-gardisme des années 20. Je ressors donc avec une impression mitigée, j’ai largement préféré cette version à celle de Mizoguchi (dont je ne suis de toute façon pas fan en général) mais j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs.
- Livres
Comment survivre dans un film d’horreur ? de Seth Grahame-Smith (Ynnis Éditions, 2021), 176 p.A travers un faux guide de survie adressé aux habitants du Terreurverse, Comment survivre dans un film d’horreur ? détaille avec humour les clichés des films d’horreur américains des années 1980 à 2010, accompagné d’illustrations de Chris King. Paru en 2007, il a été actualisé en 2019 et c’est cette deuxième édition qui a été publiée en français. Après une préface de Wes Craven, il se divise en six chapitres :
- • Bienvenue dans le Terreurverse : Explications des principes de base du genre
- • A l’école de survie des slashers : Focalisation sur le slasher, notamment ceux se déroulant pendant des vacances ou une soirée de babysitting
- • L’objet du mal : Comment combattre des objets maléfiques, en particulier les maisons, voitures ou poupées hantées ?
- • Crypt-ographie : Lutter contre les fantômes, les zombies et les vampires
- • Invasion d’horreurs galactiques : Que faire en cas d’invasion planétaire ou si on est poursuivi par des aliens ?
- • Les adversaires sataniques : Affronter les sorcières, les malédictions et autres démons
- Zone fantôme tome 2 de Junji Itô (Bragelonne, collection « Mangetsu », 2023), 228 p.Zone fantôme tome 2 comporte trois mangas de 46 à 60 pages publiés à l’origine sur le site d’informations en ligne AERA dot (rattaché au journal Asahi Shinbun) en 2021, complétés par Les carapaces du marais Manju rédigé pour les besoins de l’ouvrage afin d’atteindre une taille similaire au volume 1. Il s’achève de nouveau sur des notes succinctes de Junji Itô et sur une intéressante postface de Morolian.

- • Le démon noir : Yûichi vit avec son père Daisuke et leurs deux servantes dans une ancienne auberge au sein d’une station thermale à l’abandon. Daisuke est obsédé par la poussière, qui semble venir du second étage condamné.
- • Le village de l’éther : Quatre étudiants visitent le village natal de l’un d’entre eux qui affirme que, dans sa jeunesse, un inventeur local était parvenu à fabriquer une machine à mouvement perpétuel.
- • L’oncle Ketanosuke – L’étrange fratrie Hikizuri, chapitre 3 : L’orpheline Hotaru est en permanence accablée par un sentiment d’oppression qu’elle ne comprend pas. En errant au hasard, elle est attirée par une bâtisse habitée par l’inquiétante fratrie Hikizuri.
- • Les carapaces du marais Manju : Dans la ville de Yabushika, des rumeurs soutiennent que les corbeaux déposent devant les maisons des carapaces de tortue imitant le visage d’une personne qui va bientôt mourir.
Il faut avouer que tout ceci est narrativement léger et que ce tome 2 est inférieur au 1, qui n’était déjà pas exceptionnel. Néanmoins, en dépit du faible nombre de scènes horrifiques, il y a quelques images marquantes où on retrouve ce qui constitue la force de Junji Itô : un personnage qui se régale en mangeant de la poussière dans Le démon noir ; les êtres mécaniques du Village de l’éther ; ou la fuite éperdue d’Hotaru poursuivie par une masse de chair dans L’oncle Ketanosuke – L’étrange fratrie Hikizuri, chapitre 3. C’est trop bref et je crains que Junji Itô aie fait le tour de ce qu’il pouvait apporter au genre au bout de trois décennies productives.
Women in Horror Films, 1940s de Gregory William Mank (McFarland & Company, 2025), 393 p.

Gregory William Mank est un expert du cinéma horrifique hollywoodien des années 30-40, également auteur d’un ouvrage équivalent sur les années 30, Women in Horror Films, 1930s que je n’ai pas lu. Sa grande force est la qualité des sources, souvent inédites et collectées directement auprès des principales intéressées ou de leur famille. Il utilise en outre un style fluide et agréable et contextualise ses descriptions, permettant de faire revivre l'Hollywood de l’âge d’or. Deux légers reproches cependant : chaque chapitre se voulant autonome, cela engendre des redites, par exemple les modalités de création de La féline (1942) qui sont exposées à trois ou quatre reprises ; et il se concentre un peu trop sur Universal et la RKO. Si ce furent les deux studios majeurs qui œuvraient dans l’horreur à cette période, ce ne furent pas les seuls. La Poverty Row s’y aventurait régulièrement et il cite de nombreux longs métrages en provenant qui auraient mérité une analyse plus poussée. Peut-être n’a-t-il pas eu accès à autant de documents pour ces studios, dont les archives ont sans doute été mal conservées.
Ces deux remarques n’empêchent pas Women in Horror Films, 1940s d’être une source exceptionnelle d’informations de première main, qui met en lumière des actrices oubliées ou méconnues car fréquemment cantonnées à un genre longtemps dévalué. On constate par ailleurs les variations dans la perception d’un même comédien selon les interlocutrices comme Lon Chaney Jr, gentil et professionnel pour certaines, alcoolique et insupportable pour d’autres, ou Boris Karloff hautain ou chaleureux. La mainmise des producteurs était impressionnante, on se rend compte qu’Harvey Weinstein n’était que la continuation d’un ancien système et qu’il y avait malheureusement davantage de Samuel Goldwyn ou de David O. Selznick, qui forçaient les starlettes à coucher avec eux et brisaient leur carrière si elles refusaient, que de Val Lewton, bourreau de travail toujours respectueux de ses employées. Cela m’a donné envie de voir un tas de films, pas forcément bon mais que je regarderai différemment grâce à ce livre qui dévoile l’envers du décor.













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