samedi 16 mai 2026

Carnet de bord 09/05/2026-15/05/2026



Films vus en compagnie
The Monster Squad de Fred Dekker (1987)
Quatre pré-ados fans des classiques Universal Monsters des années 30 ont formé le Club des monstres : le chef Sean, collé par sa petite sœur Phoebe qui voudrait entrer dans leur groupe ; son bras droit et meilleur ami Patrick ; Horace, le souffre-douleur en surpoids de l’école ; et Eugene, le benjamin de l’équipe avec son chien. Ils parviennent à convaincre Rudy, le caïd du quartier plus âgé qu’eux, de les rejoindre. La mère de Sean lui a ramené un vieux livre en allemand qui a appartenu au docteur Van Helsing mais personne ne comprend cette langue. Pendant ce temps, Dracula arrive en ville accompagné du monstre de Frankenstein, du loup-garou, de la momie et de la créature du lagon noir.

Bide à sa sortie, The Monster Squad a progressivement gagné un statut culte aux Etats-Unis. Je n’en avais jamais entendu parler avant de lire l’interview de Tom Noonan dans Mad Movies. Pur produit des années 80, The Monster Squad évoque un fade succédané des Goonies (1985) et enchaîne les clichés, sans l’humour et le dynamisme de son prédécesseur. Les gosses sont agaçants et sans relief, les femmes servent de potiches, le seul acteur noir (attention spoiler) meurt dans l’indifférence générale et l’intrigue, pourtant coscénarisée par Shane Black, est nasouille. Unique intérêt, les effets spéciaux de Stan Wilson sont fort sympathiques dans l’ensemble excepté quelques incrustations moches. Cela ne me donne pas envie de récupérer Night of the Creeps de Fred Dekker réalisé l’année précédente en dépit de son pitch amusant (des entités parasites extraterrestres transforment les gens en zombies tueurs).


Come to Daddy d’Ant Timpson (2019)
Alors qu’il n’a pas revu son père Brian depuis l’âge de 5 ans, Norval reçoit une lettre de sa part trente ans plus tard lui demandant de le rejoindre dans une maison située dans un coin reculé de l’Oregon. A son arrivée, Norval est accueilli par un alcoolique solitaire, cynique et cassant. Il se sent rapidement mal à l’aise et regrette d’être venu. Au cours d’une dispute où un Brian homophobe lui reproche son apparence efféminée, Norval exige des explications et menace de repartir. Brian tente de le tuer avec un hachoir mais meurt d’une crise cardiaque, laissant Norval sous le choc avec un cadavre sur les bras et des questions sans réponse.

Come to Daddy est le premier long métrage du néo-zélandais Ant Timpson, une production canado-irlando-néo-zélandaise tournée sur l’île de Victoria en Colombie Britannique censée représenter l’Oregon. Il débute à la manière d’une comédie dramatique sur la rencontre d’un homme et de son géniteur qui l’a abandonné avant de tomber dans la comédie horrifique à l’humour noir avec des touches de gore. Ce n’est guère étonnant de retrouver dans le rôle principal Elijah Wood, un fan d’horreur qui a d’ailleurs fondé en 2010 sa propre compagnie de production dédiée au genre, SpectreVision (qui a notamment financé A Girl Walks Home Alone at Night (2014), Mandy (2018) ou Color Out of Space (2019)). Bien qu’un peu bancal, avec des gags décalés qui ne fonctionnent pas toujours, Come to Daddy se tient grâce à la performance d’Elijah Wood, excellent en hipster dépassé par les évènements contraint de basculer dans la violence. Je vais du coup essayer de regarder Bookworm du même Ant Timpson où Elijah Wood joue cette fois un père qui vient chercher sa fille perdue de vue pour l’emmener dans une quête fantastique.


Films vus seuls
賞金首 一瞬八人斬り [Shôkin kubi: Isshun hachi-nin giri] de Shigehiro Ozawa (1972, Bounty Hunter 3: Eight Men to Kill)
Durant l’ère Edo, l’économie du shôgunat reposait en grande partie sur l’or de l'île de Sado et du Kôshu. A la suite d’une attaque menée par le bandit Yasha Okami, un important chargement a été dérobé et le shôgunat est en difficulté. Le conseiller en chef Hotta engage le mercenaire Ichibê Shikoro pour récupérer l’or volé bien que celui-ci en exige 10% pour construire un réseau de cliniques destinées aux pauvres. Hotta accepte en lui précisant que le puissant clan Bishu manœuvre probablement en coulisses.

Shôkin kubi: Isshun hachi-nin giri est le troisième et ultime volet de la trilogie Shôkin kasegi centrée sur les aventures du chasseur de primes Ichibê Shikoro. S’il est comme le premier réalisé par Shigehiro Ozawa, il se rapproche davantage du second épisode, Gonin no Shôkin Kasegi de Eiichi Kudô (1969, The Fort of Death), à la fois pour le concept avec Ichibê Shikoro en médecin mercenaire protecteur du petit peuple et pour le style très influencé par le western spaghetti. Il est cependant moins nihiliste et violent que son prédécesseur en dépit d’une conclusion sombre. Cela reste distrayant et cette trilogie est un bon exemple de cinéma d’exploitation réussi à l’époque de l’effondrement des studios au tournant des années 60-70. Elle donna lieu à une adaptation en série télévisée en 1975 par la chaîne NET (Nippon Educational Television), 22 épisodes diffusés entre avril et octobre, toujours avec Tomisaburô Wakayama en Ichibê Shikoro.


La mafia amarilla de René Cardona & Ángel Rodríguez (1975)
Mario Lander est un ancien flic congédié pour corruption. Un soir, il est abattu par des membres du Dragon jaune, une organisation criminelle contrôlée par des Sino-Mexicains ayant à leur tête le cruel Chi-Tao. Avant de mourir, il a dissimulé un carnet contenant les noms de tous les chefs du cartel. Compte tenu du passif de Mario, la police refuse d’agir et sa sœur Laura sollicite les services de Blue Demon. Celui-ci est sceptique jusqu’à ce qu’il soit attaqué par des sbires de Chi-Tao persuadés qu’il aide Laura.

Avant d’être un metteur en scène spécialisé dans le fantastique horrifique, Carlos Enrique Taboada fut un scénariste prolifique qui œuvra régulièrement pour le cinéma populaire des années 60-70. Il écrivit pour le producteur Jaime Jiménez Pons une série d’histoires policières pour luchadores, dans lesquelles Santo ou Blue Demon enquête, sans élément fantastique ni réelle mention du catch sauf un rapide match collé entre deux séquences. Le héros masqué collabore à chaque fois avec l’inspecteur Ponce incarné par Armando Silvestre, l’assistante Yvette et un sidekick rigolo (Gregorio Casal chez Santo, Germán Valdés chez Blue Demon). Yvette est interprétée par Tere Velázquez, la sœur de Lorena Velázquez, qui travailla au théâtre avec Alejandro Jodorowsky.
A l’instar d'Anónimo mortal avec Santo, La mafia amarilla se démarque du tout-venant du film de luchador par la complexité et la cohérence de son intrigue, loin du porte-nawak habituel. S’ajoute malheureusement ici une grosse dose de clichés racistes, les méchants étant des « Chinois » (des Mexicains en yellowface…) forcément fourbes ou un boxeur noir, les blancs étant les gentils. Blue Demon est par ailleurs moins charismatique que Santo et on s’ennuie pas mal. J’ai enfin été surpris du rôle secondaire de Germán Valdés dit Tin-Tan, une grande star comique des années 40-50 relégué à la fonction de bras droit grimaçant de Blue Demon. Cela ne m’a pas franchement donné envie de regarder Noche de muerte conçu par la même équipe.


Новые приключения капитана Врунгеля [Novye priklyucheniya kapitana Vrungelya] de Gennadiy Vasilev (1979, Les nouvelles aventures du capitaine Vrounguel)
C’est la rentrée et, lors du premier cours, les élèves doivent raconter leurs vacances dans une rédaction. Le dissipé Vasily Lopotoukhin imagine une escapade avec le fameux capitaine Vrounguel. Confronté à une multiplication des disparitions dans le triangle des Bermudes, Vasily parvient à convaincre Vrounguel de reprendre la mer avec son second Lom. A cette annonce, le vil capitaliste Want dépêche Garri le féroce pour provoquer un accident et couler leur bateau.

Les aventures du capitaine Vrounguel est au départ un court roman humoristique d’Andrei Niekrasov publié dans le magazine Pioneer en 1937 puis en livre en 1939. Il y parodiait les récits d’aventures marines de l’époque en créant une version navale et soviétique du Baron de Münchhausen. Il eut droit à une adaptation animée très populaire de treize épisodes de 10 minutes diffusés par la télévision centrale soviétique de 1976 à 1979 à raison de trois par an (quatre en 1979). Les nouvelles aventures du capitaine Vrounguel offre une nouvelle transposition farfelue, clamant dès le générique « D’après les souvenirs de l’histoire d’A. Niekrasov ». Au lieu d’assister aux expéditions du capitaine Vrounguel, on est plongé dans les élucubrations d’un garçon rêveur qui s’octroie le rôle principal, avec des méchants capitalistes qui détruisent la nature et des chansons entrainantes. Elles sont très réussies tant qu’on reste dans du folk soviétique, complètement ratées quand elles s’engagent dans une sorte de R&B gênant. Excepté un passage orientalisant dispensable, l’ensemble est fort distrayant et je vais essayer de récupérer la série animée.


La morte cammina con i tacchi alti de Luciano Ercoli (1971, Nuits d'amour et d'épouvante)
Un ex-forceur de coffres-forts est assassiné dans un train après la disparition d’une grosse quantité de diamants dans une boutique parisienne. Les autorités pensent que la fille de la victime, une danseuse du Crazy Horse appelée Nicole, aurait pu recevoir les diamants de son père avant sa mort. Elle nie toute implication de sa famille dans cette affaire mais est menacée peu après par un inconnu masqué qui s’est introduit chez elle. Croyant qu’il s’agit de son petit ami Michel, elle fuit en Grande-Bretagne avec un médecin britannique qui la draguait et s’installe dans son cottage situé dans un village perdu. Elle n’est toutefois pas rassurée et continue à être sur ses gardes.

Luciano Ercoli fut un producteur des années 60 qui décida dans les années 70 de s’occuper également de réalisation en enchaînant une série de quatre thrillers avec son épouse Nieves Navarro, une ancienne mannequin espagnole qui se recycla en tant qu’actrice sous le nom de Susan Scott. Bien que catégorisé giallo à cause de son tueur mystérieux, de son érotisme et de certains éléments bizarres, La morte cammina con i tacchi alti est davantage un thriller policier. Il y a aussi un côté whodunit et des touches d’humour portées par l’inspecteur Baxter, le flic chargé de l’enquête dans la seconde partie du métrage. Le premier tiers est longuet, avec des interminables séquences de strip-tease de Nicole et une romance sur fond de musique sirupeuse. Ça s’améliore ensuite grâce à une intrigue maline et un casting solide. Le résultat est assez original dans le genre et plutôt plaisant. Je serais curieux de voir La morte accarezza a mezzanotte (1972) conçu par une équipe similaire.


夜のストレンジャー 恐怖 [Yoru no sutorenjâ kyfôu] de Shunichi Nagasaki (1991, Stranger)
Accusée d’avoir illicitement versée des fonds à son copain, l’employée de banque Kiriko Kawamura a été jetée en prison. A sa sortie, elle est devenue chauffeuse de taxi, sillonnant toutes les nuits les rues de Tôkyô. Elle remarque un jour qu’elle est suivie par un 4x4 et est attaquée un soir par un homme masqué à la main brûlée. Elle soupçonne un collègue ou son ex mais la police ne la prend pas au sérieux et elle doit agir par elle-même.

En 1989, au summum de l’ère de la VHS, la Toei créa un label V-Cinema destiné à des longs métrages produits exclusivement pour la vidéo. Dans ce cadre, ils donnèrent leur chance à des metteurs en scène marginaux ou novices, à l’instar de Takashi Shimizu sur Ju-on (2000). Yoru no sutorenjâ kyfôu (littéralement L’étranger de la nuit : Terreur) a été confié à Shunichi Nagasaki, un cinéaste indépendant qui fut le premier Japonais invité au programme de formation du Sundance Institute. Il met en vedette Yûko Natori (Kiriko), une comédienne surtout connue pour ses rôles dans des drama télévisés. Yoru no sutorenjâ kyfôu est un pur thriller avec une histoire basique qui alterne entre le quotidien d’une chauffeuse de taxi dans le Tôkyô du début des années 90 et des moments de suspense autour d’un mystérieux agresseur dont l’identité importe finalement peu. C’est rondement mené dans l’ensemble, Yûko Natori est impeccable, Yoru no sutorenjâ kyfôu remplit son contrat d’agréable divertissement sans prétention.


X the Unknown de Leslie Norman (1956, X l'Inconnu)
Au cours d’un exercice dans la campagne écossaise, des militaires découvrent une zone radioactive qui explose sous leurs pieds, occasionnant une profonde fissure dans le sol. Deux hommes sont gravement blessés et le docteur Royston, un chercheur spécialisé dans la radioactivité, est envoyé sur place. A sa grande surprise, toute trace de radioactivité a disparu. Le lendemain, un garçon qui se baladait la nuit dans les environs se réveille irradié et le labo de Royston a été pillé de ses matières radioactives. L’inspecteur McGill de la division de l’énergie atomique est dépêché sur les lieux pour enquêter.

Pour surfer sur le succès de The Quatermass Xperiment (1955), la Hammer prévit une suite mais fut contrainte de changer son fusil d’épaule devant le refus de l'écrivain Nigel Kneale de réutiliser son personnage du professeur Quatermass. Jimmy Sangster, scénariste débutant promis à une belle carrière à la Hammer, renomma le héros Royston. D’abord confiée à Joseph Losey, la réalisation échut à Leslie Norman après l’arrivée de l’Américain Dean Jagger (Royston), qui excluait de travailler avec l’ex communiste Losey. Prêté par la Ealing, Leslie Norman s’était fait remarquer avec The Night My Number Came Up (1955). Il ne se montra guère enthousiaste et X the Unknown fut son unique collaboration avec la Hammer.
Outre Dean Jagger, X the Unknown propose une distribution solide avec Leo McKern en McGill et d’autres habitués du cinéma britannique de l’époque. En dépit d’effets spéciaux rudimentaires, d’un monstre blobesque pas franchement effrayant et d’une bonne dose de balivernes scientifiques, le résultat est fort sympathique dans le style SF fauchée des années 50, avec de cocasses accents écossais et des touches d’humour typiquement britanniques. C’est par ailleurs amusant de constater l’absence totale de protection contre la radioactivité, tout le monde se promène en costume et manipule des objets radioactifs avec les mains, parfois vaguement abrités derrière une plaque de plexiglass.
A noter l’affiche japonaise absolument ridicule qui n’a pas hésité à ajouter des yeux et une bouche au blob.


Adán y la serpiente de Carlos Hugo Christensen (1946, Adam and the Serpent)
Susana est mariée à Tomás, un dentiste coureur de jupons invétéré. Ils font chambres séparées et Susana cache à sa mère, qui vit avec eux, les liaisons de Tomás. Elle pense que le souci vient de son caractère trop ordonné et prévisible tandis que Tomás a besoin d’aventure et de mystère. Pour les fêtes de fin d’année, ils partent en vacances quelques jours à Potrerillos dans la province de Mendoza. A leur grande surprise, l’hôtel est plein et iels héritent de chambres individuelles. L’endroit est en effet devenu populaire auprès des messieurs depuis qu’une énigmatique dame recouverte d’un voile blanc entre la nuit dans leurs chambres.

Bien que surtout réputé pour ses drames noirisants, Carlos Hugo Christensen œuvra dans de nombreux genres dont la comédie. Il transpose ici une pièce de 1931 de Guglielmo Zorzi et Aldo de Benedetti, La dame blanche, déjà adaptée au cinéma en 1938 en Italie. La version italienne de 1938 semble prude selon le résumé wikipedia : la dame blanche se contente d’un bisou avant de s’enfuir et la conclusion sauvegarde la morale. Rien de tel dans Adán y la serpiente, il est clairement suggéré que la dame en blanc couche avec tous les hommes qu’elle croise et le dénouement laisse planer de grosses ambiguïtés sur le comportement de Susana, au grand désespoir de Tomás. C’est extrêmement osé pour l’époque et ce n’est pas étonnant qu’Adán y la serpiente ait été le premier film argentin interdit aux mineurs. Cette liberté de ton est le principal intérêt de cette histoire plutôt invraisemblable, le spectateur ayant du mal à comprendre comment la sulfureuse Tilda Thamar (sur qui l’ami Eric Antoine Lebon a récemment publié un livre que je n’ai pas encore lu) peut être trompée à répétition par le balourd Enrique Serrano (Tomás), 30 ans de plus qu’elle au physique peu glamour. C’est heureusement court (1h05), Tilda Thamar a des costumes et une attitude terriblement provoquantes et l’incroyable frivolité rend le spectacle assez distrayant malgré l’humour lourd.


Zítra vstanu a opařím se čajem de Jindřich Polák (1977, Demain je vais me réveiller et m'ébouillanter avec du thé)
Dans le futur en 1996, le voyage dans le passé en fusée est un loisir généralisé encadré par l’Etat. Des anciens nazis projettent d’atterrir le 8 décembre 1944 pour fournir à Hitler un modèle de bombe à hydrogène afin de modifier le cours de la guerre. Ils sont aidés par le pilote Karel Bures, un individu frivole et corrompu avide d’argent. Le matin du décollage, Karel meurt en s’étouffant avec un petit pain et est remplacé par son frère jumeau Jan, un chercheur placide qui envie son existence aventureuse.

Demain je vais me réveiller et m'ébouillanter avec du thé est une comédie tchécoslovaque tirée d’une idée de l’écrivain de SF Josef Nesvadba. En plus d’être un film de voyage dans le temps, on a droit à une boucle temporelle, jolie surprise à laquelle je ne m’attendais pas. Jindřich Polák évite judicieusement de s’empêtrer dans des explications scientifiques douteuses en évacuant la question par un dialogue entre deux personnages secondaires :
« - Patrick, comment fonctionne ce voyage vers le passé ?
- Pour être honnête, je n’en ai pas la moindre idée, Shirley. A mon avis, il vaut mieux faire confiance à la société qui a organisé tout ça. »
Moi qui pensais connaître la plupart des classiques du film de boucle, je n’avais jamais entendu parler de ce Demain je vais me réveiller et m'ébouillanter avec du thé et je suis tombé dessus complètement par hasard. Il s’est révélé très réussi, sans les problèmes de rythme qui plombent souvent les productions communistes de cette période, avec un scénario habile et une distribution convaincante menée par Petr Kostka dans un double (voire triple) rôle. L’humour pas toujours subtil avec des nazis ridicules (est-ce un souci ?) est moins pénible que dans pas mal d’autres comédies tchécoslovaques que j’ai pu voir, il y a une étonnante accumulation de morts affreuses et les effets spéciaux sont superbement kitchs. Je me suis bien amusé et je le recommande aux amateurs du genre avides d’insolite.

Séries
藤本タツキ 17-26 [Fujimoto Tatsuki 17-26] de Collectif (2025, Tatsuki Fujimoto 17-26), 8 épisodes
Tatsuki Fujimoto 17-26 est une anthologie de huit épisodes tirés de mangas de Tatsuki Fujimoto :
Deux poules au fond du jardin : Les extraterrestres ont envahi la Terre et ont mangé la majorité des humains. Deux rescapés tentent de survivre en se déguisant en poules.
L'élève Sasaki a arrêté une balle : Un homme armé pénètre dans une salle de classe et menace de violer l’enseignante. Sasaki s’interpose.
L'amour est aveugle : Un lycéen bientôt diplômé essaye de déclarer sa flamme à sa fidèle assistante.
Shikaku : Un vampire immortel voudrait mourir et engage une tueuse psychopathe.
La rhapsodie des sirènes : En jouant du piano sous l’eau, un garçon rencontre une dangereuse sirène.
Le syndrome de métamorphose en fille au réveil : Un matin, le pleurnichard Toshihide se réveille dans un corps de fille.
La prophétie de Nayuta : Bien qu’une prophétie prédise que Nayuta détruira le monde, son grand-frère Kenji la défend mordicus.
La grande sœur de la petite sœur : Mitsuko est dévastée quand un portrait d’elle nue peint par sa petite-sœur Kyôko est affiché dans l’entrée de leur école.
Tatsuki Fujimoto est un mangaka célèbre pour Fire Punch et Chainsaw Man, une série de 23 volumes prépubliés dans le magazine Weekly Shônen Jump entre 2018 et 2026. Il est également l’auteur de Look Back, qui a été adapté en animé en 2024 et que j’avais beaucoup aimé. Avant ces titres phares, il a dessiné des one-shots dès ses 17 ans, en commençant par Deux poules au fond du jardin en 2011. Huit œuvres de jeunesse ont été regroupées au Japon par ordre chronologique dans deux recueils, Fujimoto Tatsuki Tanpenshû 17–21 et Fujimoto Tatsuki Tanpenshû 22–26 (Fujimoto Tatsuki Tanpenshû = Anthologie de nouvelles de Tatsuki Fujimoto) parus en 2021.
Tatsuki Fujimoto 17-26 reprend la structure des deux tomes. Chaque chapitre a été confié à une équipe différente qui possède sa propre esthétique, sans aucun nom illustre excepté Nobuyuki Takeuchi (directeur de L'amour est aveugle) qui a été animateur au studio Ghibli. Les autres sont essentiellement des inconnus venus de la télévision. Le résultat est hétéroclite, à la fois en termes de scénario et d’animation. La rhapsodie des sirènes est selon moi le plus faible du lot, avec une trame et un style convenus. L'élève Sasaki a arrêté une balle et L'amour est aveugle sont impressionnants techniquement tandis que leur propos est d’un intérêt limité. A l’inverse, Shikaku, La prophétie de Nayuta et La grande sœur de la petite sœur sont sages sur le plan graphique mais distrayants, en particulier le dernier qui annonce Look Back. Deux poules au fond du jardin et Le syndrome de métamorphose en fille au réveil allient un récit original ou amusant à une animation pêchue. L’ensemble est inférieur à mes attentes et j’ai été déçu. On est loin de la maîtrise de Look Back, cela vaut surtout pour le dynamisme visuel de certains volets davantage que pour les histoires assez clichés.


Livres
L’ADN fossile, une machine à remonter le temps de Ludovic Orlando (Odile Jacob, collection « Poches – Science », 2025), 250 p.
A travers quatorze chapitres thématiques, le paléogénéticien Ludovic Orlando nous présente sa discipline en montrant la variété des domaines qu’elle couvre, les avancées technologiques des dernières décennies et ce qu’elle peut amener à d’autres sciences comme l’archéologie, l’Histoire, la biologie évolutionniste ou la médecine. Après un survol rapide des principaux concepts, il se penche sur les apports majeurs de la paléogénétique à la connaissance de l’Histoire de l’humanité, que ce soient nos liens avec l’homme de Néandertal ou la découverte de l’homme de Denisova. Il explique aussi comment la paléogénétique améliore notre compréhension des virus, des écosystèmes microbiens, de nos profils épigénétiques, de la domestication de nos animaux domestiques ou de nos plantes. Il indique enfin les leçons que nous pourrions tirer de la meilleure appréhension des extinctions passées qu'elle procure.

Seize années se sont écoulées entre l’ouvrage précédent de Ludovic Orlando, le passionnant L’anti-Jurassic Park : Faire parler l’ADN fossile, et L’ADN fossile, une machine à remonter le temps, autant dire une éternité dans cette matière récente en pleine révolution qu’est la paléogénétique. En 2005, on n’était capable d’extraire que des fragments d’ADN des fossiles anciens, les informations obtenues étaient très parcellaires et on ne pouvait remonter au-delà de 600 000 ans. Ces limites ont été explosées depuis, il est aujourd’hui possible de remonter à 1 voire 2 millions d’années en arrière et, surtout, de récolter des codes génétiques substantiels, parfois quasi-complets, grâce à de nouvelles méthodes. En 2005, Ludovic Orlando était un jeune chercheur prometteur. En 2021, c’est une référence mondiale, qui a travaillé pour le fameux Centre de Géogénomique de l'université de Copenhague de 2010 à 2020 avant de fonder en 2020 le Centre d'anthropobiologie et de génomique de Toulouse qu’il dirige.
L’ADN fossile, une machine à remonter le temps est encore plus vulgarisé que L’anti-Jurassic Park. Ludovic Orlando aborde les aspects scientifiques pointus brièvement, préférant parler des conséquences concrètes à partir de nombreux exemples. C’est à la fois la force et la faiblesse de ce livre : j’aurais aimé qu’il s’attarde davantage sur les sujets, qu’il fournisse plus de détails, même s’il donne une bibliographie substantielle pour ceux qui souhaitent approfondir. Quand il entre dans la technique, il va trop vite, semblant s’adresser à des spécialistes et non aux néophytes qui constituent la cible du reste du bouquin. Alors qu’il multiple les exemples d’application, j’ai l’impression d’avoir moins bien compris le fonctionnement de la discipline qu’à la fin de ma lecture de L’anti-Jurassic Park. Ce reproche ne m’empêche néanmoins pas de conseiller fortement L’ADN fossile, une machine à remonter le temps, en particulier pour les novices qui y découvriront les capacités de la paléogénétique.


Les manuscrits ninja de Fûtarô Yamada (Philippe Picquier, collection « Picquier poche », 2022), 946 p.
A la mort de Katô Yoshiaki, son fils Katô Akinari a récupéré le puissant fief d’Aizu. Contrairement à son père, Akinari est un incapable cruel et pervers manipulé par le clan Ashina, qui viole, torture et tue de belles demoiselles pour le plaisir. Lorsqu’un de ses vassaux, le brave Hori Mondo, ose se rebeller et quitte Aizu, Akinari obtient du shôgun le droit de le châtier. Outrepassant leurs prérogatives, ses sept lanciers forcent la porte du temple Tôkeiji réservé aux femmes pour massacrer les épouses et filles de Hori Mondo et de ses hommes. Sept d’entre elles sont sauvée in extremis par la sœur du shôgun, la protectrice du temple. Jurant de se venger, les sept survivantes vont être aidées par le légendaire Yagyû Jubei accompagné du sagace maître zen Takuan Sôhô.

Fûtarô Yamada fut un des grands écrivains de fictions populaires d’après-guerre. Il œuvra dans de nombreux genres, policier, horreur, fantastique, science-fiction, guerre, érotique ou humoristique, mais est surtout resté dans les mémoires pour ses romans pseudo-historiques à l’image des Huit chiens de Satomi ou de la série des Manuscrits ninja. Intitulé en japonais 柳生忍法帖 (Yagyû ninpôchô = Les manuscrits ninja [de Yagyû]), la traduction française ne constitue qu’un épisode d'un faux cycle, la plupart des histoires n’ayant pas de rapport entre elles. Le titre Les manuscrits ninja [de Yagyû] est en outre trompeur car, à l’inverse d’autres volets, il n’y a ici aucun ninja ni aucune technique ninja en tant que telle à l’exception d’une seule mentionnée vers la fin, bien que les talents de Yagyû s’en rapprochent.
Les manuscrits ninja [de Yagyû] a été publié en feuilleton entre octobre 1962 et mars 1964 dans le journal Iwate Nippô sous le titre Amadera go jûmangoku (= Le couvent bouddhiste à cinq cents milles koku). C’est le premier volume d’une trilogie consacrée à Yagyû Jubei Mitsuyoshi, complétée par Makai Tenshô (1964-1965) et Yagyû Jubei Shisu (1991-1992), qui n’ont pas été traduits en français ou en anglais. Yagyû Jubei fut un samouraï du début de l’ère Edo, nimbé d’une aura de mystère qui contribua à sa présence récurrente dans la culture populaire. C’est lui le véritable personnage principal des Manuscrits ninja de Yagyû comme l’indique le titre japonais, non les sept vengeresses de l’entourage de Hori Mondo. Centrales au départ, leur importance diminue au fur et à mesure et elles deviennent inutiles dans le dernier tiers. Cela affecte l’originalité du bouquin, qui se transforme en classique roman d’aventures focalisé sur un sabreur surpuissant. Ce type de récit était dans l’air du temps : au moment de la parution surgissait ainsi sur les écrans japonais Zatoichi (1962) avec Shintarô Katsu.
Davantage qu’à Zatoichi, Les manuscrits ninja [de Yagyû] m’a énormément fait penser au cinéma d’exploitation des années 70. On y retrouve le même cocktail de violence, de sexe et de nudité (les jeunes femmes ayant une fâcheuse tendance à perdre leurs vêtements), et je visualisais dans le rôle de Yagyû Jubei Tomisaburô Wakayama (le frère de Shintarô Katsu connu pour Hanzo the razor ou les Baby Cart) ou Sonny Chiba, qui a d’ailleurs incarné Yagyû Jubei dans Samouraï réincarnation de Kinji Fukasaku en 1981 (adaptation de Makai Tenshô). Malgré son sexisme et ses stéréotypes abondants, il faut avouer que Les manuscrits ninja [de Yagyû] est distrayant dans son genre, bourré d’action, totalement invraisemblable, avec un héros cool et des péripéties qui s’enchaînent. C’est prévisible dans les grandes lignes mais on ne s’ennuie pas, un page-turner efficace qui passe le temps dans l’avion et qui ravira les amateurs de chanbara bourrins des années 70.
A noter que Les manuscrits ninja [de Yagyû] a été transposé sur grand écran à plusieurs reprises dans les années 60 et 90 et a inspiré l’animé Ninja Scroll de Yoshiaki Kawajiri (1993).


Une invitée dans la demeure d’E.M. Carroll (404 Éditions, 2025), 250 p.
Caissière dans une petite ville de l'Est du Canada, Abby a récemment épousé David, un dentiste veuf venu de la côte ouest. Rêveuse introvertie, sans ami·e et encore ébranlée par le décès de sa mère quelques années auparavant, Abby a trouvé dans ce mariage la stabilité et la tranquillité qu’elle recherchait. Le quotidien n’est cependant pas aussi rose qu’escompté et elle peine à se lier avec la fille de David, Crystal, qui était très attachée à sa mère Sheila. Abby sent peser sur elle l’ombre de celle-ci, une artiste qu’elle idéalise à partir des maigres informations qu’elle détient. Une nuit, elle aperçoit le fantôme de Sheila et commence à douter de David.

E. M. (anciennement Emily) Carroll est un·e dessinateurice canadien·ne qui a débuté dans le webcomic en 2010. Une invitée dans la demeure est le second livre qu’iel a écrit et illustré seul·e après le court Quand je suis arrivée au château en 2019. C’est une sorte de drame psychologique horrifique axé sur une narratrice dépressive ébranlée par un spectre qui remet en cause ses convictions. Outre un vague cauchemar sur des monstres marins, E.M. Carroll revendique comme influence Une divine plaisanterie de Margaret Laurence, sur une femme effacée qui possède une riche vie fantasmatique, et Rebecca de Daphne du Maurier pour son ambiance gothique et l’obsession pour une morte. Graphiquement, E.M. Carroll alterne entre un noir et blanc avec des dessins assez épurés pour la réalité, et la couleur pour des rêves grouillant de détails, parfois gores, avec une prédominance du rouge sang. La mise en page et le découpage rappellent le manga que l’auteurice lit majoritairement. Les personnages s’avèrent plus complexes qu’au premier abord une fois le récit terminé, la montée de la tension et le basculement dans l’horreur sont bien menés, et la conclusion est glaçante en dépit d’un côté un peu prévisible. Une invitée dans la demeure s’est révélé être une bonne surprise et je serai curieux de récupérer les autres opus d’E.M. Carroll.


Revues
Les Cahiers du cinéma n°831 – Mai 2026
Voilà les marronniers de Cannes en commençant par l’avant Cannes. Le pire est que le rédacteur en chef lui-même, Marco Uzal, reconnait dans l’édito qu’ils composent avec de maigres informations, sur des rumeurs glanées pas toujours fiables. Et les œuvres qu’ils verront finalement, qui feront l’objet du numéro suivant, le seront dans un contexte pas propice à la réflexion et à une analyse sereine en raison du climat de Cannes qui faussent les perspectives…

Du côté des sorties, les prochains Almodovar, Autofiction (2026), et Salvadori, La Vénus électrique (2026), ont l’air intéressant, de même que Morte e Vida Madalena (2025) du Brésilien Guto Parente, sur une productrice contrainte d’assumer la réalisation d’un film de SF fauché. Cela m’a donné envie d’explorer la filmographie de Guto Parente dont je n’avais jamais entendu parler. Je note également le long métrage d’animation marocain Bouchra (2025) sur une cinéaste victime du syndrome de la page blanche, et les japonais All You Need Is Kill (2025), nouvelle relecture d’une light novel japonaise qui avait inspiré le sympathique Edge of Tomorrow (2014), et Le dernier souffle d’un yakuza (2025) sur un yakuza mourant qui revient sur sa vie ; l’intrigant Cocotte (2025) centré sur une poule échappée d’un élevage industriel ; et l’horrifique Obsession (2025) du studio BlumHouse sur un homme qui oblige une femme à l’aimer magiquement (sujet risqué mais les critiques sont excellentes). L’entretien avec James L. Brooks me conforte enfin dans mon désir de voir Ella McCay (2025) que j’avais déjà remarqué précédemment.


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