samedi 13 juin 2026

Carnet de bord 06/06/2026-12/06/2026



Films vus en compagnie
Caveat de Damian McCarthy (2020)
Un homme amnésique nommé Isaac est engagé par son soi-disant ami Moe Barrett pour s’occuper d’Olga, la nièce de Moe. Paranoïaque et occasionnellement catatonique, elle vit seule depuis la disparition de sa mère et le suicide de son père. En arrivant sur les lieux, Isaac constate que la maison se situe sur une petite île perdue. Pas franchement enchanté, il se rebelle quand Moe lui demande d’enfiler une sorte de camisole reliée à une chaîne pour l’empêcher d’accéder à la chambre d’Olga. C’est selon Moe l’unique méthode pour qu’elle accepte la présence d’Isaac. Celui-ci cède et se retrouve abandonné avec la jeune femme dans une demeure lugubre, avec une possibilité de mouvement limitée et sans moyen de communiquer avec l’extérieur.

Caveat est le premier long métrage de Damian McCarthy, également scénariste et monteur. Il a été tourné en Irlande avec un budget réduit, dans une maison appartenant à la famille d’un pote du réalisateur, avec des interprètes inconnus à l’exception de Ben Caplan en Moe (qui tenait un rôle récurrent dans une série télé de la BBC). Le film s’ouvre sur Olga et un jouet de lapin flippant (cf. l’affiche) avant de basculer sur Isaac et ses liens mystérieux avec Moe. Damian McCarthy instaure une ambiance de huis-clos creepy en jouant sur les sons et les éclairages, avec une photographie terne et souvent nocturne. Le récit est malheureusement le gros point faible, avec le classique syndrome du débutant qui cherche à caser trop d’éléments mal imbriqués, ici la maladie d’Olga, l’amnésie d’Isaac, une histoire de fantôme et un lapin bizarre qui ne sert en réalité à rien. On sent cependant qu’il y a du potentiel et Damian McCarthy corrigea ces défauts dès son second essai, Oddity (2024).


Films vus seuls
釣りバカ日誌7 [Tsuribaka nisshi 7] de Tomio Kuriyama (1994, Les mordus de la pêche : Épisode 7)
Alors qu’ils sont en train de pêcher en bord de mer dans la préfecture de Fukui, une femme aborde Densuke et Suzuki pour leur poser des questions sur leur hobby. Suzuki se charge de l’initier, elle passe l’après-midi avec eux et repart sans divulguer son nom ou son adresse. Quelques jours plus tard, Suzuki la recroise par hasard à Tôkyô. C’est une dentiste qui s’appelle Ayako Tagami, divorcée et mère d’une fillette. Il lui propose de retourner pêcher avec elle le week-end suivant et ment à Densuke pour être seule avec elle. Densuke découvre la tromperie et se fâche.

Tsuribaka nisshi 7 est le dernier Tsuribaka nisshi combiné à un Tora-san. L’ultime Tora-san (si on ne tient pas compte du 49e qui est un remontage du 25e et du 50e qui est un hommage tardif) diffusé en décembre 1995 fut en effet couplé à Salaryman Senka, une nouvelle série tirée d’un manga promue par la Shôchiku qui ne dura que trois épisodes. L’intrigue de Tsuribaka nisshi 7 fait dans le recyclage, avec une simili-romance entre Suzuki et Ayako, incarnée par Yûko Natori, 36 ans au moment du tournage contre 71 pour Rentarô Mikuni… Cela reste toutefois très gentillet et platonique, Suzuki pensant même la remarier avec un de ses subalternes. L’intérêt de ce Tsuribaka nisshi se situe davantage dans la querelle entre Densuke et Suzuki, qui entraine deux-trois séquences cocasses. C’est insuffisant et ce volet est dans la moyenne basse. Il marque par ailleurs la première apparition de Miyoko Asada dans le rôle de Michiko, l’épouse de Densuke. Sans être désagréable, elle n’a pas l’énergie et la joie communicative d’Eri Ishida, et son alchimie avec Toshiyuki Nishida (Densuke) est moindre.


Los platillos voladores de Julián Soler (1956, The Flying Saucers)
Pour épouser la belle Saturnina, Marciano a construit une voiture futuriste dans l’espoir de gagner la course panaméricaine. Grâce à l’argent de la victoire, il damerait le pion à Venustiano, le riche propriétaire du quartier à qui le père de Saturnina voudrait la marier. Le jour du carnaval, Marciano se bat avec Venustiano et fuit avec Saturnina à bord de son véhicule. Propulsé par la vitesse, l’engin s’envole puis s’écrase à proximité d’un village. Persuadés d’être confrontés à des extraterrestres, les habitants alertent les autorités qui envoient le professeur Saldaño, un fameux astrophysicien. Afin de s’enrichir et d’échapper à Venustiano, Marciano et Saturnina font croire qu’ils viennent d’une autre planète.

Membre de la famille Soler très implantée dans le milieu du cinéma mexicain, Julián Soler démarra sa carrière d’acteur à 21 ans et fut notamment le héros de Doña Bárbara avec María Félix (1943). Dès 1943, il se mit en parallèle à la réalisation et dirigea plus de 80 longs métrages dans divers genres populaires, la plupart étant oubliés de nos jours. Los platillos voladores est une satire mettant en vedette deux stars des années 50, Adalberto Martínez dit Resortes et Evangelina Elizondo. Resortes est le style de comique grimaçant lourdingue, un sous-Cantinflas qui multiplie les jeux de mots. Il est heureusement contrebalancé par la présence d’Evangelina Elizondo, au jeu plus retenu et qui chante et danse. Il y a un côté critique sociale gentillet, le décalage entre la société idéale des faux aliens et la Terre permettant de souligner les problèmes du Mexique. Les numéros musicaux sont distrayants (avec une apparition de la danseuse cubaine Amalia Aguilar), l’humour n’est pas trop pénible dans l’ensemble, c’est bourré de bons sentiments mais globalement sympathique. Sans être exceptionnel, c’est meilleur que la moyenne et plutôt plaisant.


The Town That Dreaded Sundown de Charles B. Pierce (1976, Terreur sur la ville)
Le 3 mars 1946 à Texarkana dans le nord-est du Texas, un individu cagoulé agresse un couple d’amoureux et les blesse gravement. Vingt-et-un jours plus tard, le criminel récidive et exécute un homme et une femme. Une vague de terreur s’abat alors sur Texarkana. Le capitaine J.D. Morales, un Texas ranger renommé, arrive en ville pour assister les autorités locales. Aidé par le shérif Norman Ramsey, il instaure un couvre-feu et des voitures de police sillonnent les environs. Cela n’empêche toutefois pas le tueur de recommencer…

Bien qu’en ayant souvent entendu parler, je n’avais étonnamment jamais vu The Town That Dreaded Sundown, un des premiers slashers qui anticipe les Vendredi 13 avec son psychopathe masqué aux méthodes d’assassinat variées. C’est une coproduction entre Samuel Z. Arkoff de la compagnie American International Pictures (AIP), spécialisée dans le cinéma d’exploitation à petit budget, et Charles B. Pierce, un réalisateur indépendant qui s’était fait connaitre en 1972 avec le documenteur The Legend of Boggy Creek. Ses limites sont flagrantes dans The Town That Dreaded Sundown, laborieusement filmé et monté, avec des champs/contrechamps scolaires et des erreurs de continuité. Il tente en outre d’alléger la tension avec un humour nul autour d’un flic censé être rigolo, et a ajouté une voix-off relou qui énonce les dates et incidents pour insister sur la réalité des évènements inspirés d’un fait-divers. Tout n’est heureusement pas à jeter. Ben Johnson en J.D. Morales et Andrew Prine (qui écrivit à l’arrache le dernier cinquième du scénario qui n’avait pas de conclusion) en Norman Ramsey sont convaincants ; les séquences d’attaques du croque-mitaine sont correctement menées et malsaines, annonçant les excès des années 80 ; et c’est assez rythmé, on ne s’ennuie pas. C’est donc un précurseur à découvrir pour les fans du genre. Une suite tardive est sortie en 2014, produite évidemment par Jason Blum, successeur moderne d’AIP et consort.
A noter l’excellente affiche dessinée par Ralph McQuarrie en début de carrière, qui deviendra célèbre grâce à son travail sur Star Wars.


Zmluva s diablom de Jozef Zachar (1967, Un pacte avec le diable)
Des parents sont convoqués par le lycée car leurs filles ont apparemment posé nues et ont signé un vieux parchemin pour pactiser avec le Diable, jurant de perdre leur virginité avant la remise des diplômes. L’école exige une punition sévère au nom de la morale, sans quoi elles seront expulsées. Les cinq ados nient et décident en représailles de passer à l’acte le week-end suivant, avec leur copain ou un inconnu. Ce n’est cependant pas aussi simple qu’escompté, entre les hésitations de chacun et des circonstances défavorables.

Un pacte avec le diable est le premier long métrage de fiction de Jozef Zachar, un metteur en scène venu du documentaire qui a surtout travaillé pour la télévision. Un pacte avec le diable devait d’ailleurs à l’origine être un documentaire avant de s’orienter vers la fiction dans un style inspiré du cinéma direct et un ton libre propre à la nouvelle vague tchécoslovaque. Très osé pour l’époque, avec des lycéennes parlant de sexualité et arborant un look peu socialiste (robes courtes bariolées, lunettes de soleil, talons hauts, cheveux longs du côté des garçons…), Un pacte avec le diable se moque allègrement de la bourgeoisie et des conventions hypocrites de l’ère communiste. Les jeunes au comportement rebelle m’ont parfois évoqué les deux héroïnes des Petites Marguerites (1966), Ivana Karbanová (un des deux Marie) reprenant en partie son rôle dans Un pacte avec le diable. Une fois établi les principes, on suit les mésaventures de quatre groupes, le récit s’enlise fortement et ça m’a vite lassé.
A noter la présence de Vladimír Menšík, un des rares acteurs tchécoslovaques dont j’ai retenu le visage, qui a joué dans plus de cent titres y compris de nombreux classiques (Jo Limonade (1964), Les amours d'une blonde (1965), Marketa Lazarová (1967), L'incinérateur de cadavres (1969), Trois noisettes pour Cendrillon (1973)…).


Totor de Daniel Kamwa (1994)
Des années auparavant, une femme violée et rejetée par sa famille s’est enfuie pour échapper à son agresseur. Une nuit, il la retrouve et lui ordonne de lui rendre son fils Mèntse à présent âgé de 9 ans. Ce dernier parvient à se sauver en abandonnant sa mère dans leur cabane en flammes et court se réfugier dans la forêt. Il y vit quelques temps avant d’être recueilli par des pygmées qui héberge également Ngâ'nsi, une adolescente qui parle français. Le jour où elle disparaît, Mèntse repart sur les chemins et ramasse un bébé tortue qu’il appelle Totor. Il considère que c’est son unique ami mais l’animal suscite la convoitise de villageois des alentours.

Formé à Paris, Daniel Kamwa dirigea en 1972 son premier court métrage, Boubou Cravate, et son premier long en 1976, Pousse-Pousse qui eut un beau succès en Afrique francophone. Il s’aventure avec Totor dans le film pour enfants qu’il découpe en deux parties : il ancre d’abord son histoire dans la nature, avec une économie de dialogues, de jolies scènes contemplatives dans la forêt et une dérangeante circoncision accomplie en direct sur le tournage ; puis on entre dans le cœur de l’intrigue au bout d’une demi-heure avec l’arrivée de Totor. On bascule alors dans une sorte de conte humoristique, deux individus cupides tentant de voler la tortue à Mèntse. Pour apprécier Totor, il faut accepter avec indulgence la naïveté de l’ensemble, les limites techniques et le jeu catastrophique des interprètes qui récitent difficilement leur texte (j’ai remarqué les noms de Gaylord Kamwa en Mèntse et Edna Kamwa en Ngâ'nsi, sans doute les enfants ou petits-enfants de Daniel Kamwa). Bien qu’ayant eu du mal au départ, j’ai fini par m’habituer et j’ai plutôt accroché.


凶貓 [Hung mau] de Dennis Yu (1987, Evil Cat)
Depuis 400 ans, la famille Cheung combat un maléfique chat à neuf vies qui renait tous les 50 ans. Maître Cheung sent que son ennemi juré vient de réapparaître et se prépare à la confrontation. L’esprit se manifeste dans un immeuble, massacrant les gardiens et possédant le corps du propriétaire. Lo, le chauffeur de ce dernier, croise Maître Cheung qui décide de l’aider et de le prendre pour disciple, au grand désarroi de sa fille Siu-Chuen, une journaliste qui ne croit pas au surnaturel.

Membre de la nouvelle vague hongkongaise, Dennis Yu est surtout resté dans les mémoires pour son rape & revenge polémique The Beasts (1980), que je n’ai pas vu, et The Imp (1981), que j’ai vu il y a une dizaine d’années et dont je n’ai aucun souvenir. Pour Evil Cat, il travaille avec Wong Jing, qui se charge du scénario et incarne un inspecteur de police. Figure majeure du cinéma hongkongais des années 80-90, Wong Jing privilégiait la quantité à la qualité et ses œuvres étaient souvent conçues à la va-vite. Cela se ressent ici, l’histoire n’étant pas le point fort de Evil Cat avec ses personnages stéréotypés, ses raccourcis (Siu-Chuen et Lo qui couchent ensemble soudainement) et ses incohérences (la flèche envoyée dans le cœur du fantôme qui ne le tue pas sans raison valable). Wong Jing est pénible en flic rigolo, Mark Ho-nam Cheng est transparent en Lo, de même que l’inexpérimentée Lai-Ying Tang en Siu-Chuen. Seul Liu Chia-liang, le mythique directeur de la trilogie culte de la 36e chambre, tire son épingle du jeu en Maître Cheung. Le gore et les trucages kitsch sont en nombre limité, ce Evil Cat sera rapidement oublié.


Tabataba de Raymond Rajaonarivelo (1988, Rumeurs)
En 1947 à Madagascar, la population veut se débarrasser du colonisateur français. Deux camps s’opposent toutefois entre les défenseurs d’une solution pacifique par le biais d’un vote démocratique et les tenants d’un affrontement armé. Lorsqu’un représentant de l’Etat français arrive dans un village du sud-est de l’île pour les élections des députés à l’Assemblée nationale, l’instituteur s’aperçoit qu’il manque les bulletins du MDRM, le parti indépendantiste interdit, et refuse d’apporter son aide. Il est arrêté, ce qui provoque l’insurrection des jeunes menés par Lehidy. Son petit frère Solo ne peut le suivre et l’attend, guettant les rumeurs sur la progression de la révolte et sur le sort de Lehidy.

Tabataba est un des rares films malgaches distribué à l’international, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 1988. Il a été tourné en 35 mm en décors naturels dans le centre de Madagascar, dans les environs de Maromena, avec des amateurs formés pour l’occasion. TV5 Monde propose gratuitement sur son site la superbe restauration effectuée en 2023 par la Cinémathèque française et la Cinémathèque Afrique de l’Institut français avec le concours de Raymond Rajaonarivelo. Elle permet de rendre justice à la magnifique photographie et de sublimer les paysages.
L’histoire aborde le soulèvement sanglant de mars 1947, où l’armée française massacra entre 40 000 et 100 000 Malgaches. A l’inverse du propagandiste Ilo Tsy Very (1987) qui dresse un tableau général assez manichéen de la situation en se concentrant sur l’aspect politique, Tabataba adopte le point de vue d’un enfant, Solo, à une échelle locale et sociale. Il montre les tensions entre les différents courants, les renoncements ou la collaboration tacite de certains, qui acceptent pour survivre de payer leurs impôts et de cultiver le café comme demandé par l’Etat français. On voit aussi l’espoir utopique d’une intervention des Etats-Unis, qui abandonna bien vite les peuples colonisés avec la montée de la guerre froide ; et l’emploi des tirailleurs sénégalais en soutien de l’armée française, qui laissèrent un souvenir amer aux Malgaches. C’est donc une belle entrée en la matière dans le cinéma malgache, sans doute pas représentative de la masse des longs métrages numériques produits depuis le début des années 2000.
P.S. : j’ai été très surpris par les chants d’oiseaux entendus en fond sonore. J’ai en effet reconnu les chants répétés du rougegorge familier et du coucou gris, ainsi que du merle noir, du pinson des arbres, de la chouette hulotte… Ce sont clairement des ajouts en postproduction, ces espèces n’étant pas recensées à Madagascar. C’est bizarre de ne pas mettre des chants d’oiseaux malgaches et ça m’a parfois sorti du truc.


Der Hund von Baskerville de Karel Lamač (1937, Le chien des Baskerville)
Charles Baskerville habite un manoir isolé dans la lande avec ses deux domestiques. Il vit dans la peur, persuadé d’entendre toutes les nuits les hurlements d’un chien fantôme qui aurait tué un de ses ancêtres deux cents ans auparavant. Une nuit, Charles reçoit un étrange coup de fil, se précipite hors de la maison et meurt de terreur. Le docteur Mortimer, un vieil ami de Charles, se charge d’aller chercher son héritier, l’ingénieur Henry Rogers. Il engage au passage Sherlock Holmes, qui envoie à sa place le docteur Watson pour veiller sur Henry.

Der Hund von Baskerville doit sa notoriété tardive au fait qu’il ait apparemment été un des deux films trouvés dans le bunker d’Adolf Hitler en 1945. C’est ironique quand on sait qu’il a été mis en scène par le Tchèque Karel Lamač, qui fut contraint de dissoudre sa compagnie de production après l’achèvement du tournage et qui fuit aux Pays-Bas puis en Grande-Bretagne durant la guerre. Ce n’était pas sa première rencontre avec Sherlock Holmes, il l'avait déjà parodié dans Lelicek au service de Sherlock Holmes en 1932. Der Hund von Baskerville marque en revanche le retour du détective dans le cinéma allemand, qui n'avait plus adapté ses aventures depuis la période du muet. Il est incarné par Bruno Güttner dont ce fut l’unique apparition créditée sur grand écran et qui est doublé par un autre acteur. L’intrigue prend de nombreuses libertés avec le roman de Conan Doyle, diminuant la tension et l’impact des révélations. Watson n’a pas de moustache (ce qui est perturbant), le casting est fadasse à l’exception de Fritz Rasp en serviteur (un bon comédien de second rôle aperçu chez Fritz Lang ou Georg Wilhelm Pabst), c’est mou dans l’ensemble et franchement dispensable.


El puño de hierro de Gabriel García Moreno (1927, La main de fer)
Après avoir testé l’héroïne par bravade, Carlos est devenu accroc et travaille en secret pour des trafiquants de drogue. Il parvient à pousser Antonio, le chef du gang des Chauves-souris, à se joindre à eux. En arrivant dans le repaire de l’organisation, Antonio a la surprise de retrouver Esther, qu’il avait dragué dans la rue et qui s’avère être une prostituée héroïnomane. Pendant ce temps, Laura, la propriétaire du ranch des deux diamants, sollicite l’aide du docteur Anselmo Ortiz pour désintoxer son petit ami Carlos. De leur côté, Juanito, un enfant détective, et Perico, un chauffeur de Laura, mènent leur investigation pour débusquer la bande des Chauve-souris.

Tourné de janvier à mai 1927 près d’Orizaba dans la foulée d’El tren fantasma (1927) avec une équipe en partie similaire, El puño de hierro fut sans doute le premier long métrage mexicain à aborder le problème de la drogue, avec des scènes de shoots saisissantes pour l’époque et des passages documentaires à la fois didactiques et voyeuristes. A cela s'ajoute un hold-up (où Gabriel García Moreno réutilise des séquences d’El Buitre, son premier opus de 1925), des courses-poursuites, des fusillades, une romance, du drame, une enquête… avec des histoires parallèles centrées sur différents groupes de personnages. Les interprètes sont de nouveau impeccables, en particulier Manuel de los Ríos en médecin (Anselmo Ortiz) et Carlos Villatoro qui joue Antonio. Les actrices Hortencia Valencia (Laura) et Lupe Bonilla (Esther) m’ont un peu moins plu que les sœurs Ibáñez, avec un jeu moins moderne, mais restent excellentes. Seul Manuel Carrillo, également directeur de la photographie, ne m’a pas convaincu en Perico.
Le mélange des genres n’est pas toujours réussi, il y a parfois une impression de trop-plein et de confusion, avec des incohérences flagrantes. La conclusion est décevante, se terminant sur ce qui constituait déjà un énorme cliché, présent chez Méliès dès 1896… (attention, spoiler en cliquant sur ce lien) L’accompagnement musical dissonant proposé par l’UNAM dans sa restauration de 2016 (visible gratuitement sur youtube avec des intertitres espagnols et anglais) ne m’a en outre pas emballé. Néanmoins, j’ai apprécié l’énergie dégagée, on ne s’ennuie pas et ce n’est ni sexiste ni manichéen (mais un peu raciste...), avec Laura en cowgirl à poigne et un gangster qui se révèle être plus héroïque qu’escompté face à un respectable notable fourbe. El puño de hierro fit malheureusement un bide et coula la compagnie de Gabriel García Moreno.


Livres
Ju-On 1 de Takashi Shimizu & Miki Rinno (Pika Editions, collection « Senpai », 2006), 144 p.
Ju-On 2 de Takashi Shimizu & Meimu (Pika Editions, collection « Senpai », 2006), 128 p.
En dépit de la mise en garde de la sœur de l’agent immobilier, les Murakami ont emménagé dans l’ancienne maison de la famille Saeki. Une malédiction accablerait les lieux depuis l’assassinat de Kayako Saeki par son époux Takeo et la disparition de leur fils Toshio. Toutes les personnes en contact avec la demeure vont brutalement décéder les unes après les autres, tuées par les fantômes de Kayako et Toshio.

En 2000, Takashi Shimizu proposa une J-Horror plus frontale avec Ju-on, un film découpé en deux volets sortis directement en VHS. Son excellente réputation auprès des amateurs amena à une version cinéma en 2002, qui capitalisait sur son prédécesseur pour enrichir l’univers. Les deux mangas de 2003 critiqués ici ne se situent pas dans la même logique, ce sont des transcriptions du diptyque de 2000, chaque tome correspondant à une partie. S’il y a bien de légères variations dans le récit, elles sont marginales et ne modifient pas fondamentalement l’intrigue ni n’apportent de nouveaux éléments à la franchise Ju-on. L’esthétique très convenue, avec des protagonistes aux belles gueules limite shôjoïsantes (surtout dans le volume 1 dessiné par Miki Rinno), ne colle absolument pas à l’ambiance, il ne s’en dégage aucune terreur et les passages gore sont gentillets comparé à ce qu’offrent les maîtres du genre comme Kazuo Umezu ou Junji Itô. Mieux vaut largement voir ou revoir les Takashi Shimizu.


Les cinémas de Madagascar (1937-2007) de Karine Blanchon (L’Harmattan, collection « images plurielles », 2015), 222 p.
Dans un pays défavorisé comme Madagascar, le cinéma sur pellicule ne s’est jamais vraiment développé. Il fut longtemps confiné à des documentaires, avec des courts et des longs métrages occasionnels souvent financés par l’étranger, en particulier la France. Après une docu-fiction en 1937 sur une martyre protestante, il fallut attendre les années 70 pour voir éclore un cinéma de fiction, L’accident de Benoît Ramampy (1972) remportant pour la première fois un prix dans un festival international. Cela ne suffit pas et la production fut rachitique jusqu’à la fin des années 90 malgré quelques œuvres remarquables à l’instar de Very Remby de Solo Randrasana (1974), du propagandiste Ilo Tsy Very d’Ignace Solo Randrasana (1987) ou de Tabataba (1988) et Quand les étoiles rencontrent la mer (1996) de Raymond Rajaonarivelo. Au tournant du millénaire, le 35 mm fut remplacé par le numérique qui conduisit à une explosion de la création. Ne profitant pas d’un réseau de salles (onze salles en activité sur l’île en 2007), les films étaient diffusés par le biais de VCD ou de DVD que les gens achetaient dans la rue à des vendeurs officiels (qui reversaient une partie de la vente au producteur) ou pirates. Pour les titres les plus populaires, des séances exceptionnelles étaient organisées sur un week-end, attirant parfois des milliers de personnes. S’inspirant d’Hollywood, le cinéma malgache s’aventurait dans divers genres, notamment les drames façon télénovela, les comédies, les films d'action, d'arts martiaux, évangéliques ou d’épouvante, ou la pornographie pourtant interdite.
Outre une histoire du cinéma sur l’île, une présentation des moyens, des genres à la mode et des méthodes de fabrication, la chercheuse Karine Blanchon se penche sur la manière dont les Malgaches perçoivent les images et le cinéma, et aborde les thématiques récurrentes à travers une description détaillée des œuvres phares des années 1970 à 2000. Elle s’appuie pour cela sur de nombreux entretiens effectués entre 2005 et 2007 avec les figures majeures du milieu (ou leurs proches en cas de décès). Elle fournit enfin en annexes une imposante bibliographie sur le sujet, une chronologie des films malgaches et un dictionnaire des réalisateurs.

Les cinémas de Madagascar (1937-2007) est tiré de la thèse de doctorat de Karine Blanchon soutenue en 2007 à l’INALCO. Bien qu’ayant été édité en 2015, l’ouvrage s’arrête donc en 2007. De ce que j’ai pu lire sur internet, la conjoncture n’a pas l’air d’avoir fondamentalement évolué depuis. Le principal changement se situe apparemment au niveau de la distribution, les producteurs se tournant davantage vers le streaming pour pallier le piratage de DVD. Beaucoup de Malgaches ne bénéficiant pas d’une connexion à haut débit, cela engendre des inégalités et des difficultés d’accès pour les plus pauvres. Le problème de la conservation se pose également. En l’absence de cinémathèque ou d’une autorité de préservation du patrimoine, les films ne subsistent que sur VCD ou DVD dans une logique de consommation immédiate, gravés de façon non industrielle sur des disques bon marché, avec un risque de disparition élevé. Deux multiplexes ont par ailleurs ouvert en périphérie de la capitale en 2017-2018 (un troisième, le CanalOlympia Iarivo, a ouvert en 2019 et fermé en 2025) mais cela s’est fait aux dépens des anciennes salles historiques laissées à l’abandon.
J’ignorais totalement l’existence du cinéma malgache avant de lire cet ouvrage et j’ai découvert un univers étonnant pour un Français des années 2020. A de rares exceptions, il manque terriblement de moyens et de compétences techniques, et ne dispose pas de critiques spécialisées aiguillant les goûts du public. Cela entraine une palanquée de limites esthétiques et narratives, avec des interprètes peu expérimentés et des trucages fauchés. Les spectateurs occidentaux qui ont eu l’occasion de s’y frotter se moquent de l’abondance de navets et de nanars, avec un regard distancié qui n'accepte pas sa naïveté et son pur premier degré. On retrouve pourtant un phénomène identique à Nollywood, dont le cinéma malgache pourrait constituer une sorte de parent pauvre selon Karine Blanchon.

On sent que Les cinémas de Madagascar (1937-2007) provient d’une thèse plus longue parfois compressée sèchement. Les aspects théoriques sur l’imaginaire ou l’identité ne m’ont pas convaincu, et le style est trop simple à mon goût. Ces remarques sont néanmoins négligeables par rapport à ce qu’apporte cette étude. C’est un des seuls livres dans le monde consacré au cinéma malgache, avec énormément d’informations de première main et d’extraits d’interviews exclusives. Karine Blanchon offre des renseignements précis sur le fonctionnement des salles, de la distribution, de la production et permet de comprendre cet univers si éloigné des considérations occidentales. Même les annexes qui pourraient sembler inutiles à l’ère d’internet sont précieuses tellement les données sur le web s’avèrent parcellaires. Mon plus gros reproche est que Karine Blanchon donne envie de récupérer plein de films introuvables et pour lesquels il n’y a pas de sous-titres français. Les cinémas de Madagascar (1937-2007) est donc un incontournable pour les amateurs de cinémas différents.


La dame en blanc de Wilkie Collins (Le Masque, collection « Labyrinthes », 2025), 476 p.
En 1849, William Hartright, jeune professeur de dessin, est engagé sur les recommandations d’un ami par la riche famille Fairlie qui habite dans le Cumberland dans le nord de l’Angleterre. Le soir précédant son départ de Londres, il croise une étrange dame en blanc apeurée. Il l’aide à prendre un fiacre et apprend ensuite qu’elle s’est échappée d’un asile. Il arrive le lendemain chez les Fairlie et rencontre le maître de maison, Frederick Fairlie, un hypocondriaque maniéré contraint de gérer les affaires depuis le décès de son frère. William est chargé d’enseigner à sa nièce Laura et à la demi-sœur de celle-ci, Marian Halcombe. Malgré son visage ingrat, Marian est très intelligente, élégante et extravertie. Laura est plus réservée et extrêmement belle, suscitant immédiatement la fascination de William. Leur amour est toutefois impossible, Laura étant promise à un baronnet. Alors que William s’apprête à retourner chez lui la mort dans l’âme, une lettre anonyme avertit Laura de la perfidie de son futur conjoint, Sir Percival Glyde. Elle provient de la mystérieuse dame en blanc, qui semble liée aux Fairlie.

Publié en feuilleton dans le magazine de Charles Dickens All the Year Round entre novembre 1859 et août 1960, La dame en blanc est souvent considéré comme un des premiers exemples de roman policier, avec une enquête menée essentiellement par William Hartright. Outre cet aspect innovant pour l’époque, une des grosses originalités est la multiplicité des narrateurs. Adoptant une logique de rapport judiciaire, Wilkie Collins expose le point de vue des principaux participants de l’affaire, avec une prédominance de William Hartright et de Marian Halcombe. En dépit d’allusions sexistes et d’un certain essentialisme, le livre offre la part belle à un excellent personnage féminin, Marian Halcombe, maligne, déterminée et qui n’a pas la langue dans sa poche. Wilkie Collins crée aussi un superbe méchant avec le comte Fosco, allié du colérique Sir Percival Glyde. En comparaison, William Hartright et Sir Percival Glyde sont pâlichons et Laura est fadasse (c’est d’ailleurs un des seuls protagonistes importants qui n’assure jamais la narration).

Je précise à mon grand désarroi que j’ai lu une édition de 476 pages abrégée d’environ un tiers du texte. Ces coupes ne sont pas mentionnées, je l’ai découvert en constatant qu’il y avait des traductions françaises de plus de 600 pages et en survolant la version anglaise disponible sur internet. Il ne manque rien sur le fond, c’est en réalité une adaptation de la forme en supprimant des morceaux de phrases voire des paragraphes, des explications redondantes ou des apartés.
Exemple :
VF : « Il était tout à fait inutile, cependant, d’attendre qu’il s’expliquât au moment même. Il m’emmena en me tirant par les deux mains, nous entrâmes en trombe dans le salon où ma mère, assise près de la fenêtre, riait en s’éventant ».
VO : « It was quite useless, however, to ask him for an immediate explanation. I could only conjecture, while he was dragging me in by both hands, that (knowing my habits) he had come to the cottage to make sure of meeting me that night, and that he had some news to tell of an unusually agreeable kind. We both bounced into the parlour in a highly abrupt and undignified manner. My mother sat by the open window laughing and fanning herself. »
Autre exemple :
VF : « Je ne m’aperçus pas que la porte s’était ouverte, puis refermée – sinon quand, après un moment de silence, je rouvris lentement les yeux. Il était parti !
J’ai dit tout ce que j’avais à dire. Les évènements qui se sont déroulés ensuite n’ont pas eu lieu en ma présence, et je n’en suis pas responsable. J’en ai eu le cœur brisé. Qu’ajouterais-je à cela ? »

VO : « I don't know when he opened the door, or when he shut it. I ventured to make use of my eyes again, after an interval of silence--and he was gone.
I rang for Louis, and retired to my bathroom. Tepid water, strengthened with aromatic vinegar, for myself, and copious fumigation for my study, were the obvious precautions to take, and of course I adopted them. I rejoice to say they proved successful. I enjoyed my customary siesta. I awoke moist and cool.
My first inquiries were for the Count. Had we really got rid of him? Yes--he had gone away by the afternoon train. Had he lunched, and if so, upon what? Entirely upon fruit-tart and cream. What a man! What a digestion!
Am I expected to say anything more? I believe not. I believe I have reached the limits assigned to me. The shocking circumstances which happened at a later period did not, I am thankful to say, happen in my presence. I do beg and entreat that nobody will be so very unfeeling as to lay any part of the blame of those circumstances on me. I did everything for the best. I am not answerable for a deplorable calamity, which it was quite impossible to foresee. I am shattered by it--I have suffered under it, as nobody else has suffered. My servant, Louis (who is really attached to me in his unintelligent way), thinks I shall never get over it. He sees me dictating at this moment, with my handkerchief to my eyes. I wish to mention, in justice to myself, that it was not my fault, and that I am quite exhausted and heartbroken. Need I say more? »

Est-ce un avantage pour un récit que beaucoup jugent trop long ? Je ne sais pas, on perd en tout cas une partie du style de l’auteur et j’estime n’avoir pas réellement vécu l’expérience de lecture originelle (bien que ce soit toujours compliqué avec les traductions).

En l’état, j’ai apprécié La dame en blanc et je ne me suis pas ennuyé, même s’il en aurait peut-être été autrement dans une édition intégrale. Ne connaissant pas les romans gothiques anglais de référence excepté Frankenstein, je ne peux pas comparer. J’ai trouvé l’histoire plutôt légère et parfois ironique, et j’ai du mal à dire dans quelle mesure Wilkie Collins jouait/se moquait des conventions ou si c’était totalement premier degré. Je me souviendrai longtemps du comte Fosco et de Marian Halcombe (que William Hartright aurait dû épouser s’il avait eu un peu de jugeote), et cela m’a donné envie de lire les classiques de la période, en VO ou en traduction intégrale cette fois…


Revues
Mad Movies n°405 – Juin 2026
Un beau dossier consacré au cinéma japonais ce mois-ci, mélange d’hommages à des personnalités disparues (Kôji Suzuki décédé le 8 mai 2026 et Yoshihiro Nishimura le 25 mai 2026) et d’articles sur des prochaines sorties, avec des entretiens avec Takashi Miike pour Sham (2025) et Kenji Tanigaki pour The Furious (2026). L’éloge à Kôji Suzuki m’a paru exagéré compte tenu de ce que j’ai lu de lui jusqu’à présent, les résumés de ses autres œuvres me confortant dans mes impressions. Je serais en revanche curieux de récupérer des films de Yoshihiro Nishimura (au moins un histoire de me faire une opinion car ça a l’air objectivement fauché/mauvais), et il faut définitivement que j’améliore ma connaissance du cinéma de Miike.

Du côté des nouveautés, Backrooms du jeune Kane Parsons (21 ans) explore la creepypasta des backrooms que je découvre à cette occasion et qui m’intrigue. Le dessin animé français pour adultes Jim Queen (2026) semble également intéressant (avec un doublage malheureusement catastrophique), sur un virus qui transforme les gays parisiens en hétéros à leur grand désarroi, de même que Passenger (2026) sur un méchant autostoppeur surnaturel et On l’appelait Robin des bois (2026) par le réalisateur de Pig (2021) où Hugh Jackman incarne un brigand sanguinaire. Je ne sais par contre que penser du dernier Dupieux, Le vertige (2026), un film d’animation moche au concept très dupieux-esque mais ses opus précédents étaient pénibles. Idem pour Le dernier vrai samouraï (2023) en dépit de la critique positive, je crains un truc un peu guimauve et réac. Au niveau du patrimoine enfin, Gods and Monsters (1998), biographie romancée de James Whale, suscite ma curiosité.


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