samedi 20 juin 2026

Carnet de bord 13/06/2026-19/06/2026



Films vus en compagnie
Hokum de Damian McCarthy (2026)
Ohm Bauman est un romancier américain qui planche sur le dernier volume de sa populaire trilogie Conquistador. Incertain de sa conclusion, il part se ressourcer en Irlande, dans l’hôtel où ses parents avaient passé leur lune de miel. Sa mère décéda quelques années plus tard tuée d’une balle dans la tête et son père noya son chagrin dans l’alcool avant de mourir. Déprimé, Ohm tente de se suicider et est sauvé in extremis par Fiona, la réceptionniste avec qui il avait sympathisé. A sa sortie de l’hôpital, il retourne sur les lieux pour récupérer ses affaires et est informé de la disparition de Fiona. Contrairement aux autorités qui accusent un vagabond du coin, Ohm est persuadé qu’elle est allée dans la chambre nuptiale interdite d’accès, soi-disant hantée par une sorcière.

Hokum (mot jamais défini qui signifie balivernes, foutaises) est le troisième long métrage de Damian McCarthy après Caveat (2020) et Oddity (2024), toujours situé en Irlande bien qu’il ait cette fois recruté un acteur américain à la mode (Adam Scott en Ohm Bauman) pour élargir son audience. Comme il l’explique dans un entretien à Mad Movies, après un Oddity choral narrativement complexe, il a voulu avec Hokum revenir à une histoire simple et linéaire, avec un héros bloqué dans un endroit clos à la Evil Dead 2 (1987). Il a puisé son inspiration chez Stephen King, notamment pour l’hôtel très Overlook Hotel de Shining, et dans le jeu vidéo d’horreur, avec des transitions de niveau, des pièces cachées, des couloirs étroits et des objets à utiliser de façon astucieuse. La photographie est excellente, l’ambiance est glauque et oppressante, et Adam Scott est parfait en écrivain antipathique. Seuls petits reproches, certaines séquences s’étirent un peu et les moments choc manquent parfois de tension. Cela reste cependant un bon exemple d’horreur contemporaine efficace et j’attends avec impatience le prochain opus de Damian McCarthy.


8番出口 [8-ban deguchi] de Genki Kawamura (2025, Exit 8)
En pleine conversation avec son ex-petite amie qui vient d’apprendre qu’elle est enceinte et lui demande si elle doit avorter, un homme ne prête pas attention à son trajet et débouche dans des couloirs vides du métro qui semblent se répéter à l’infini en indiquant la sortie numéro 8. Il finit par remarquer des instructions à côté d’un panneau de sortie 0 précisant qu’il faut rechercher des anomalies et opérer un demi-tour s’il en croise. Pris au piège, il ne pourra s’en tirer que s’il parvient à triompher des épreuves huit fois d’affilée.

Genki Kawamura est au départ un producteur émérite, collaborateur récurrent de Mamoru Hosoda et de Makoto Shinkai. C’est aussi un écrivain, trois de ses ouvrages ont été traduits en français dont Et si les chats disparaissaient du monde... qui a été adapté au cinéma en 2016 (je l’ai vu en 2021 et je n’en ai aucun souvenir). Exit 8 est son second long métrage après le drame Hyakka en 2022. Il transpose le jeu vidéo à succès The Exit 8 (2023) axé sur la notion d’espace liminal inspiré des backrooms. Le rôle principal a été confié à Kazunari Ninomiya, un acteur/chanteur/présentateur télé aperçu dans Lettres d’Iwo Jima (2006), Gantz (2010) ou La famille Asada (2020). Ce dernier a également participé à la conception de l’intrigue, qui est assez tartouille. Le gros point fort d’Exit 8 est son atmosphère creepy et de ses variations angoissantes, pas son récit prétexte. Le montage d’origine était plus horrifique mais Genki Kawamura l’a adouci afin de s’assurer d’une sélection à Cannes, ce que j’estime franchement dommage. Si on fait abstraction de toutes les scènes relou sur la parentalité, c’est plutôt bien mené et contentera les amateurs de films de boucle (spatiale ici et non temporelle).


海がきこえる [Umi ga kikoeru] de Tomomi Mochizuki (1993, Je peux entendre l'océan)
Contrainte de suivre sa mère divorcée, l’ado tokyoïte Rikako Muto débarque dans un lycée de Kôchi, ville de taille moyenne située dans le sud de l’île de Shikoku. Elle suscite immédiatement l’intérêt de Yutaka Matsuno, qui parvient à se lier avec elle, ainsi que de Taku, le meilleur ami de Yutaka. Réservée et hautaine, elle est en revanche en froid avec le reste de sa classe, en particulier avec les autres filles. Par un concours de circonstances, Taku se retrouve embarqué dans une escapade à Tôkyô avec elle.

Umi ga kikoeru est la moins connue des productions Ghibli, un téléfilm financé par Nippon TV, transposition du roman éponyme de Saeko Himuro paru en feuilleton entre février 1990 et janvier 1992 dans le magazine Animage. D’une durée d’1h12, c’est le plus court des longs métrages conçus par le studio, le premier à n’être dirigé ni par Miyazaki, ni par Takahata. Il a été confié à Tomomi Mochizuki, un réalisateur du studio Ajiadô spécialiste d’animés TV, entouré par de jeunes membres de Ghibli. L’objectif était de montrer l’exemple en fabriquant une œuvre dans des délais réduit et un budget maîtrisé sans rogner sur la qualité. Ce ne fut guère concluant, le planning et le coût n’étant pas tenus et Tomomi Mochizuki développant un ulcère à cause du stress. Le résultat est décevant : si cela est techniquement solide, l’intrigue est ultra-convenue, un bête triangle amoureux autour d’une fille capricieuse perçue du point de vue du garçon Taku. Je ne l’avais pas revu depuis une vingtaine d’années et je comprends pourquoi, c’est sans doute le moins bon des Ghibli. L’unique aspect qui m’a vraiment plu est la musique de Shigeru Nagata, un pianiste et compositeur obscur qui n’a que rarement travaillé pour l’animation et qui alimente une chaîne youtube de marche yogique.


ഭ്രമയുഗം [Bramayugam] de Rahul Sadasivan (2024, Bramayugam)
Dans la région du sud de Malabar au XVIIe siècle, Thevan, ancien chanteur à la cour issu d’une caste intouchable, tente de traverser la rivière Bharathappuzha pour fuir des marchands d’esclaves. Bloqué par les crues, il se réfugie dans une propriété perdue en pleine forêt et est accueilli par le maître des lieux, l’effrayant Kodumon Potti. Celui-ci habite seul avec son cuisinier dans une immense demeure à l’abandon, et il exige que Thevan s’installe chez lui pour le distraire avec des chansons. Honoré et terrifié à la fois, Thevan est obligé d’accepter. Il comprend vite qu’il se passe des choses étranges et que sa vie est en danger.

J’avais apprécié l’opus précédent de Rahul Sadasivan, Bhoothakaalam (2022), et j’étais curieux de voir le réputé Bramayugam, carton au box-office indien qui attira également l’attention au niveau international. On est de nouveau dans du cinéma malayalam intello imprégnée de folklore du sud de l’Inde, tourné en noir et blanc dans un contexte historique précis et des décors splendides, avec peu de protagonistes et de dialogues. Kodumon Potti est interprété par Mammootty, le genre de superstar que seule l’Inde est capable d’engendrer, une légende vivante qui a joué dans plus de 400 films et a reçu une myriade de distinctions. Il est ici impressionnant dans le rôle d’une entité maléfique, écrasant Arjun Ashokan (Thevan) par son charisme. C’est visuellement magnifique, avec des effets spéciaux majoritairement old school et une belle séquence animée. Le rythme est plutôt lent, Rahul Sadasivan offre davantage une réflexion sur le pouvoir qu’un trip horrifique en dépit d’un climat pesant. Si j’ai préféré Bhoothakaalam, Bhoothakaalam reste une proposition originale qui mérite le coup d’œil.


Films vus seuls
密会 [Mikkai] de Kô Nakahira (1959, A Secret Rendezvous)
Kikuko a épousé Yuichiro Miyahara, un professeur de droit à l’université de Tôkyô beaucoup plus vieux qu’elle avec qui elle ne couche que tous les trois mois. Par ennui et par frustration sexuelle, elle a pris pour amant un des étudiants de son mari, Ikuo Kawashima, qu’elle rejoint une fois par semaine au lieu d’aller à son cours de cuisine. Un soir alors qu’ils lutinent dans la forêt, un taxi vient s’arrêter près d’eux. Un délinquant ensanglanté en sort et traine un corps avant de prendre la fuite. Sous le choc, Ikuo souhaiterait informer les autorités tandis que Kikuko craint pour sa réputation et l’incite à se taire.

Dans cette production à petit budget de la Nikkatsu, Kô Nakahira adapte une nouvelle d’Akira Yoshimura sur fond de musique jazzy. Après une introduction provoquante avec un batifolage assez osé pour l’époque, on adopte le point de vue de Kikuko dont on découvre le morne quotidien. Malheureusement, ça s’enlise rapidement malgré la courte durée d’1h11 et on note une franche misogynie ambiante, tous les personnages féminins étant négatifs (Kikuko, sa belle-sœur cupide, sa servante simplette ou la sœur frivole d’Ikuo) et manipulateurs. On est loin de la finesse de Aitsu to watashi (1961, That Guy and I). C’est dommage car la photographie est convaincante et il y a une jolie distribution avec Seiji Miyaguchi en Yuichiro (un habitué d’Akira Kurosawa et de Masaki Kobayashi) et surtout Yôko Katsuragi en Kikuko, une actrice de la Shôchiku occasionnellement prêtée à la Nikkatsu. Elle fut repérée par Keisuke Kinoshita qui la fit débuter en 1948 à l’âge de 18 ans dans Shozo (1948, Le portrait) avant de tourner avec Ozu (Printemps tardif , 1949), Kurosawa (Scandale, 1950) ou Kinoshita encore à huit reprises, toujours dans des seconds rôles. Elle prit sa retraite à 33 ans pour s’occuper de sa famille. Abonnée aux jeunes femmes pures et innocentes, elle casse ici son image en incarnant une égoïste débauchée. Ça n’a pas suffi et je n’ai pas accroché, surpris toutefois par la conclusion amorale nonobstant l’ultime minute artificielle.


Tepeyac de Carlos E. Gonzáles, José Manuel Ramos & Fernando Sáyago (1917)
Selon les cartons d'ouverture citant le journaliste et politicien Ignacio M. Altamirano, la Vierge de Guadalupe est un attribut constitutif du Mexique, qui réunit les catholiques pour des raisons religieuses, les libéraux en souvenir de la bannière de la Vierge utilisée par les indépendantistes en 1810, et les Indiens à qui elle est apparue.
Pendant la Première Guerre mondiale, Carlos Fernández est envoyé par le président du Mexique en Europe pour une importante mission. Le bateau sur lequel il voyage est coulé par un sous-marin allemand et sa fiancée, Lupita, se morfond en priant pour sa survie. Pour se distraire de ses insomnies, elle lit l’histoire de Juan Diego, l’Indien qui vit la Vierge en 1531.

Longtemps perdues, Tepeyac a été retrouvé par l’UNAM qui s’est chargée de sa restauration en 2016 et qui l’a mis à disposition gratuitement sur son site internet avec des intertitres espagnols. C’est le plus ancien film mexicain existant, avec des incertitudes sur l’identité du réalisateur et les responsabilités de chacun (d’où la présence de trois noms au générique reconstruit, Carlos E. Gonzáles, José Manuel Ramos et Fernando Sáyago). Produit par Film Colonial (qui ne finança qu’un autre opus, Confesión Trágica en 1919), il fut vendu à Germán Camus qui s’occupa de la distribution. En 1917, Tepeyac était déjà terriblement daté. Sur le fond, avec sa vision idyllique de la religion symbole de l’unité du pays et son paternalisme envers les Indiens, il était en décalage avec les révolutions en cours ; sur la forme, c’est une succession de tableaux statiques, avec des interprètes maniérés qui regardent parfois la caméra, on se croirait dans un court métrage du début du siècle, rien à voir avec le Santa incomplet de 1918. L’accompagnement musical essentiellement au piano est sobre et renforce l’atmosphère mélodramatique du segment centré sur Lupita et Carlos. Tepeyac ne passionnera guère un spectateur contemporain et vaut surtout comme exemple unique de cinéma muet mexicain dont il ne subsiste, outre Tepeyac, que deux titres en intégralité ou quasi-intégralité, El tren fantasma (1927) et El puño de hierro (1927).


The Rare Blue Apes of Cannibal Isle de Donn Greer (1974)
Enfant muet et introverti, Nani adore son canard, monsieur Quack-Quack, qui sème régulièrement la panique dans le jardin en dispersant le linge ou en effrayant les poules. Excédés, les parents de Nani exigent qu’il donne son volatile à leurs voisins mangeurs de volailles. Durant la nuit, Nani s’enfuit avec monsieur Quack-Quack à bord de sa petite barque et accoste au matin sur l’île des cannibales habitée par des crocodiles humanoïdes pirates, les Swampies, qui le capturent. Il est enfermé dans la cage d’un singe bleu, Hacha, avec qui Nani s’avère capable de parler.

En 2023, deux ans avant leur collection Reviver, Vinegar Syndrome s’était déjà amusé à éditer une série de films perdus dans leur coffret Vinegar Syndrome's Lost Picture Show. Il contenait, entre autres bizarreries, une comédie musicale malaisienne pour gosses avec des gars en costume type Disneyland creepy, tournée par un Américain venu de la sexploitation. Sur le papier, ça vend du rêve. Dans la réalité, c’est consternant dès qu’on a dépassé les six ans d'âge mental. Vinegar Syndrome propose plusieurs affiches d’époque et The Rare Blue Apes of Cannibal Isle semble avoir été distribué aux Etats-Unis sous différents titres, notamment Mr. Quack Quack and the Rare Blue Ape (cf. l’affiche que j’ai sélectionnée), Pirates of Cannibal Isle ou Cap'n Krock and The Rare Blue Apes. Il avait disparu complètement de la circulation jusqu’à ce que Vinegar Syndrome le déterre.
Mal joué, mal monté, avec des chansons nases, une affreuse musique au synthé, des trucages désolants et des stock-shots intégrés à la va-comme-je-te-pousse, The Rare Blue Apes of Cannibal Isle expose ses limites dès le départ. On sent néanmoins une certaine franchise et une naïveté que j’aurais pu apprécier si ça n’avait pas été plombé par une totale absence de rythme, avec un humour pathétique reposant principalement sur des Swampies qui tombent par terre et sortent des remarques bébêtes, postsynchronisés par des doubleurs en roue libre. Comble du mauvais goût, un milan sacré est appelé Beagle the eagle (Beagle l’aigle) par Hacha, confondre un milan et un aigle étant évidemment intolérable. Malgré son concept délirant, je ne peux donc conseiller The Rare Blue Apes of Cannibal Isle.


Der Mann, der Sherlock Holmes war de Karl Hartl (1937, On a tué Sherlock Holmes)
Un homme en costume à carreau avec un étui à violon et une pipe arrête un train en pleine nuit et monte dedans avec son acolyte. Bien qu’il affirme se nommer Morris Flint et être accompagné de Macky, les contrôleurs déduisent immédiatement qu’il s’agit du célèbre Sherlock Holmes et de son assistant le docteur Watson, de même que deux criminels qui s’échappent à leur arrivée. Enchantés, Morris et Macky héritent de la cabine des fuyards ainsi que de leurs bagages. Après leur voyage, ils continuent leur manège en s’installant dans un palace. En fouillant dans les valises, ils tombent sur des liasses de billets et comprennent qu’ils ont récupéré les affaires de braqueurs de banques.

Deux films ont été apparemment retrouvés dans le bunker d’Hitler par les Alliés : Der Hund von Baskerville de Karel Lamač (1937, Le chien des Baskerville) et ce Der Mann, der Sherlock Holmes war, tous les deux datant de 1937 et centrés sur Sherlock Holmes. Leurs points communs s’arrêtent là. Tandis que Der Hund von Baskerville était une adaptation mollassonne du Chien des Baskerville de Conan Doyle, Der Mann, der Sherlock Holmes war est une sympathique parodie au scénario inédit. Morris Flint/Sherlock Holmes est parfaitement interprété par Hans Albers, surtout connu de nos jours pour son rôle du baron de Münchhausen dans le long métrage éponyme de 1943. Il est épaulé par Heinz Rühmann, un comédien très populaire pendant la période nazi et une sacrée ordure, qui se débarrassa de son épouse juive qui entravait sa carrière et collabora énergiquement avec le régime. C’était toutefois un bon acteur et il est convaincant en sidekick amusant. Le récit est astucieux et rondement mené, c’est rythmé avec du suspense, un peu de romance, de l’action et même une chanson. Produit par la UFA sous gestion nazie, c’était le style de distraction inoffensive prônée par Goebbels pour vider la tête de la population, sans une once de propagande et dirigé par un spécialiste du genre, l’Autrichien Karl Hartl. Il faut avouer que c’est efficace et la restauration effectuée en 2013 par la Friedrich Wilhelm Murnau Foundation est excellente, rendant ce Der Mann, der Sherlock Holmes war fort recommandable.


Amanece, que no es poco de José Luis Cuerda (1989, L'aube, c'est pas trop tôt)
Dans un petit village espagnol de montagne, les habitants assistent tous les jours avec enthousiasme à la messe, des hommes poussent dans les champs, la police oblige les gens à boire jusqu’à être saouls et une vieille femme accouche de jumeaux cinq minutes après avoir fait l’amour. Un ingénieur d’origine espagnole en année sabbatique vivant en Oklahoma arrive à moto avec son père. Ils découvrent d’excentriques campagnards et logent quelques temps chez l’un d’entre eux.

Amanece, que no es poco est culte en Espagne, la région de Castilla – La Mancha ayant mis en place en 2009 un itinéraire retraçant les principaux lieux de tournage dans la province d'Albacete. Les fans s’appellent les Amanecistas et maintiennent une communauté avec leur page Facebook et Instagram. José Luis Cuerda devait initialement réaliser une série pour TVE inspirée de son téléfilm Total (1983) et des œuvres de Luis García Berlanga (notamment Bienvenue Mr Marshall (1953)). Trop cher, le projet fut rejeté et il conçut un long métrage, une comédie absurde et surréaliste où le récit n’est qu’un prétexte à un enchaînement de gags, de jeux de mots et de scènes bizarres. C’est toujours compliqué de regarder les comédies culte d’une autre culture. Je ne sais pas ce qu’un étranger penserait par exemple des Bronzés (1978, que je n’aime pas) ou de La Cité de la peur (1994, que j’apprécie), il serait sûrement dubitatif. Ce fut mon cas avec Amanece, que no es poco devant lequel je n’ai pas esquissé le moindre sourire indulgent. J’ai trouvé l’humour vulgaire, de mauvais goût, parfois raciste et sexiste (les années 80 quoi…), l’intrigue est inexistante et ce fut très pénible. Pour un spectateur contemporain non espagnol, ça n’a aucun intérêt.

Shake, Rattle & Roll V de Don Escudero, Jose Javier Reyes & Manny Castañeda (1994)
Shake, Rattle & Roll V est composé de trois segments :
Episode I – Maligno : Laurie et son copain Nicky sont bloqué·e·s sur une île paumée et attendent en vain le bateau qui doit les ramener à Manille. Nicky tombe malade et Laurie demande de l’aide à un bel inconnu croisé dans la forêt, contre l’avis des locaux effrayés.
Episode II – Anino : Deux sœurs, Gina et Maui, emménagent dans une grande maison au loyer étonnamment bas. Des phénomènes étranges se produisent peu après leur installation.
Episode III – Impakto : La riche Lizbeth et son petit frère Charlie sont enlevé·e·s par leur chauffeur et ses deux acolytes. A la nuit tombée, iels ont un accident de voiture et vont se planquer dans un bâtiment en ruines qui se révèle être le repaire d’un vampire.
Ayant plutôt accroché à Shake, Rattle & Roll (1984), j’étais curieux de regarder un second épisode de la plus longue série cinématographique d’Asie du Sud-Est. La plupart sont disponibles sur Youtube sur la chaîne du distributeur officiel philippin Regal Films, malheureusement sans sous-titres. J’ai donc dû farfouiller et je me suis rabattu sur le cinquième volet sur lequel j’ai dégotté des sous-titres. Il comporte de nouveau trois sketches et c’est apparemment la première fois qu’ils sont vaguement reliés entre eux, une voyante prédisant aux protagonistes en ouverture de chaque partie les évènements à venir. A l’instar du Shake, Rattle & Roll de 1984 qui reste la référence, il y a une histoire axée sur un monstre folklorique (Maligno et son engkanto), une sur une maison hantée louée pour une bouchée de pain (Anino) et une dans une vieille bâtisse à l’abandon (Impakto). Les trois sont fauchées, mal jouées, avec des intrigues rachitiques et bancales, sans aucune tension et avec des effets spéciaux minables. Seule exception : le maquillage du vampire d’Impakto est sympathique mais le sketch est plombé par un humour à deux balles. Les qualités de l’original de 1984 sont totalement absentes, il n’y a rien à sauver. Je ne sais pas si c’est représentatif de l’intégralité de la série, je retesterai à l’occasion pour vérifier.


Livres
Internet et libertés : 15 ans de combat de la Quadrature du Net de Mathieu Labonde, Lou Malhuret, Benoît Piedallu & Axel Simon (Vuibert, 2022), 270 p.
En 2008, face au discours du nouveau président Nicolas Sarkozy qui désigne internet en ennemi à civiliser, un petit groupe d’informaticiens fonde la Quadrature du net, une association consacrée à l’émancipation du public et à la sauvegarde d’un internet ouvert contre les lois liberticides. Ils sont vite confrontés à leur premier dossier avec la loi Hadopi, qui vise à protéger la propriété littéraire et artistique sur le web à travers une instance de régulation répressive. De 2008 à 2014, ils continuent d’œuvrer en France et au parlement européen contre les projets qui se servent du concept brumeux de propriété intellectuelle pour traquer les utilisateurs, récupérer leurs données sans leur consentement et les punir au profit de grandes entreprises.
De plus en plus structurée, la Quadrature du net étend son champ d’action avec l’essor des lois antiterroristes. Début 2015, elle conteste ainsi les décrets de la loi de programmation militaire, qui renforcent de façon abusive l’accès aux données par la police et la gendarmerie. Les attentats de 2015 et l’instauration de l’état d’urgence accélèrent le processus législatif, fournissant au gouvernement une fenêtre d’opportunité pour passer des mesures sécuritaires. Aidée par l’adoption du RGPD au niveau européen, la Quadrature du net se lance dans la bataille, attaquant également les GAFAM, sources de nombreux problèmes par le biais de leur logique économique qui privilégie le clic et donc la polémique et le trash. Elles se présentent pourtant comme la solution, seules en mesure de modérer en masse et de supprimer rapidement les contenus sur demande des autorités.
A partir de 2018, la Quadrature du net se penche aussi sur ce qu’elle appelle la technopolice. Avec l’explosion des moyens de surveillance technologiques et multimédias, les Etats collectent à tour de bras et croisent les informations au mépris du RGPD afin de contrôler la population. Les dispositifs implantés au fil du temps pour des usages soi-disant spécifiques sont élargis, y compris en faveur de compagnies privées avec des risques réels pour les libertés des citoyens. Les pays occidentaux se dotent alors de systèmes perfectionnés que ne renierait pas la dictature chinoise. L’ouvrage s’achève en 2022 sur un tableau sombre tandis que l’IA commençait à poindre.

A l’issue de la première partie Défendre internet (2008-2014), j’avoue que j’étais assez déçu. Les auteurs insistent excessivement selon moi sur leurs actions et la mécanique interne de leur association aux dépens du fond. Les sujets sont survolés sans entrer dans les détails technico-législatifs, et ils défendent une vision libertaire du web que j’estime utopique, renvoyant aux origines idéalisées à une époque où il était employé par une minorité. Tout change dans la deuxième partie, De l’obsession (anti)terroriste à la surveillance des géants du web (2014-2018). Le livre plonge enfin dans le cœur des sujets en décrivant clairement les enjeux et les mécanismes de flicage généralisés qui se mettent en place. On comprend pourquoi la Quadrature du net a quitté son ancrage historique sur les problématiques de la propriété intellectuelle pour accroitre son périmètre, avec une troisième partie, L’ère de la technopolice (2018-2022), dans la continuité de la seconde. Bien que n’étant pas d’accord avec certaines de leurs opinions, ces différences sont négligeables dans le contexte actuel et je ne peux que saluer leurs combats. Et malheureusement, conformément à leurs attentes, c’est de pire en pire avec la montée de l’IA.


Mes années 80 1/2 de Sean Chuang (Akata, 2015), 208 p.
Mes années 80 2/2 de Sean Chuang (Akata, 2015), 192 p.
Né en 1968, Sean Chuang a grandi à Taichung, deuxième plus grande ville de Taiwan. Il raconte dans Mes années 80 son enfance, son adolescence et les débuts de sa vie d’adulte. Par le biais d’anecdotes personnelles, il revient sur les loisirs à la mode, le baseball, les films de Bruce Lee, la Guerre des étoiles (1977), le marché des cassettes vidéo, les bornes d’arcade, les bandes dessinées ou les baladeurs. Taïwanais ordinaire issu de la classe moyenne passé par le collège, l’école des beaux-arts et le service militaire, il évoque avec nostalgie les éléments qui ont rythmé son existence, avec humour et dans un style plutôt réaliste.

Une remarque pour commencer : pourquoi est-ce que le tome 1 et le tome 2 parus chez Akata à neuf mois d’intervalle n’ont pas le même format, le tome 2 faisant 2 mm de moins en largeur et 3 de moins en hauteur ? A l’inverse de ce qui est indiqué sur le site officiel qui annonce 180 x 258 mm pour les deux, j’ai de mon côté 174 x 237 mm pour le 1 et 172 x 234 mm pour le 2. Ils n’ont pas pensé qu’ils se suivraient dans la bibliothèque et que ce serait visible ? De façon générale, pourquoi est-ce que les éditeurs détestent tellement leurs acheteurs et ne sont pas capables de conserver un minimum de logique dans les dimensions des ouvrages ? Fin de l’aparté.

Par rapport à la moyenne des Français, j’ai une bonne connaissance de Taïwan et j’étais curieux de lire cette BD pour découvrir un point de vue subjectif sur la culture populaire de l’île durant les années 80. Contrairement à ce que laissent supposer les préfaces françaises qui insistent sur les similarités, cela n’est pas réellement comparable aux expériences des Occidentaux en dépit de rapprochements de façade sur des symboles de la pop-culture comme Stars Wars, Bruce Lee ou les premiers jeux vidéo. Jusqu’en 1987, Taïwan était sous la loi martiale. Les sévices corporels dans les écoles étaient répandus, avec uniforme et coupe de cheveux réglementaire obligatoires. La culture japonaise était majoritairement interdite (officiellement car des mangas piratés circulaient) et la censure régnait. Ce qui était autorisé n’était par ailleurs pas perçu de la même manière que chez nous, que ce soit la révolte du Chinois Bruce Lee contre des oppresseurs japonais (dans La Fureur de vaincre, 1972) ou blancs (La Fureur du dragon, 1972), ou la culture japonaise filtré par le prisme de 50 ans de colonisation et d’un discours anti-japonais de la part de la dictature militaire taïwanaise. Un processus de démocratisation démarra en 1988, qui aboutit à la levée de la censure et aux premières élections présidentielles au suffrage universel direct en 1996.
A l’opposé de Marzi où Marzena Sowa parvenait à travers son autobiographie à nous faire comprendre l’Histoire de la Pologne et le quotidien d’un enfant à cette période, Sean Chuang n’aborde pas les thématiques politiques ou sociales, il se contente de gentilles vignettes nostalgiques sans ordre ni logique, sans contextualisation ni réflexion. Marzena Sowa écrivait certes pour des Français et s’appliquait à resituer son récit mais je suis étonné que Sean Chuang ne mentionne quasiment jamais la censure pourtant omniprésente jusqu’en 1987 ou les changements fondamentaux qui agitaient son pays. En 1987, il avait 19 ans, il me semble qu’il aurait pu s’intéresser un minimum à ce qu’il se passait autour de lui. On a l’impression qu’il ne veut heurter personne, qu’il veut juste amener une bouffée de nostalgie inoffensive autour de questions fédératrices (du moins pour les hommes). J’ai donc au final été déçu, je n’ai pas appris grand-chose et j’ai trouvé tout cela globalement vain.


La maison Hatayanagi de Ranpo Edogawa (Cambourakis, 2025), 438 p.
Dans une auberge à onsen de la région d’Ôsaka, le séduisant Fusao Mitani et le maigre Michihiko Okada s’affrontent dans un duel à mort pour gagner le cœur de la belle Shizuko. A la dernière seconde, Okada se dégonfle et s’enfuit piteusement, laissant le champ libre à Mitani. A leur retour à Tôkyô, Shizuko lui révèle qu’elle est une veuve richissime, mère d’un garçon de six ans, ce qui n’effraie pas Mitani. Peu après, Shigeru et Shizuko sont enlevés et un inconnu est assassiné dans la demeure de Shizuko en son absence. Le cadavre disparait inexplicablement tandis qu’un abominable monstre sans lèvres est aperçu rodant dans les environs. Devant cette accumulation de mystères, Mitani décide de demander l’aide de l’illustre détective Kogorô Akechi.

Les bouquins d’Edogawa Ranpo que j’avais lus jusqu’à présent ne m’avaient pas convaincu outre mesure, y compris le fameux Le lézard noir, enquête la plus célèbre du détective Kogorô Akechi. Titré Kyûketsuki (= Le vampire) en japonais, La maison Hatayanagi est antérieur au Lézard noir, publié en feuilleton de septembre 1930 à mars 1931 dans le quotidien sportif Hôchi Shinbun. Kogorô Akechi est accompagné de deux assistants, l’adolescent Kobayashi et la jolie Fumiyo, qui n’hésitent pas à prendre des risques pour leur patron. Bien que moins extrême que L’île panorama ou La bête aveugle, La maison Hatayanagi comporte tout de même des éléments d’ero guro nansensu typiques de l’auteur, avec des meurtres bizarres et sanglants, des méchants tordus mentalement et physiquement, quelques femmes dénudées (moins que d'habitude) et un soupçon d’érotisme malsain. L’intrigue est alambiquée quoiqu’assez prévisible, avec un narrateur omniscient qui interpelle régulièrement le lecteur et prophétise les évènements à venir. Le ton est léger, le style agréable et la traduction m’a semblé de bonne qualité, avec de brèves notes explicatives. C’était fort distrayant et c’est pour l’instant mon livre préféré d’Edogawa Ranpo, qui me réconcilie avec son œuvre. Seul regret, La maison Hatayanagi renvoie plusieurs fois à son roman La malédiction des Tamamura et j’aurais dû commencer par ce dernier.


Revues
Les Cahiers du cinéma n°832 – Juin 2026
Le dossier du mois est consacré au cinéma d’animation en France, avec un point sur la production dans l’Hexagone qui connait des problèmes de financement ; un article sur les robots dans l’animation contemporaine ; des entretiens avec Ugo Bienvenu, le créateur d’Arco (2025), Orian Barki et Meriem Bennani réalisatrices de Bouchra (2025), Sébastien Laudenbach, et la bande à l’origine de Jim Queen ; et un élargissement international avec un top animé 2023-2026 sur des titres passés inaperçus dans Les Cahiers du cinéma et une interview de Jan Švankmajer.

Du côté des sorties, l’Espagnol Maspalomas (2025) sur un vieux gay qui arrive dans une maison de retraites conservatrice semble intéressant, de même que l’Argentin Belén (2025) sur une femme emprisonnée à cause d’un avortement clandestin. Au niveau du patrimoine, je note le Blu-Ray Macho Dancer de Lino Brocka (1988) sur les call-boys de Manille ; le film noir aux touches néoréalistes Riz amer de Giuseppe De Santis (1949) ; et le coffret Carlotta « La trilogie de la traque », trois opus des années 70 de Jun'ya Satô dont j’ai déjà vu les deux premiers.


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