Films vus en compagnie
Lady in Waiting de Norman Lloyd (1971, Columbo : Attente)

Ce cinquième épisode de la saison 1 de Columbo met en vedette Susan Clark (Beth), une actrice canadienne qui commençait à être connue au début des années 70 grâce à des apparitions dans Un shérif à New York (1968) avec Clint Eastwood, Willie Boy (1969) avec Robert Redford et Valdez (1971) avec Burt Lancaster. Elle est accompagnée de Richard Anderson (Bryce, un solide second rôle resté dans les mémoires en patron de Lee Majors dans la série TV L'homme qui valait trois milliards), Leslie Nielsen (Peter) et Jessie Royce Landis (la mère de Beth et Bryce, vue chez Hitchock dans La main du collet (1955) et La mort aux trousses (1959)). Cette superbe distribution est le gros point fort de Lady in Waiting, par ailleurs franchement faible. Je suis étonné de l’avis positif du Columbophile car c’est très mal réalisé et monté, avec de nombreux effets de caméra saugrenus et des problèmes de temporalité. L’affaire est jugée une semaine après les faits alors que l’enquête n’est pas bouclée, Beth est acquittée et Columbo poursuit pourtant son investigation, ce qui me semble totalement illégal. Cet élément s’avère en outre inutile et aurait aisément pu être évité. La résolution est assez nase et j’ai été plutôt déçu, surtout qu’il aurait suffi d’une meilleure direction et de quelques retouches scénaristiques pour obtenir un excellent épisode.
I Saw the TV Glow de Jane Schoenbrun (2024)

Sous les dehors de film fantastique étrange centré sur une série TV évoquant à la fois Buffy contre les vampires et Twin Peaks, I Saw the TV Glow est une métaphore sur la transidentité, écrit par Jane Schoenbrun en pleine transition hormonale et encore sous le choc des conséquences calamiteuses de son coming-out auprès de son entourage. Bien que la compréhension de cet aspect éclaire tout un sous-texte, je ne l’avais pas capté au moment du visionnage et cela ne m’a pas empêché d’apprécier I Saw the TV Glow. Sa force réside dans son ambiance bizarre et malaisante, avec une frontière entre la réalité et la fiction de The Pink Opaque qui devient de plus en plus poreuse. Le ton est particulièrement sombre et les extraits de The Pink Opaque, transférés sur des VHS dégueu pour ajouter une touche de vintage et de creepy, plairont aux amateurs de Buffy. Il y a également des références à la série The Adventures of Pete & Pete (1991-1996), qui n’a pas été diffusée en France. Seul regret, du haut de leurs 28 ans, les interprètes de Maddy et Owen sont beaucoup trop vieux pour leur rôle dans la première partie du récit où iels sont censé·e·s avoir 15 ans, ce qui crée un décalage ridicule entre leur comportement et leur apparence. I Saw the TV Glow vaut néanmoins le coup d’œil dans le genre fantastique glauque, avec en bonus une réflexion sur les difficultés à accepter sa transidentité.
Obsession d’Edward Dmytryk (1949, L'obsédé)

Obsession est tiré d’un roman de 1948 d’Alec Coppel issu de sa pièce de 1946, transformé en scénario par l’auteur lui-même. C’est un des deux opus anglais d’Edward Dmytryk, qui avait quitté les Etats-Unis où il était blacklisté. Il dut retourner dans son pays à l’expiration de son visa et fut emprisonné six mois avant de retémoigner en avril 1951 devant la Commission des activités antiaméricaines de la Chambre des représentants et de livrer des noms. Pour Obsession, il a bénéficié d’une distribution impeccable menée par Robert Newton, un acteur anglais populaire dans les années 40 qui a surtout marqué les esprits pour son rôle de Long John Silver dans L'Île au trésor de 1950 pour lequel il inventa un mémorable accent pirate bourré de r roulés. Il est accompagné de Phil Brown en Bill Kronin, un autre américain blacklisté parti en Grande-Bretagne, gardien de Luke Skywalker dans Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir (1978) ; de Sally Gray en Storm, une Anglaise peu connue excellente en femme volage ; et de Naunton Wayne en flic fouineur, un solide comédien de théâtre aperçu dans Une femme disparaît (1938).
Obsession est un thriller atypique au ton très britannique, avec un criminel poli et des protagonistes flegmatiques. Le mélange policier/humour/tension fonctionne assez bien, l’épouse frivole n’est pas jugée trop durement et le superintendant nonchalant est amusant. Le résultat est distrayant, fort éloigné des classiques films noirs de l’époque.
A noter qu’Obsession est sorti aux Etats-Unis sous le titre The Hidden Room.
L’effet aquatique de Sólveig Anspach (2016)

J’ignorais que L’effet aquatique était le troisième volet de la « trilogie fauchée » de Sólveig Anspach après Back Soon en 2007 et Queen of Montreuil en 2012, dans lequel apparaissaient déjà Samir et Agathe. J’ai donc débuté par la fin, ce qui ne m’a pas paru gênant. Les trois films ont été écrits et réalisés par Sólveig Anspach (en compagnie de Jean-Luc Gaget au scénario), une américano-islandaise qui s’était installée à Montreuil dans les années 1990. L’idée de départ de L’effet aquatique lui est venue de Deep End de Jerzy Skolimowski (1970), qui lui donna envie d’explorer le concept d’une romance à la piscine. Décédée d’un cancer en août 2015 à 54 ans, elle n’eut pas le temps de terminer le montage qui fut achevé par ses proches.
L’effet aquatique se situe dans un courant de la comédie française centré sur un·e héros·ine collant·e qui pourchasse son amant·e et s’embarque dans une aventure, avec un humour gentil et un fil directeur léger prétexte à des saynètes humoristiques un peu burlesques, type Antoinette dans les Cévennes (2020) ou À l'abordage (2020). J’en retire à chaque fois une impression mitigé : d’un côté, c’est généralement amusant, avec des interprètes convaincants qui rendent sympathiques leur personnage relou ; de l’autre, le fond est foncièrement creepy, une vision problématique du romantisme qui consiste à s’imposer à (voire harceler) l’objet de son affection. C’est dommage car c’était à part ça plaisant, et je regarderai Back Soon et Queen of Montreuil.
Ať žijí duchové! d’Oldřich Lipský (1977, Long Live Ghosts!)

Ať žijí duchové! est un des trois films de fantômes mettant en vedette Vlastimil Brodský (le maître d’école). Bien qu’ils n’aient aucun lien scénaristique, j’avais repéré ce trivia lorsque j’avais vu Bílá paní (1965), le premier de la trilogie, et j’avais ajouté les deux suivants dans mon interminable liste des titres à récupérer. A l’inverse de son prédécesseur, Ať žijí duchové! n’est pas une satire, les rares éléments critiques ayant été purgés par la censure qui a effectué de multiples coupes sur des séquences pourtant inoffensives. On est dans la comédie pour gosses mâtinée de fantastique, avec de nombreuses chansons et une touche de slapstick. Ce joyeux mélange des genres est typique d’Oldřich Lipský, réalisateur du fameux western parodique Joe Limonade (1964) édité en DVD en France par Malavida. Les effets spéciaux sont réussis, jouant sur la perspective pour créer des interactions avec un groupe de nains bâtisseurs, la musique est agréable (avec un étonnant placement de produit pour Pribináček, un dessert fabriqué par une coopérative laitière de la ville de Přibyslav) et on ne s’ennuie pas en dépit d’un ton et d’une intrigue gentillettes. C’est un classique en République tchèque qui a été restauré en 2022 et mériterait une sortie en France.
Films vus seuls
釣りバカ日誌 [Tsuribaka nisshi] de Tomio Kuriyama (1988, Les mordus de la pêche)

J’ai eu la chance de voir les deux premiers Tsuribaka nisshi à la Maison de la Culture du Japon à Paris dans une version superbement restaurée, avec une présentation de Claude Leblanc. Inconnu en Occident, la série des Tsuribaka nisshi est un classique au Japon, 22 épisodes produits entre 1988 et 2009. Comme expliqué par Claude Leblanc, l’objectif de la Shôchiku était de prévoir un remplaçant à Tora-san, son interprète Kiyoshi Atsumi ayant la santé fragile. Ils demandèrent à Yôji Yamada, le créateur des Tora-san, d’écrire une adaptation d’un manga populaire publié dans le magazine Big Comic Original depuis 1979 (encore en cours, soit un total de 134 volumes reliés en 2025…). Afin d’accroitre leurs chances, la Shôchiku associa le film en double programme avec le 40e Tora-san. Les trois rôles principaux furent confiés à Toshiyuki Nishida en Hamasaki (que Yamada emploiera dans Gakkô (1993), Gakkô II (1996) et dans les deux Niji o tsukamu otoko), Rentarô Mikuni en Suzuki et Eri Ishida en Michiko ; et la direction à Tomio Kuriyama, un pur produit de la Shôchiku qui n’a pas fait grand-chose en dehors de onze Tsuribaka nisshi.
J’avoue que je n’attendais rien de ce Tsuribaka nisshi, je craignais une comédie lourdingue et des private jokes autour de la pêche, loisir qui ne m’intéresse absolument pas. Ce n’est pas le cas, on est clairement dans un univers à la Yamada axé sur les relations humaines, avec des protagonistes attachants et un humour gentil. Le couple Hamasaki/Michiko fonctionne parfaitement et est rigolo, et le monde de l’entreprise est croquignolet, avec notamment Kei Tani en chef de bureau excédé. Ce fut donc une agréable surprise.
釣りバカ日誌2 [Tsuribaka nisshi 2] de Tomio Kuriyama (1989, Les mordus de la pêche : Épisode 2)

Ce second volet des Tsuribaka nisshi est davantage centré sur Suzuki que sur Hamasaki, avec un long passage sur sa chaste romance avec Mamiya. Cette dernière est incarnée par Mieko Harada, une actrice fameuse en Occident pour son rôle de Kaede dans Ran d’Akira Kurosawa (1985). Toute cette partie n’est pas passionnante et l’énorme différence d’âge la rend franchement creepy (Rentarô Mikuni ayant 35 ans de plus que Mieko Harada). C’est dommage car les séquences au bureau sont toujours aussi amusantes et le duo Toshiyuki Nishida (Hamasaki)/Eri Ishida (Michiko) a une excellente alchimie. La série a en tout cas du potentiel et je regarderai les suivants, qui seront projetés mi-mai à la Maison de la Culture du Japon à Paris.
El mundo de los vampiros d’Alfonso Corona Blake (1961, The World of the Vampires)

El mundo de los vampiros est une production Abel Salazar, scénarisée par son frère Alfredo Salazar qui recyclera sa trame dans Las mujeres panteras en 1967 et, de façon parodique, dans Santo y Blue Demon vs. Drácula y el Hombre Lobo en 1973. Ces deux successeurs sont supérieurs à l’original, miné par des effets spéciaux ridicules et par des interprètes peu charismatiques. S’y ajoute un montage à la ramasse et un paquet d’incohérences, avec en prime des vampires qui transforment leurs victimes masculines en loup-garou et un Igor qui ne sert à rien. On est donc dans le bas du panier des films de vampires mexicains.
Nils Holgerssons underbara resa de Kenne Fant (1962, Wonderful Adventures of Nils)

Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède est un roman éducatif suédois de Selma Lagerlöf, paru en deux tomes en 1906 et 1907. Son objectif était d’enseigner la géographie de la Suède aux enfants, à laquelle elle ajouta une morale sur l’entraide et le respect de la nature. Ces aspects sont présents dans cette adaptation de 1962 qui a largement simplifié le récit. Il consiste essentiellement en une sorte de dépliant touristique de la Suède à structure épisodique. Il alterne entre des plans de paysages, de villes et d’animaux tournés en hélicoptère à la Yann Arthus-Bertrand ; des stock-shots d’animaux ; et des contrechamps montrant brièvement les réactions de Nils, mal incrusté sur des images défilant sur des écrans en arrière-plan ou entouré de morceaux de marionnettes d’oiseaux. Si je suis toujours content de voir des animaux, il faut avouer que l’ensemble est franchement rébarbatif, que l’intrigue tient sur un timbre-poste et que Max von Sydow (le père de Nils) en deuxième position sur l’affiche est inutile. De mémoire, La Grande Aventure (1953), un semi-documentaire suédois de 1953, était bien meilleur dans le genre.

Príchozí z temnot de Jan S. Kolár (1921, Redivivus)

Príchozí z temnot est un film fantastique muet tchécoslovaque inspiré de L'étudiant de Prague de 1913 et du serial allemand Homunculus (1916). Il a été dirigé par Jan S. Kolár, une figure majeure du cinéma tchécoslovaque qui fut comédien, scénariste et réalisateur dans des genres variés, de la comédie au drame en passant par le fantastique ou le polar. Príchozí z temnot fut un des premiers titres tchécoslovaques exportés à l’étranger et met en vedette plusieurs stars locales, notamment Josef Šváb-Malostranský en serviteur (le premier acteur tchèque de l’Histoire du cinéma) et Anny Ondra en Dagmar (l’héroïne de Chantage (1929) et The Manxman (1929) d’Alfred Hitchcock).
On sent clairement l’attraction pour l’expressionnisme allemand dans les cadrages ou certains effets, par exemple dans les surimpressions. En dépit de sa restauration par les archives nationales tchèques entre 2005 et 2007, il y a encore des scènes abimées et ça démarre abruptement, il doit probablement manquer quelques dizaines de secondes. Ces soucis n’empêchent pas de remarquer la magnifique photographie, en particulier dans la reconstitution d’un Prague médiéval qui forme le meilleur segment du métrage. L’histoire est brouillone, avec divers éléments mal agencés (le méchant voisin, la magie alchimique, le double rôle d’Anny Ondra, l’ancêtre ressuscité qui s’avère maléfique, un plot twist à deux balles en conclusion…, tout ça en à peine une heure), avec une bande originale contemporaine catastrophique souvent à côté de la plaque constituée par moments de jazz guilleret façon Triplettes de Belleville qui casse complètement l’ambiance dramatique. Cela reste cependant une jolie illustration des débuts du cinéma tchécoslovaque sous influence du modèle allemand.
Livres
Death on Gokumon Island de Seishi Yokomizo (Pushkin Vertigo, 2022), 317 p.

Death on Gokumon Island est la seconde enquête de Kosuke Kindaichi, qui se déroule dix ans après The Honjin Murders. A l’image de la précédente, elle a été publiée en feuilleton en 17 épisodes dans le magazine Hoseki de janvier 1947 à octobre 1948. Elle se situe après-guerre, dans le Japon en ruines contemporain de l’époque de parution. L’idée de départ de Seishi Yokomizo était d’écrire un roman à mystère basé sur une comptine à la manière d’Ils étaient dix d’Agatha Christie. Ne trouvant pas de chansonnette adéquate, il se rabattit sur des haïkus (il revint finalement à son concept initial en 1957 avec La ritournelle du démon). Le texte eut un succès immédiat et une grande influence sur le genre. Il eut droit à des adaptations au cinéma (en 1949 et en 1977), à la télévision (cinq versions), au théâtre et en manga.
J’avais vu la version de 1977 de Kon Ichikawa il y a 6-7 ans mais je ne m’en rappelais absolument pas. De toute façon, des aspects essentiels avaient été modifiés, notamment l’identité du coupable. A l’instar de The Honjin Murders, l’éditeur Pushkin Vertigo a ajouté en ouverture un plan de l’île et une liste des personnages, qui se révèlent très pratiques. L’intrigue est moins alambiquée que d’autres bouquins plus tardifs de Seishi Yokomizo (comme La ritournelle du démon déjà cité ou La hache, le koto et le chrysanthème) et tient plutôt bien la route. Le style est fluide et agréable, à l’inverse des traductions françaises. On est donc dans le haut du panier des Seishi Yokomizo et c’est dommage qu’il ne soit disponible qu’en anglais.
Strange Fruit, la chanson d’Abel de A. Dan & Vincent Hazard (Dupuis, collection « Aire libre », 2025), 128 p.

Strange Fruit, la chanson d’Abel était initialement une fiction radio écrite par Vincent Hazard pour l’émission Autant en emporte l’Histoire sur France Inter diffusée en octobre 2020. L’auteur eut envie d’approfondir le sujet pour en faire une bande-dessinée. Il contacta les fils d’Anne et Abel Meeropol (les enfants des Rosenberg adoptés après l’exécution de leurs parents en 1953) et alla aux Etats-Unis pour récupérer des informations et prendre en photo les endroits de New York où se déroule les évènements. Bien que s’appuyant sur une base documentaire solide, il romança son récit pour le rendre plus fluide et palpitant. Pour la partie graphique, il sollicita le dessinateur A. Dan, un artiste engagé au style réaliste. Le résultat est convaincant, offrant une plongée dans une période troublée de l’Histoire récente américaine en s’intéressant à un homme méconnu, dont la carrière fut fortement perturbée par ses opinions politiques. Seul bémol, je rejoins certaines critiques que j’ai lues qui soulignent le côté froid de la narration, qui laisse un peu en dehors, sans réel impact émotionnel. Je ne regrette néanmoins pas ma lecture, qui m’a permis de découvrir la chanson Strange Fruit et son origine.
- Le cinéma taiwanais, fictions d’une nation de Wafa Ghermani (Editions Mimésis, collection « Cinémas en champ-contrechamp », 2024), 242 p.Le cinéma taiwanais, fictions d’une nation s’interroge sur l’évolution de la représentation nationale dans le cinéma taiwanais, de ses débuts sous occupation japonaise à nos jours, et sur la manière dont ont été dépeint les différentes populations de l’île, que ce soient les aborigènes, les benshengren (Chinois arrivés avant 1945) ou les waishengren (Chinois arrivés après 1945). Après une introduction restituant le contexte, la chercheuse divise son étude en quatre chapitres :

- • Une brève Histoire de la construction du cinéma taïwanais, qui a dû jongler entre les enjeux identitaires, coloniaux puis nationalistes ; composer avec la nostalgie du gouvernement dictatorial ; et se diversifier à travers des œuvres populaires en taiyu (aussi appelé taïwanais, la deuxième langue de l’île après le mandarin et qui a longtemps été majoritaire) destinées à un public qui ne comprenait généralement pas le mandarin.
- • Une focalisation sur le territoire taiwanais, entre colonie à civiliser, projection d’une Chine imaginaire idéalisée ou hommage à une terre ancestrale, servant d'allégorie à une nation tantôt modèle, tantôt inexistante.
- • La façon de raconter l’Histoire en suivant la ligne du régime ou en tentant de sortir de l’oubli une mémoire alternative.
- • La question des peuples de l’île, benshengren ou aborigènes, souvent caricaturés par le cinéma officiel. Avec le temps, ils ont réussi à se réapproprier plus (pour les benshengren avec le cinéma en taiyu) ou moins (pour les aborigènes qui commencent seulement dans les années 2010 à avoir des longs métrages portant leurs voix) leur image.
A l’inverse de l’excellent livre de Mathieu Kolatte Le cinéma taïwanais – Son histoire, ses réalisateurs et leurs films, l’objectif de Le cinéma taiwanais, fictions d’une nation n’est pas de dresser un panorama du cinéma taïwanais. Wafa Ghermani mélange Histoire, cinéma et science politique pour essayer de comprendre comment envisager un cinéma national pour un pays qui n’est pas reconnu en tant qu’Etat indépendant sur la scène internationale et qui a vécu depuis un siècle de multiples bouleversements fondamentaux touchant à sa structure. Si la question est fascinante, je n’ai pas été totalement convaincu en raison d’un plan assez confus (j’ai eu de grosses difficultés à résumer les principaux points), quelques redondances, et une problématique qui n’est pas toujours très claire. Bien qu’il y ait des réflexions pertinentes sur les notions de nation et d’identité à Taïwan, sur la cohabitation entre les communautés et sur les transformations du cinéma en fonction des régimes, cela manque de cohésion. J’aurais préféré que l’autrice se concentre sur un plus petit nombre de thèmes, en s’attardant davantage sur le cinéma en taiyu qui m’intrigue plus que les œuvres de propagande ou la Nouvelle vague taiwanaise déjà largement traitée dans la littérature francophone (sur laquelle elle ne s’étend pas outre mesure). Cette critique ne doit toutefois pas être l'arbre qui cache la forêt, chaque sous-chapitre est captivant en soi et j’ai apprécié dans l’ensemble.













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