samedi 30 mai 2026

Carnet de bord 23/05/2026-29/05/2026



Films vus en compagnie
The Monkey d’Osgood Perkins (2025)
Hal est un garçon timide, souffre-douleur de son frère jumeau Bill qui le ridiculise à l’école. Un jour en fouillant dans les affaires de leur père disparu quand ils étaient bébés, ils trouvent un grand chimpanzé en peluche avec des cymbales. Ils tournent la clé qui actionne le mécanisme et leur baby-sitter trépasse peu après dans un abominable accident. Hal réarme le dispositif quelques jours plus tard en souhaitant la mort de Bill mais c’est leur mère qui décède brusquement. Ils commencent alors à comprendre que le singe provoque des malheurs à leurs proches à chaque fois qu’il est activé.

The Monkey est tiré d’une nouvelle éponyme de Stephen King publiée en 1980 dans le magazine érotique Gallery puis fortement remaniée pour le recueil Brume en 1985. Son adaptation devait à l’origine être effectuée par Frank Darabont, le metteur en scène des mièvres Les évadés (1994) et La ligne verte (1999), qui abandonna finalement le projet. Osgood Perkins n’était au départ pas chaud pour le reprendre, le sérieux affecté de l’histoire ne lui convenant pas. Il accepta à la condition de la transformer en une comédie horrifique avec du gore rigolo. Bien qu’on sente toujours les traces de King dans le discours moralisateur facile, la volonté des fils de renouer avec leur père, la transmission du Mal ou la voix-off inutilement didactique, le virage parodique et outrancier d’Osgood Perkins permet de sauver les meubles, à l’inverse par exemple du Téléphone de M. Harrigan (2022) qui s’enlisait dans les pires clichés kinguiens. L’introduction avec Adam Scott en guest-star est excellente, les morts sont complètement stupides et Theo James fait le boulot dans le double rôle de Hal/Bill. Si l’intrigue est oubliable, avec des incohérences tournées en dérision, cela reste un agréable divertissement franchement crétin.


¡Átame! de Pedro Almodóvar (1989, Attache-moi !)
En sortant de l’hôpital psychiatrique, Ricky se rend sur le plateau d’un film d’horreur mettant en vedette Marina, une ancienne prostituée et actrice porno qui tente de se reconvertir dans le cinéma traditionnel. Il s’introduit dans sa loge, vole ses clés et la suit jusque chez elle. Il force la porte de son appartement puis la séquestre en lui assénant qu’il est amoureux d’elle, qu’il veut être le père de ses futurs enfants et qu’elle finira par l’aimer. En attendant, il l’attache à son lit.

Durant la réalisation de Femmes au bord de la crise de nerfs (1988), Pedro Almodóvar imagina un scénario pour réutiliser le décor dispendieux. Il aurait été centré sur trois psychopathes évadés d’une prison qui investiraient un tournage en enfermant les membres de l’équipe, hommage à L'ange exterminateur de Luis Buñuel (1962) et à La maison des otages de William Wyler (1955). Le projet n’aboutit pas, l’immense succès de Femmes au bord de la crise de nerfs l’occupant pendant un certain temps. Il conserva toutefois des bribes de son idée initiale pour concevoir ¡Átame! en se focalisant sur Ricky, écrit pour Antonio Banderas dans ce qui constituait une synthèse de leurs cinq précédentes collaborations. Marina fut proposée à Victoria Abril, déjà célèbre pour ses personnages à fort caractère. Pour la bande originale, il fit appel à Ennio Morricone en l’exhortant à s’inspirer des travaux de Bernard Herrmann sur les thrillers d’Hitchcock mais fut déçu du résultat et n’employa qu’une partie de la musique.
Par ses excès, ¡Átame! semble être une parodie des romances hollywoodiennes où l’héroïne est enlevée et/ou séquestrée par le héros. Un an après ¡Átame!, Disney sortait ainsi La Belle et la Bête (1991), un dessin animé pour enfants dans lequel un monstre violent présenté comme mélancolique et passionné emprisonne une femme dans son château. ¡Átame! ne masque pas l’aspect toxique de la relation et montre les souffrances de Victoria Abril. Pourtant, dans le dernier tiers, Marina cède à Ricky et on termine, attention spoiler, sur un happy end peu crédible. Dans une discussion entre Pedro Almodóvar et Antonio Banderas en bonus du DVD MK2, Pedro Almodóvar indique qu’¡Átame! est « une histoire d’amour romantique, presque un conte de fées », expliquant aux féministes qu’« il faut laisser ses préjugés de côté » et que Ricky « agit à contrecœur ». Cela jette un doute sur la lecture critique et suggère qu’Almodóvar ne voit pas le souci, acquiesçant à la question de l’interviewer dans le livret du DVD qui demande s’il faut parfois forcer l’amour. Bien que parfaitement joué et dirigé, ¡Átame! m’a donc mis mal à l’aise par son ambiguïté morale et par sa perpétuation de stéréotypes hautement problématiques.


The Phoenician Scheme de Wes Anderson (2025)
Anatole "Zsa-Zsa" Korda, un riche entrepreneur magouilleur, échappe de justesse à une énième tentative d’assassinat. De retour chez lui, il contacte sa fille Liesl qu’il n’a pas vu depuis six ans pour lui offrir d’être sa seule héritière au lieu de ses huit fils qu’il estime incapable. Celle-ci s’apprête à être ordonnée bonne sœur et a accepté l’entrevue pour l’interroger sur le décès de sa mère, qu’Anatole nie catégoriquement avoir tué. Liesl lui concède une période d’essai et le suit dans sa quête pour obtenir des financements pour un gigantesque projet dans un pays du Proche-Orient.

Pour concevoir The Phoenician Scheme, Wes Anderson s’est inspiré de la vie de son intimidant beau-père qui venait de mourir, l’ingénieur libanais Fouad Malouf qui laissa à sa fille des boites en carton contenant ses documents et ses souvenirs. Il l’a transformé en un grand industriel sans scrupule, à la fois aventurier et mécène type Calouste Gulbenkian ou Aristotle Onassis dans un Proche-Orient imaginaire mélange du Liban et de la Syrie, et a ajouté un paquet de références à Buñuel, avec des allers-retours entre notre monde et le Paradis où Anatole est jugé.
The Phoenician Scheme est un Wes Anderson extrêmement convenu, un pur cliché de lui-même jusque dans les moindres détails, quasiment aucune séquence n’ayant été tournée en extérieur afin qu’il puisse tout maîtriser. L’intrigue est un prétexte pour traverser des décors très étudiés, chaque chapitre étant axé sur un lieu, une situation et un·e acteurice en sous-jeu, le jeu risquant d’interférer avec sa mise en scène. Ma copine relevait un intéressant parallèle avec Ozu, autre maniaque du contrôle qui se répétait également de film en film, dans des cadres statiques avec des interprètes stoïques. Ozu réussissait néanmoins à véhiculer une émotion, ce qui n’est plus vraiment le cas chez Wes Anderson. Si on demandait à une IA de générer un Wes Anderson, il pourrait ressembler à The Phoenician Scheme


ഭൂതകാലം [Bhoothakaalam] de Rahul Sadasivan (2022, Bhoothakaalam)
Asha est institutrice et s’occupe de sa vieille mère malade avec l’aide de son fils Vinu. Diplômé en pharmacie, celui-ci est au chômage car il devrait s'éloigner pour trouver du travail et il ne veut pas abandonner Asha. Quand la vieille dame meurt, Asha sombre dans la dépression tandis que Vinu se remet à fumer et à boire. Un soir après une dispute, Vinu croit voir un fantôme dans la maison et part se réfugier chez son oncle. Persuadé que Vinu est victime d’hallucinations à cause de ses addictions, il appelle un conseiller en santé mentale.

Bhoothakaalam est le second long métrage du spécialiste de l’horreur Rahul Sadasivan, un genre rare en Inde qui commence à se développer ces dernières années. Il met en vedette Revathi (Asha), une comédienne polyvalente du cinéma tamoul et malayalam en activité depuis le début des années 80, et Shane Nigam en Vinu. Bhoothakaalam est une production mollywood, le plus intello des cinémas indiens. Si on était en Occident, ça aurait probablement été financé par A24 et on parlerait de elevated horror. Bhoothakaalam est d’abord un récit sur la dépression et les troubles mentaux avant d’être un film d’épouvante. Les fantômes n’arrivent que tardivement, par petites touches subtiles, uniquement de façon subjective à travers le regard de protagonistes peu fiables psychologiquement. Le rythme est lent et il ne faut pas s’attendre à un déluge d’action. Le résultat m’a toutefois convaincu, les personnages sont crédibles, la tension est amenée progressivement et la dernière demi-heure est effrayante avec trois fois rien grâce à la patiente construction qui a précédé. Je vais donc essayer de récupérer les autres opus de Rahul Sadasivan.


Films vus seuls
釣りバカ日誌5 [Tsuribaka nisshi 5] de Tomio Kuriyama (1992, Les mordus de la pêche : Épisode 5)
Depuis la naissance de son fils Koitaro, Densuke Hamasaki accorde moins de temps à la pêche, au grand désespoir de Suzuki. Les deux compères se querellent en permanence sur les principes d’éducation de Koitaro, Suzuki ayant des opinions conservatrices sur le sujet. La situation empire avec l’arrivée de la mère de Densuke, qui se brouille avec Suzuki présenté comme un simple collègue de bureau. Le remuant Koitaro a en outre tendance à échapper à la surveillance de ses parents et à partir à l’aventure, ce qui stresse son entourage.

Dans ce cinquième Tsuribaka nisshi sorti en double programme avec le 45e Tora-san, le site touristique visité est la péninsule de Tango dans le nord de la préfecture de Kyôto où Densuke est envoyé en mission. L’actrice invitée est Nobuko Otowa, qui incarne la mère de Densuke. Les deux premiers tiers sont entièrement consacrés à Koitaro et l’intrigue est très limitée. Le dernier tiers est plus intéressant mais survient trop tard et est rapidement expédié. Nobuko Otowa apparaît à peine dix minutes, elle est complètement sous-exploitée alors que son personnage avait du potentiel. Ce Tsuribaka nisshi 5 ressemble à un épisode de transition pour introduire Koitaro et ne ravira que les fans de bébé.


El mago de Miguel M. Delgado (1949, The Magician)
Dans le pays d’Arichi dans l’Orient lointain, le roi vient de mourir. Ses conseillers se rendent en Amérique pour retrouver le prince héritier Krisnar qui a émigré trente ans auparavant avec son oncle. Il est devenu un célèbre mage surmené, qui décide de prendre des vacances en se faisant remplacer par un sosie provenant d’une agence spécialisée. Ce dernier demande un jour à Cantinflas de se substituer à lui pour la journée. Quand débarquent les ambassadeurs d’Arichi, ils pensent que Cantiflas est Krisnar et lui offre le trône.

Après le mauvais El analfabeto (1961), je reviens à un Cantinflas des années 40, toujours réalisé par Miguel M. Delgado. Bien que véhiculant les classiques clichés orientalisants, la trame est amusante et propose de nombreuses circonstances propices à de bons gags. Malheureusement, Cantinflas est un peu éteint, il ne déploie pas sa verve habituelle et tout ça manque singulièrement de folie. On a aussi droit à pas mal de scènes sexistes, ce qui n’était pas le cas dans les Cantinflas précédents. Caramba, encore un Cantinflas raté…


Litan de Jean-Pierre Mocky (1982)
Le matin de la Saint Litan, une espèce de carnaval dédié aux morts, Nora se réveille d’un affreux cauchemar dans lequel son conjoint Jock était assassiné. Persuadée que son rêve est prémonitoire, elle rejoint Jock aux Roches noires où il conduit des études géologiques. Pendant qu’il est en train de prospecter dans une rivière souterraine, il découvre un garçon inconscient tombé dans l’eau. Il s’agit d’Éric, le fils de son collègue Bohr qui jouait dans les environs. Jock, Bohr et Nora l’amènent à l’hôpital. Nora commence alors à remarquer des éléments troublants aperçus en songe.

Je connais mal Jean-Pierre Mocky dont j’ai uniquement vu La cité de l’indicible peur (1964) et La grande lessive (1968), tous les deux avec Bourvil. Avec Litan, il s’aventure dans l’horreur fantastique, une rareté en France à cette époque qui ne rencontra pas son public. Il conçoit son récit comme un rêve effrayant constitué d’images inspirées des frayeurs de son enfance, avec une intrigue de plus en plus délayée au profit de séquences baroques et décousues. Les incohérences s’enchaînent, on ne comprend pas pourquoi tout part en sucette, avec du bizarre pour faire bizarre sans réelle justification. Litan vaut donc essentiellement pour son ambiance étrange et son propos anarchiste anti-police et athée, avec Nino Ferrer dans un petit rôle de médecin.


Unheimliche Geschichten de Richard Oswald (1932, Histoires fantastiques)
Un inventeur tue une nuit son épouse Betty sous le coup de la colère. Le fameux journaliste Frank Briggs qui passait dans le coin en voiture entend un cri de femme, frappe à la porte d’entrée et est rapidement congédié par le brusque savant. Il revient quelques jours plus tard avec la police, qui fouille la maison et découvre le corps de Betty derrière un mur de brique grâce au miaulement de son chat noir. Le meurtrier s’enfuit dans un cabinet de figures de cire puis dans un asile où il simule la folie pour être interné. Briggs suit sa trace et arrive à l’hôpital, accueilli par un extravagant directeur.

Unheimliche Geschichten est un faux remake du long métrage éponyme de Richard Oswald de 1919. L’original était composé de cinq sketches autonomes tirés de quatre nouvelles et d’un récit inédit. La version de 1932 ne reprend que deux textes, Le chat noir d’Edgar Allan Poe et Le club du suicide de Robert Louis Stevenson, auquel il adjoint Le système du docteur Goudron et du professeur Plume d’Edgar Allan Poe pour former une seule histoire centrée sur le duel entre Briggs et un vil savant fou. Le côté composite du scénario se ressent toutefois et sonne faux. Curieusement, tandis que les références à l’expressionnisme abondent (un cabinet des figures de cire à l’instar du classique Das Wachsfigurenkabinett (1924) ; un asile façon Cabinet du docteur Caligari (1920) ; la présence de Paul Wegener (le criminel), une des figures majeures de l’expressionnisme allemand au cinéma…), on ne retrouve que peu d’éléments de ce courant, rien dans les décors, ni dans la lumière ou dans le jeu des interprètes. J’ai été plutôt déçu, Harald Paulsen est assez fade en Frank Briggs, on saute du coq à l’âne et on ne se sent jamais concerné par les enjeux.


„Babičky dobíjejte přesně!“ de Ladislav Rychman (1984, Rechargez Grand-mère correctement !)
Entre les tâches quotidiennes, leur emploi à temps plein et leurs deux enfants, Zdenek, violoncelliste, et Jarmilka, scientifique, sont au bord de la rupture. Zdenek ne peut pas progresser comme il le souhaiterait et Jarmilka est épuisée, sans occasion de pratiquer la peinture. Ils se disputent en permanence et l’ambiance est électrique. En dépit des réticences de Zdenek, ils achètent le meilleur modèle de robot grand-mère, le 350 GLS, qui se charge de tous les travaux ménagers, de la cuisine et encourage l’harmonie. La famille va vite déchanter.

Rechargez Grand-mère correctement ! est l’ultime opus sur grand écran de Ladislav Rychman, un vétéran qui débuta la réalisation en 1950 et fut surtout connu pour sa comédie musicale Starci na chmelu (1964), immense succès populaire repris au théâtre en 2001. Pour Rechargez Grand-mère correctement !, il s’aventure dans la science-fiction en s’inspirant d’une nouvelle de l’écrivain amateur Zdeněk Hřebík parue dans le journal. Ça démarre à la manière d’une comédie familiale sur un couple surmené, qui prend un robot autoritaire au-delà de leurs attentes. Le ton devient cependant de plus en plus sombre lorsque la situation dégénère entre deux cyborgs mamies, avec meurtres d’animaux (en hors-champ), attaque contre des gosses et combat de Terminator du 3e âge (Rechargez Grand-mère correctement ! étant sorti quatre mois avant Terminator). C’est un bon gros délire qui vaut le coup d’œil pour son dernier tiers qui part en vrille. Le cinéma tchécoslovaque regorge décidemment de sympathiques curiosités totalement inconnues chez nous.


喜劇 女は度胸 [Kigeki: onna wa dokyô] d’Azuma Morisaki (1969, Women Can’t Be Beaten)
Cinq collègues vont en ville après le boulot pour trouver des filles. Le réservé Manabu, qui étudie en parallèle pour entrer à l’université, est abandonné par ses compagnons. Il est heureusement dragué par Aiko, une jeune femme croisée dans le train, et iels commencent à sortir ensemble. Alors qu’il attend la réponse d’Aiko pour sa demande en mariage, Manabu voit dans les mains de son frère Benkichi un livre de poèmes de Goethe identique à celui qu’il a offert à Aiko quelques jours plus tôt. Benkichi explique qu’il l’a récupéré d’une prostituée et Manabu saute aux conclusions.

Engagé par la Shôchiku en 1956, Azuma Morisaki fut scénariste et assistant-réalisateur, collaborant notamment avec Yôji Yamada sur Natsukashii furaibo (1966, The Loveable Tramp), Ai no Sanka (1967, Song of Love), Fukeba tobuyona otokodaga (1968, The Shy Deceiver), Kigeki ippatsu dai hisshou (1969, Vagabond Schemer) ou le premier Tora-san (1969). Ce Kigeki: onna wa dokyô marque son passage à la mise en scène à partir d’une histoire de Yôji Yamada. C’est le premier volet d’une série de films intitulés Onna (= « femme ») quelque chose centrés sur la vie ordinaire de travailleuses oppressées par la société. La Shôchiku lui confia par ailleurs le troisième Tora-san, Le grand Amour (1970), le seul avec le quatrième à ne pas être dirigé par Yôji Yamada. Ce dernier ne fut pas satisfait, Azuma Morisaki se focalisant trop à son goût sur les humiliations vécues par les marchands ambulants aux dépens de la bonhommie de Tora.
Dans Kigeki: onna wa dokyô, outre Kiyoshi Atsumi (l’interprète de Tora) en Benkichi, Azuma Morisaki a fait appel à Kenzô Kawarasaki pour Manabu (qu’il réemploiera dans Le grand Amour) et surtout à Mitsuko Baishô pour Aiko, la petite sœur de Chieko Baishô, l’actrice fétiche de Yôji Yamada. Venue de la chanson, elle avait débuté sa carrière au cinéma deux ans auparavant dans Junjô nijûsô (1967) où elle incarnait la demi-sœur de Chieko Baishô. Elle tourna à huit reprises avec Azuma Morisaki mais son rôle le plus célèbre reste celui de Kazuko, l’épouse du personnage principal dans La vengeance est à moi de Shôhei Imamura (1979). Elle est convaincante en Aiko à l’inverse de Kenzô Kawarasaki qui surjoue. L’intrigue est forcée, avec un quiproquo pas crédible maintenu artificiellement, ça crie beaucoup et ça m’a fatigué. On est loin de la subtilité des meilleurs Yôji Yamada et je n’ai pas été emballé.


Livres
Le Portugal depuis la révolution des Œillets – Dynamiques politiques et sociales de Christophe Roux, Marie Hélène Sa Vilas Boas & Victor Pereira (L’Harmattan, collection « Politique comparée », 2023), 311 p.
Le Portugal depuis la révolution des Œillets est une synthèse pluridisciplinaire du système politique portugais effectuée par quinze chercheurs et chercheuses venu·e·s de sciences politiques, d’Histoire, du droit, de l’anthropologie ou de la sociologie. Prévu pour 2020, l’ouvrage fut retardé par le Covid et fut finalement publié en 2022. Plusieurs chapitres ont été actualisés pour tenir compte des derniers développements et une postface sur les résultats des élections législatives de janvier 2022 a été ajoutée. Les douze articles portent sur diverses facettes de la politique portugaise, principalement de la révolution des œillets (25 avril 1974) à 2021. Les auteurices abordent les origines du système politique portugais actuel ; la manière dont fonctionnent les institutions et les partis ; l’implication du pouvoir local, des citoyens et des syndicats ; la situation économique ; les relations avec l’extérieur, en particulier avec l’Union Européenne ; les évolutions de l’Etat-providence et les difficultés du logement.

Le Portugal depuis la révolution des Œillets est le genre de livre un peu fourre-tout qui analyse l’état d’un pays à un instant T, un procédé classique de la recherche en sciences sociales qui s’avère inédit pour le Portugal, un pays sous-étudié en France. Très ancré dans le temps, ce type de compilation périme vite et il faut en général la lire dans les années qui suivent sa parution. En 2026, certains aspects sont déjà obsolètes, la montée rapide de Chega (le parti populiste d’extrême-droite) ayant rebattu les cartes et normalisé le paysage politique portugais en Europe. L’éclectisme de Le Portugal depuis la révolution des Œillets est à la fois sa force et sa faiblesse : on survole de multiples domaines, ce qui donne une remarquable vision d’ensemble mais ne permet pas d’entrer dans le détail. Par ailleurs, l’hétérogénéité des intervenants engendre une alternance de styles et de problématiques qui m’ont plus ou moins intéressé. Les articles historiques ou raisonnant sur un temps long m’ont davantage captivé, leurs perspectives étant moins susceptibles d’être affectées par des changements à court terme. Les textes techniques étaient enrichissants bien que n’apportant parfois pas beaucoup plus d’une bonne page wikipedia pour le non-spécialiste que je suis. Sans regretter ma lecture qui m’a aidé à approfondir ma connaissance du système politique portugais, j’aurais du mal à le recommander, c’est plutôt un bouquin à picorer en bibliothèque universitaire selon son besoin.


Les montagnes hallucinées – Tome 1 de Gou Tanabe (Ki-oon, collection « Les chefs d’œuvre de Lovecraft », 2019), 294 p.
Les montagnes hallucinées – Tome 2 de Gou Tanabe (Ki-oon, collection « Les chefs d’œuvre de Lovecraft », 2019), 340 p.
En 1930, quatre scientifiques de l’université Miskatonic montent une excursion en Antarctique : Dryer, le géologue chef de l’expédition ; Pabodie, professeur d’ingénierie inventeur d’une foreuse expérimentale ; Lake, biologiste ; et Atwood, physicien et météorologue. Ils espèrent collecter des fossiles démontrant la théorie de la dérive des continents et l’existence d’une faune foisonnante à une époque lointaine. Après des débuts prometteurs, ils tombent sur des roches recouvertes de stries que Lake estime être des empreintes d’un organisme massif. Pour prouver son hypothèse, il s’enfonce avec son équipe dans les terres et exhume les corps glacés de monstres fantastiques qui auraient dû rester enfouis.

Malgré son importance dans l’univers lovecraftien et de l’amour que lui porte les fans (notamment Guillermo Del Toro qui rêve de l’adapter), j’ai toujours été mitigé vis-à-vis des Montagnes hallucinées, une des plus longues histoires de Lovecraft publiée de février à avril 1936 dans Astounding Stories à la suite du refus de Weird Tales en 1931. S'inspirant des Aventures d'Arthur Gordon Pym d’Edgar Allan Poe qu’il faudrait que je relise un jour bien que je n’en aie pas gardé un grand souvenir, Lovecraft divise son récit en deux segments : l’expédition scientifique en tant que telle avec la découverte de Lake et ses conséquences ; l’exploration d’une cité en ruines et l’Histoire des Anciens retracée à partir de gravures murales. Ce second volet apporte énormément d’informations sur le Mythe de Cthulhu en l’enrichissant substantiellement. L’intrigue est en revanche poussive, elle manque de rythme et les personnages sont assez transparents. Ces soucis se retrouvent dans la transposition de Gou Tanabe, qui présente également des problèmes de clarté peu communs chez le mangaka. De nombreuses cases sont en effet surchargées de monstres et quasi-incompréhensibles, surtout dans le tome 2, ce qui diminue considérablement leur intérêt. C’est donc loin d’être le meilleur Gou Tanabe tiré de Lovecraft, j’avais largement préféré Le cauchemar d'Innsmouth ou La couleur tombée du ciel.

Fond d’écran de Terry Pratchett (L’Atalante, collection « La dentelle du cygne », 2015), 328 p.
Fond d’écran est séparé en deux parties : vingt-et-une nouvelles hors Disque-Monde parues entre 1963 et 2010 et onze dans le Disque-Monde, avec en appendice un passage supprimé de La mer et les petits poissons. Chacune bénéficie en ouverture d'un bref commentaire truculent de Pratchett. La plupart sont courtes, deux seulement dépassant les vingt pages : Les Haut Mégas (1986) qui inspira La Longue Terre ; et La mer et les petits poissons (1998) avec Esmé Ciredutemps et Nounou Ogg. Je relève également :
L'Afffaire d'Hadès (1963), rédigé à l’âge de 13 ans, sur le Diable qui engage un publiciste, préfigurant De bons présages ;
Rincepresse, le gnome de Grasse-Lande (1973), sorte de prélude à son roman Les camionneurs, premier volet de la trilogie du Grand Livre des gnomes ;
Ultime récompense (1988) sur un barbare stéréotypé d’héroic fantasy qui déboule chez son créateur ;
Les platines de la nuit (1989) avec une irruption de la MORT à l’extérieur du Disque-Monde ;
#ifdefdebug + « monde/assez » + « temps » (1990) sur un réparateur de machine de réalité virtuelle, une incursion inhabituelle de Pratchett dans la hard science-fiction ;
Qui a été et sera (1995), variation amusante du mythe arthurien ;
FTP (1996) sur un ordinateur qui croit au Père Noël ;
Drame de Troll (1992) où Cohen le barbare souhaite affronter un troll qui s’avère être un admirateur ;
• et Le théâtre de la cruauté (1993) dans lequel le caporal Carotte enquête sur un meurtre.
Entre la fin des années 1990 et 2015, j’ai fidèlement acquis toutes les publications de Terry Pratchett en français (et parfois en anglais), achetant chaque livre quelques mois ou un an max après sa sortie en fonction de l’état de mes économies, quitte à manger du pain de nain* durant des semaines. À toutes fins utiles, je signale que la présence de pain de nain rendait délicieuses les nouilles instantanées à moins de 1 euro que je consommais à la chaîne, en alternant entre les goûts poulet, crevettes et légumes afin de générer une formidable impression de diversité. Les jours de fête, j’avais même droit à une knacki en promo qui n’était que rarement avariée. Quand Pratchett est décédé, je me suis brusquement arrêté (de le lire et d'acheter des nouilles instantanées à moins de 1 euro puisque j'avais commencé entre temps à gagner un vrai salaire), repoussant l’inéluctable en ne terminant pas le cycle du Disque-Monde. Cela fait maintenant une dizaine d’années et il est temps que je comble mes lacunes. Je démarre par des ouvrages annexes, notamment ce Fond d’écran qui contient plusieurs nouvelles incluses dans Nouvelles du Disque-Monde en 2011 que je connaissais déjà.
L’aspect chronologique permet de constater l’amélioration du style de Pratchett avec le temps, les premiers textes se révélant laborieux. Ceux d’une ou deux pages n’ont en outre pas grand intérêt, Pratchett a besoin de place pour s’exprimer et développer ses idées, ce n’est pas un spécialiste des historiettes humoristiques à chute type Fredric Brown. Du côté Disque-Monde, rien de neuf, La mer et les petits poissons est sympathique quoiqu’anecdotique et l’appendice coupé est dispensable. Je préfère Drame de Troll que j’avais découvert dans le recueil L’Adieu du Roi sous le titre Le Pont du troll. En une dizaine de pages nostalgiques et mélancoliques, Pratchett y expose la fin d’une époque et d’une fantasy archaïque remplie de clichés, ce qui me semble franchement adapté dans une anthologie en hommage à Tolkien (pique gratuite susceptible d’attiser la colère des tolkienites enragés). La valeur ajoutée de ce Fond d’écran se situe dans les inédits hors du Disque-Monde. J’ai particulièrement apprécié Ultime récompense et Qui a été et sera en dépit de leurs héros un peu antipathiques, une exception chez Pratchett. Et Les Haut Mégas m’a davantage plu que La Longue Terre qui m’avait rebuté (je ne savais même pas qu’il y avait cinq volumes, j’ai dû m’arrêter au second). Sans être essentiel, Fond d’écran était agréable et satisfera les inconditionnels et les complétistes dont je fais partie.


Revues
Mad Movies n°404 – Mai 2026
En prévision du reboot de Scary Movie le mois prochain, Mad Movies consacre un dossier assassin au cinéma parodique hollywoodien des années 2000. Pas grand-chose à sauver dans le lot excepté Walk Hard: The Dewey Cox Story (2007) avec John C. Reuilly et surtout Weird: The Al Yankovic Story (2022), faux biopic de Weird Al Yankovic avec le toujours surprenant Daniel Radcliffe dans le rôle principal.

Pas mal de trucs au niveau des sorties. Le réveil de la momie de Lee Cronin (2026) restitue sa noirceur au mythe de la momie, apparemment dans la lignée du distrayant Evil Dead Rise (2023). Côté animation, outre All You Need is Kill (2025) mentionné il y a deux semaines, le studio 4°C propose ChaO (2025), histoire d’amour chelou entre un humain et une princesse poisson. Mad Movies encense également Obsession (2026) ; Colony de Yeon Sang-ho (2026), nouveau film de zombies du réalisateur du Dernier train pour Busan (2016) qui semble retrouver la niaque après une décennie décevante ; et Junk World (2025), qui me donne envie de voir Junk Head (2017) situé dans le même univers. J’ai enfin apprécié l’entretien avec Adrienne Barbeau, qui revient sur le début de sa carrière et sur son travail avec John Carpenter (avec qui elle a été mariée pendant cinq ans), Wes Craven et George A. Romero.


*Pour les ignorants, selon Le vade-mecum de Terry Pratchett et Stephen Briggs, le pain de nain est un « mets délicat et [une] arme de guerre. Il contient tout ce dont on a besoin pour tenir pendant des jours, principalement parce qu’on accomplit des miracles d’endurance pour se rendre ailleurs où on n’est pas forcé d’en manger ».


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