samedi 19 septembre 2026

Carnet de bord 12/09/2026-18/09/2026



Films vus en compagnie
La tour de glace de Lucile Hadzihalilovic (2025)
Dans les années 70, Jeanne, orpheline d’une quinzaine d’années, vit dans un foyer excentré avec des enfants plus jeunes. Dans l’espoir de retrouver une ancienne camarade et pour fuir son quotidien, elle fugue, se rend en ville et s’installe pour la nuit dans un grand bâtiment en apparence abandonné. C’est en réalité un plateau de tournage d’un film sur la Reine des neiges, avec la capricieuse star Cristina dans le rôle principal. Pour passer inaperçue, Jeanne dit être une figurante et est vite repérée par Cristina qui la prend sous son aile.

Par rapport au bizarre Earwig (2021), La tour de glace est sage et compréhensible. Il n’y a pas de fantastique excepté dans les rêves de Jeanne, on suit la rencontre entre une fille paumée (incarnée par la novice Clara Pacini, convaincante bien que trop vieille pour jouer une ado) et une diva manipulatrice (Marion Cotillard) dans une ambiance mêlant le conte au cinéma italien des années 70. J’avoue avoir été assez déçu. Si la photographie est superbe et l’image léchée, l’intrigue n’est pas franchement passionnante, le conte prétexte est au second plan, c’est très lent et je me suis ennuyé.


La fête à Jules de Benoît Lamy (1973)
L’arrivée de Flore à la maison de retraite bruxelloise de Sainte-Marguerite attire immédiatement l’attention des occupants. Dotée d’une forte personnalité, elle ne compte pas se laisser marcher sur les pieds ni s’écraser devant la gestionnaire despotique. Le charmeur Jules n’est pas en reste et provoque un esclandre au bar du quartier le soir venu en refusant de respecter le couvre-feu de 22h. La tentative de la directrice de resserrer les vis engendre une vive réaction des pensionnaires, qui acceptent de moins en moins les règles dictatoriales de l’établissement.

La fête à Jules est le premier long métrage de fiction du Belge Benoît Lamy alors âgé de 27 ans, avec un casting mélangeant acteurices de théâtre et amateurices belges, ainsi que les Français·es Claude Jade et Jacques Perrin (également coproducteur) dans des rôles secondaires de jeunes assistants. Benoît Lamy montre la vieillesse et la question des maisons de retraite sous un angle audacieux, sans aucun misérabilisme, dans un esprit anarchiste et libertaire soixante-huitard (il avait 22 ans en mai 1968). Les autorités en prennent pour leur grade, en particulier la police, on se situe du côté des révoltes dont on approuve les revendications. La distribution est parfaite et on ressort avec la pêche. Pourvu d’excellentes critiques en son temps, vainqueurs de nombreux prix, La fête à Jules tomba ensuite dans l’oubli jusqu’à sa restauration récente par la CINEMATEK - Cinémathèque royale de Belgique et sa diffusion sur Arte. Cette remise en lumière est amplement justifiée et me donne envie de découvrir les autres opus de Benoît Lamy.


Le rendez-vous des quais de Paul Carpita (1955)
Docker à Marseille, Robert aimerait épouser Marcelle, une ouvrière d’une usine de biscuits. L’activité portuaire n’est malheureusement pas intense et le travail manque. Pour pouvoir se marier, il faudrait qu’iels trouvent un appartement, chose difficile avec leurs maigres salaires. Robert est approché par Jo, un collègue employé secrètement par les patrons pour miner le mouvement. Jo s’intéresse à lui parce que Robert est le frère de Jean, un leader de la CGT.

Paul Carpita fut un instituteur cinéaste et documentariste marseillais, fils de docker et militant communiste. En 1950, après l’échec de la grève des dockers contre la guerre d’Indochine, il démarra le tournage d’une fiction centrée sur une romance entre un docker et une ouvrière sur fond de montée des protestations contre la guerre, avec des interprètes amateurs postsynchronisés et une équipe légère. Avant le début de la première en octobre 1955 à Marseille, la police saisit les bobines et Le rendez-vous des quais fut interdit : en pleine guerre d’Indochine, il menaçait soi-disant l’ordre public, et la préfecture annonça à Paul Carpita qu’il avait été détruit. En réalité, il avait été stocké aux Archives françaises du film de Bois-d’Arcy et fut retrouvé en 1988. Projeté pour la première fois en 1990, il a été depuis restauré et est sorti en salles en janvier 2026.
Davantage que pour l’histoire d’amour prétexte ou que le jeu clairement amateur des comédien·ne·s, Le rendez-vous des quais vaut pour sa peinture du Marseille des années 1950 et pour la plongée dans le milieu prolétaire communiste de cette période. On sent l’influence du néoréalisme italien, phénomène relativement rare dans le cinéma français, et le sujet de la guerre est abordé frontalement, autre originalité notable. Sa brève durée d’1h15 permet de ne pas se lasser, Le rendez-vous des quais est une œuvre unique qui mérite d’être redécouverte.


Idle Hands de Rodman Flender (1999, La main qui tue)
Anton, un ado fainéant et camé, se réveille un matin et réalise qu’il n’a plus de cannabis. Il va voir ses potes Mick et Pnub, qui sont également à court et lui apprennent qu’un tueur psychopathe a massacré plusieurs personnes dans le quartier. En rentrant chez lui, Anton tombe sur le cadavre de ses parents et appelle ses amis pour l’aider. Sa main droite se met alors à agir contre son gré et trucide Mick et Pnub qui se relèvent dans la foulée, transformés en morts-vivants parce que c’était trop fatiguant d’aller au Paradis.

Au tournant des années 1990-2000, les personnages de jeunes adultes drogués et neuneus étaient à la mode, le summum étant Dude, Where's My Car? (2000) dans lequel deux abrutis ne se souviennent plus où ils ont garé leur voiture et découvrent progressivement ce qu’ils ont fait la veille au soir, concept que repompa allègrement The Hangover en 2009. Idle Hands ne sait pas vraiment dans quelle direction aller, entre le buddy movie, la comédie teenager, le film de zombies ou de satanisme… Selon Seth Green (Mick), que je connaissais surtout à l’époque pour Buffy contre les vampires, ce curieux mélange provient d’objectifs différents des membres de l’équipe, des acteurs, du réalisateur, des scénaristes, ou du studio Columbia qui eut le dernier mot en ajustant l’intrigue aux volontés des spectateurs des projections tests : davantage de fumette, la marijuana en sauveuse de la situation et Jessica Alba (la voisine canon d’Anton) en sous-vêtements.
Idle Hands baigne dans l’ambiance de l’Hollywood de la fin des années 1990, c’est extrêmement crétin, très sexiste (Jessica Alba, dans son premier rôle important à 18 ans, ne sert qu’à montrer son corps et être secourue), mais les scènes de comédie horrifiques sont sympathiques, les effets spéciaux sont rigolos et c’est globalement distrayant en étant indulgent.


Films vus seuls
懲役十八年 [Chôeki jûhachi-nen] de Tai Katô (1967, Dix-huit ans de prison)
En 1947, Kawada administre une association pour familles de soldats disparus. Pour leur procurer de la nourriture et de l’argent, il n’hésite pas à voler les forces d’occupation. Quand il est arrêté, il demande à son camarade Tsukuda de vendre le cuivre dérobé et de gérer les affaires en son absence. En prison, il refuse de se plier aux règles, de se soumettre aux yakuzas et aux gardiens, et gagne le respect des détenus. Cinq ans plus tard, il est devenu une figure établie du pénitencier. Dehors, à son insu, Tsukuda a utilisé l’argent à son profit. L’arrivée d’Ishioka, un jeune prisonnier rebelle frère cadet d’une femme que Kawada aime secrètement, va bouleverser la situation.

Après Délit de faciès (1966) et Le plateau de l'opium (1966) pour la Shôchiku, Chôeki jûhachi-nen produit par la Toei est le troisième et ultime volet d’une fausse trilogie centrée sur la seconde guerre mondiale et ses conséquences, et ayant pour héros Noboru Andô. Ancien chef yakuza, Noboru Andô fut engagé par la Shôchiku en 1965 après sa sortie de prison pour incarner son propre rôle dans un long métrage autobiographique. Devant le succès rencontré, le studio lui fit signer un contrat d’exclusivité, qu’il rompit en 1967 pour entrer à la Toei où il enchaîna les films de yakuzas, une cinquantaine entre 1967 et 1979. Il offre ici une performance sobre, de même que Tomisaburô Wakayama en méchant gardien de prison, plus subtil que d’habitude, à l’inverse d’Ishioka joué par un agaçant Masaomi Kondô. Recruté par la Shôchiku en 1965, Masaomi Kondô fut transféré à la Toei sans jamais parvenir à s’illustrer. Il perça finalement à la télévision au début des années 70.
Techniquement, Tai Katô maîtrise son sujet : la photographie est superbe, c’est joliment filmé, avec quelques plans audacieux judicieusement placés, la musique plutôt jazz colle à l’atmosphère et l’interprétation est bonne à l’exception de Masaomi Kondô. L’intrigue en revanche est extrêmement clichée et cousue de fil blanc, avec l’ex-soldat franc et droit face à la corruption de la société d’après-guerre et de vils occupants américains. Sans être aussi nauséabond que Délit de faciès, c’est un peu réac et pas original pour deux sous.


Los tres García d’Ismael Rodríguez (1947, The Three Garcias)
A San Luis de la Paz, les trois cousins García se détestent profondément et se battent à chaque fois qu’ils se croisent. Le riche et avare Luís Manuel García est usurier et est parvenu à récupérer l’hypothèque du ranch de José Luís García, un homme orgueilleux qui rejette toute aide et ne veut travailler pour personne. De son côté, le fainéant Luís Antonio García court les filles et se saoule quotidiennement. Seule leur grand-mère Doña Luisa est capable de les réunir et les force à se calmer pour son anniversaire. L’évasion des frères López qui ont juré de tuer tous les García et l’arrivée de leur belle cousine qui a grandi aux Etats-Unis va contribuer à relancer les hostilités.

Los tres García est un classique de la comédie mexicaine dirigé et coscénarisé par Ismael Rodríguez. Il rassemble trois vedettes de l’époque : Victor Manuel Mendoza en Luís Manuel García, un acteur qui commença dans les années 30 et qu’on connait surtout en France pour ses performances chez Luis Buñuel (un petit rôle dans Los olvidados (1950) et un plus important dans Susana la perverse (1951)), Marc Allégret (Les orgueilleux (1953)) ou dans les westerns hollywoodiens Le jardin du diable (1954) ou L'aventurier du Rio Grande (1959) ; Abel Salazar en José Luís García ; et Pedro Infante en Luís Antonio García. Lupita est quant à elle incarnée par Marga López, une Argentine qui fit sa carrière au Mexique et joua notamment dans Salón México (1949), Nazarín (1959), Tiempo de morir (1966), Hasta el viento tiene miedo (1968) et El libro de piedra (1969). Le meilleur personnage reste toutefois la grand-mère Doña Luisa interprétée par Sara García, une artiste incontournable du cinéma mexicain qui débuta en 1917 et ne s’arrêta qu’à son mort en 1980 (elle est même créditée de deux titres posthumes), apparaissant dans 160 longs métrages selon imdb.
Los tres García est une comédie avec des héros bêtes et virils qui se disputent le cœur d’une femme (leur cousine germaine…) en faisant les coqs et en se chamaillant en permanence. Pedro Infante oblige, on a en outre droit à quelques chansons. C’est rythmé, la distribution est excellente mais il faut avouer que c’est extrêmement macho et fatiguant sur la durée. Il existe une suite, ¡Vuelven los García!, je la regarderai peut-être pour la science si je trouve des sous-titres.


性談 牡丹燈籠 [Seidan Botan dôrô] de Chûsei Sone (1972, Histoire sexuelle de la lanterne pivoine)
Otsuyu, la fille à la santé fragile d’un riche officier du shôgun, est sortie se balader avec sa servante Oyone. Surprises par la pluie, elles se réfugient sous un porche sous lequel un beau samouraï leur offre un parapluie. Intimidée, Otsuyu refuse et s’enfuit. Obsédée par cette rencontre, elle demande à Oyone de découvrir l’identité de l’individu. Il s’agit de Shinzaburô Hagiwara, sans emploi, qui fabrique des parapluies dans sa pauvre bicoque. Un après-midi, il rêve qu’il couche avec Otsuyu et qu'elle lui donne rendez-vous le 13 août, jour de la fête des morts. A son réveil, il sent une mèche de cheveux dans sa main et est persuadé qu’elle viendra le voir. Il ignore qu’Otsuyu et Oyone sont décédées à cause des manigances de la servante Okuni, maitresse du père d’Otsuyu dont elle souhaite s’approprier l’argent.

Comme son titre l’indique (Seidan/性談 = histoire sexuelle), Seidan Botan dôrô est une variation érotique de Botan dôrô, une des trois grandes histoires classiques japonaises de fantômes déjà mentionnée sur ce blog à deux reprises. C’est un roman porno de la Nikkatsu, un courant majeur du cinéma érotique qui débuta en 1971 en pleine crise du cinéma face à la télévision. Tandis que la Daiei venait de faire faillite, la Nikkatsu décida de rediriger sa production vers la sexploitation. Les réalisateurs avaient les mains relativement libres dès lors qu’ils se conformaient à la consigne de quatre scènes de sexe par heure. Chûsei Sone, ancien scénariste de Koji Wakamatsu et Seijun Suzuki, fut une des figures notables de cette période, qui permit au cinéma érotique de gagner en respectabilité.
Seidan Botan dôrô reprend la trame habituelle de Botan dôrô, avec le décès d’Otsuyu, sa liaison post-mortem avec Shinzaburô, la tentative de Shinzaburô de se protéger, la trahison de son voisin et les retrouvailles entre amants. A cela s’ajoute un peu de violence, avec la méchante Okuni, et une focalisation sur la cupidité vecteur de mort. Chûsei Sone case un rapport sexuel toutes les dix minutes environ, qui demeurent cependant softs dans l’ensemble et assez brefs. Il propose par ailleurs une jolie photographie onirique, quelques expérimentations visuelles, et surtout une superbe bande originale qui alterne un thème nostalgique à la guitare sèche et des musiques kabuki ou jazzy. Très mélancolique, avec une belle interprétation de Setsuko Ogawa en Otsuyu et Hajime Tanimoto en Shinzaburô, Seidan Botan dôrô est une réussite qui mérite d’être connue au-delà du cercle des amateurs de roman porno.


魔性の夏 四谷怪談より [Mashô no natsu Yotsuya kaidan yori] de Yukio Ninagawa (1981, Summer of Demon)
A l’inverse de son beau-frère Yomoshichi obsédé par l’idée de venger la mort de son ancien seigneur Asano, Iemon profite de la vie avec sa femme Oiwa bien que la pauvreté le mine. Une nuit, Iemon tue son beau-père qui lui demandait de l’argent et menaçait de le dénigrer auprès des autorités. Il croise au même moment Naosuke, qui vient d’éliminer Yomoshichi par amour pour Osode, l’épouse délaissée de ce dernier. Les deux s’arrangent pour faire croire à une attaque des ennemis d’Asano et promettent à Oiwa et Osode de châtier les coupables. Cet évènement a toutefois changé le caractère d’Iemon qui, gagné par le cynisme ambiant, jure de se marier avec la fille d’un riche marchand et de se débarrasser d’Oiwa.

Hé oui, encore une nouvelle version de Yotsuya kaidan. Produite par la Shôchiku, elle est cette fois due à Yukio Ninagawa, un metteur en scène de théâtre réputé pour ses adaptations de Shakespeare et de tragédies grecques. Il ne dirigea que cinq films (en incluant un direct-to-video et deux Yotsuya kaidan), Mashô no natsu Yotsuya kaidan yori étant son premier. Plutôt fidèle au texte dans l’ensemble, il réintègre certains éléments fréquemment évacués comme la vengeance des 47 rônins dont il souligne la vanité ou l’hypocrisie des participants, ou le couple Naosuke/Osode, celle-ci étant finalement plus heureuse avec Naosuke qu’avec le rigide Yomoshichi. Yukio Ninagawa adopte une réalisation réaliste avec des personnages humains et des séquences en caméra portée, un éclairage et des décors souvent naturels, et un ton assez léger. Il montre l’amour qui unit Iemon et Oiwa au début, et comment l’absence de valeurs de ses contemporains finit par affecter Iemon. Ces aspects originaux sont toutefois minés par un manque de rythme, un jeu outrancier qui rend les protagonistes agaçants, et des passages horrifiques complètement ratés. Cette tentative de renouvellement de Yotsuya kaidan se révèle donc être un échec.


テケテケ [Teketeke] de Kôji Shiraishi (2009, Teketeke)
Une légende urbaine affirme que la nuit, quand on traverse une passerelle qui enjambe une voie de chemin de fer, qu’on entend le bruit « teketeke » et qu’on se retourne, on se retrouve nez-à-nez avec un fantôme nommé Teketeke à qui il manque la moitié inférieure du corps. Même si on lui échappe, la rumeur dit qu’on meurt dans les trois jours. En rentrant chez elle un soir, Kana se dispute avec sa meilleure amie Ayaka. Elles se séparent, Ayaka emprunte une route inhabituelle et est assassinée. Quelques jours plus tard, Kana va déposer des fleurs à l’endroit où le corps d’Ayaka a été découvert et est attaquée par Teketeke. Elle parvient à s’enfuir mais craint de trépasser le surlendemain.

La légende urbaine de Teketeke émerge dans les années 1980. Elle serait née à Okinawa et se serait répandue pendant le boom des histoires de fantômes dans les écoles au cours des années 1990, apparaissant notamment dans trois opus de la franchise Gakkô no kaidan. C’est durant cette période que plusieurs éléments sont ajoutés au récit, par exemple la mort dans les trois jours si on a réussi à s’enfuir. Cet aspect est probablement inspiré de la légende de Kashima qui date du début des années 1970 et à laquelle celle de Teketeke ressemble. Kashima Reiko serait une femme violée par un G.I. américain qui se serait suicidée en se jetant sous un train. Elle hanterait sous trois jours les personnes qui auraient entendu parler d’elle en leur posant une question mystérieuse en rêve ou par téléphone, une mauvaise réponse entrainant la mort.
Kôji Shiraishi est fan de légende urbaine et avait déjà abordé le sujet avec une autre figure incontournable, la femme à la bouche fendue, dans Kuchisake-onna en 2007 qui ne m’avait pas convaincu. Malheureusement, Teketeke souffre de problèmes similaires. Il peine à aller au-delà de son concept, avec une intrigue très pompée sur Ring (1998) sans le côté creepy, sans respecter les principes de la théorie Konaka (on a ainsi droit à la vision du fantôme avec un plan à la Evil Dead) et, surtout, sans aucun budget. La photographie a un rendu téléfilm cheap, les images de synthèse sont dégueu et l’inexpérience des interprètes se ressent, issu·e·s de la télévision, du mannequinat ou de la chanson (Yûko Ôshima, qui incarne Kana, était à l’époque membre du groupe de J-Pop AKB48). Il existe un deuxième volet, tourné simultanément et sorti le même jour, je le regarderai peut-être par pur complétisme.

稲川淳二のショートホラーシネマ 戦慄のホラー [Inagawa Junji no shôto horâ shinema – Senritsu no horâ] de Kôji Shiraishi (2002, Junji Inagawa's Short Horror Cinema: Horror of a Shiver)
Inagawa Junji no shôto horâ shinema – Senritsu no horâ est composé de quatre épisodes de 13 à 14 minutes :
Chên mêru (« Email chain ») d'Hiroshi Ikezoe : Une bande de lycéennes s’amuse à transmettre une chaîne d’emails soi-disant envoyée par le fantôme d’une camarade qu’elles harcelaient et qui s’est suicidée.
Yama no naka no wasuremono (« Une chose oubliée dans les montagnes ») de Tatsurô Kashihara : Koichi abandonne ses rencarts qui refusent de l’embrasser dans un coin paumé d’une montagne.
Faindâ no kioku (« Souvenirs du viseur ») d'Eiji Satôchi : Yuta drague une fille sur la plage qui, à sa grande surprise, ne le rejette pas. Son pote Atsushi les filme avec son caméscope et se rend compte que quelque chose ne va pas.
TATTOO (« Tatouage ») de Kazuo Koito : Une jeune femme se fait tatouer un papillon dans une inquiétante échoppe.
En 2002, le groupe Kadokawa produisit trois anthologies horrifiques pour le marché de la vidéo sous le titre Inagawa Junji no shôto horâ shinema (« Courts métrages horrifiques de Junji Inagawa »). Pourvues de quatre épisodes chacune, elles étaient présentées par Junji Inagawa, un acteur, animateur TV et radio spécialisé dans les histoires de fantômes, chargé de débiter un petit speech nul avant et après chaque segment. Elles furent sous-titrées Senritsu no horâ (« Une horreur terrifiante ») axée sur les fantômes vengeurs ; Shinjitsu no horâ (« Une horreur véritable ») sur les lieux hantés ; et Densetsu no horâ (« Une horreur légendaire ») sur les légendes anciennes ou récentes. En 2003, une compilation de six épisodes fut éditée en DVD pour les Anglophone sous le titre J-Horror Anthology: Legends. Elle comprenait les quatre volets de Densetsu no horâ et deux autres tirés de Shinjitsu no horâ. En 2005, une seconde compilation, Junji Inagawa's Shivering Horror, proposa les six épisodes restants.
Cette première anthologie Senritsu no horâ se concentre donc sur des fantômes dangereux (avec un bémol dans le cas de Faindâ no kioku). Pas de théorie Konaka ici sauf dans Chên mêru où le téléphone portable véhicule la peur. Les esprits sont clairement visibles, ils parlent, interagissent directement et violemment avec leurs victimes, et ne sont pas franchement effrayants. Il faut dire que les quatre réalisateurs, quasi-débutants à l’exception d’Hiroshi Ikezoe venu de la télévision, ne sont pas du tout spécialistes de l’épouvante. Rien de bien mémorable, espérons que les deux volumes suivants seront meilleurs.

稲川淳二のショートホラーシネマ 真実のホラー [Inagawa Junji no shôto horâ shinema – Shinjitsu no horâ] de Kôji Shiraishi (2002, Junji Inagawa's Short Horror Cinema: Horror of Truth)
Inagawa Junji no shôto horâ shinema – Shinjitsu no horâ est composé de quatre épisodes de 13 à 15 minutes :
Darekaga mite iru (« Quelqu’un regarde ») d’Hiroaki Hirakata : Seule et endettée, Yumiko songe à se suicider. A chaque fois qu’elle essaye, quelque chose l’en empêche.
Shôshin ryokô (« Voyage contre un chagrin d'amour ») d’Hiroshi Ikezoe : Quand elle constate que l’auberge où elle dort est hantée, Chiharu prie pour la venue de son amie Yoshiko qui avait promis de la rejoindre.
Reian shitsu (« Chambre mortuaire ») de Tadafumi Tomioka : Un stagiaire dans un hôpital est chargé de déposer dans la chambre mortuaire le corps d’un enfant décédé. Sa mère arrive et pense que son garçon est encore vivant.
Komen no tamashî (« L'âme à la surface du lac ») de Naoto Yamakawa : Tadao et Mika s’arrêtent dans un restaurant de nouilles sur le bord d’un lac. Quand une famille va s’asseoir dans un coin de la salle, le propriétaire leur dit de ne surtout pas les regarder.
Ce second volume des Inagawa Junji no shôto horâ shinema se focalise sur les lieux hantés. Darekaga mite iru n’a pas grand intérêt. Shôshin ryokô d’Hiroshi Ikezoe évoque un peu Honto ni atta kowai hanashi: Jushiryou (1992, Curse, Death & Spirit) en moins bon, avec une séquence très théorie Konaka. Reian shitsu est acceptable, avec une atmosphère assez triste, et Komen no tamashî est correct, l’idée est originale et ça fonctionne en dépit du manque de moyens. C’est donc au final meilleur que le précédent sans être du niveau des anthologies des années 90.

稲川淳二のショートホラーシネマ 伝説のホラー [Inagawa Junji no shôto horâ shinema – Densetsu no horâ] de Kôji Shiraishi (2002, Junji Inagawa's Short Horror Cinema: Horror of Legend)
Inagawa Junji no shôto horâ shinema – Densetsu no horâ est composé de quatre épisodes de 10 à 16 minutes :
Botan dôrô (“La lanterne pivoine ») de Kiyomi Yada : Otsuyu se présente une nuit au domicile de Shinzaburô, qui avait entendu dire qu’elle était décédée.
Kuma-onna (« La femme-ours ») d’Hiroaki Hirakata : Deux étudiantes sont pourchassées par la terrible femme à l’ourson qui, selon la rumeur, découpe des morceaux de corps de ses victimes.
Yamanba (« La sorcière des montagnes ») de Kiyomi Yada : Deux journalistes sont envoyé·e·s dans un coin paumé pour effectuer un reportage sur la légende de Yamanba, une sorcière anthropophage.
Nurarihyon de Kiyomi Yada : Un petit garçon se prend d’affection pour un fantôme fantasque.
Ce troisième volume des Inagawa Junji no shôto horâ shinema porte sur les légendes traditionnelles, sauf Kuma-onna qui baigne dans une atmosphère contemporaine. Les trois volets de Kiyomi Yada, Botan dôrô, Yamanba et Nurarihyon sont catastrophiques : mal joués, filmés avec les pieds avec une caméra numérique cheap, sans aucun suspense, il n’y a rien à sauver. A l’inverse, Kuma-onna est le meilleur segment des trois anthologies. Il est dirigé par Hiroaki Hirakata, un réalisateur de publicités dont les seules œuvres de fiction furent ses deux histoires pour les Inagawa Junji no shôto horâ shinema. Il instaure un climat flippant dès le départ, fait apparaître un beau monstre de légende urbaine et tient ensuite sa course-poursuite sur dix minutes sans temps mort, avec des effets spéciaux rudimentaires qui fonctionnent bien. Un vrai bon court métrage sur douze, c’est faible…


怪談牡丹燈籠 [Kaidan Botan dôrô] d’Akira Nobuchi (1955, Returning Spirit)
Shinzaburô et Otsuyu sont follement amoureux mais le père d’Otsuyu, le riche officier du shôgun Iijima Heizaemon, veut la marier à un bon parti et pas au pauvre samouraï Shinzaburô. Iels se jurent pourtant fidélité et Shinzaburô déclare renoncer au jeu. En quittant la résidence d’Otsuyu, il est attaqué par des sbires d’Iijima et les corrige facilement. Inquiète, Otsuyu se rend chez lui et tombe sur Okuni, une femme éprise de Shinzaburô qui s’est incrustée en son absence et prétend être en couple avec lui. Le lendemain, Shinzaburô est informé qu’Otsuyu se serait suicidée avec sa servante Okome. Les deux femmes se présentent cependant à sa porte le soir même en affirmant que cette rumeur était un mensonge destiné à séparer les deux amants.

Kaidan Botan dôrô est probablement un goraku-ban de la Toei, ces séries B à petit budget d’à peine une heure avec des acteurs débutants prometteurs. Il dure en effet 57 minutes et met en vedette Chiyonosuke Azuma, un danseur de nihon-buyô recruté par la Toei en 1954 et qui enchaîna les jidai-geki désargentés, avec plusieurs séries populaires chez les enfants. Bien qu’étant initialement une histoire romantique de fantômes, ce Botan dôrô peut d’ailleurs être vu à tout âge. Il y a un peu d’humour, du drame larmoyant, un Chiyonosuke Azuma qui surjoue la terreur de façon comique et même deux combats. Le fantastique est plus présent que dans la majorité des adaptations de Botan dôrô et Shinzaburô ne meurt pas à cause de l’amour d’Otsuyu contrairement à d’habitude. Cela demeure un Botan dôrô mineur, très inférieur au Seidan Botan dôrô de Chûsei Sone (1972).


Livres
Belle de soie de Pavel Bart (Delcourt, collection « Mirages », 2026), 224 p.
Mme Sorel est une tisserande exceptionnelle, dotée d’un secret pour fabriquer une soie multicolore unique. Elle veut que sa fille Jeannette prenne sa succession mais cette dernière n’est pas douée et se fait régulièrement gronder. Un jour, la duchesse, qui a remarqué la beauté de Jeannette, vient demander à Mme Sorel qu’elle soit sa suivante et l’accompagne avec son fils à la cour. Mme Sorel hésite puis finit par accepter. Une étrange femme lui prédit alors que Jeannette aura une destinée hors du commun, d’une façon positive ou négative.

Tandis que Belle de soie avait tout pour me plaire, conte féministe avec de jolis dessins colorés, je n’ai pas totalement accroché. La faute sans doute à une histoire qui se disperse trop, entre Mme Sorel, ses employé·e·s et la prêtresse ; la duchesse, son fils et leur vieille servante ; le roi et sa fille ; l’impératrice et son fils qui veut la main de la princesse ; et les mésaventures de Jeannette. La multiplicité des protagonistes et des récits empêchent de s’attacher à aucun d’entre eux, et la conclusion réunit tout le monde de manière artificielle. Ces réserves mises à part, c’est un beau travail pour un premier album, avec plusieurs personnages féminins centraux et des thèmes originaux pour un conte, notamment l’homosexualité dissimulée, les luttes de pouvoir de la cour, la folie et la propagation de la maladie. L’esthétique particulière avec des visages assez simples ne m’a pas dérangé, cela reste une BD à découvrir en dépit de mon avis mitigé.

Un billet pour l’Arche de Rebecca Nesbit (Editions Autrement, 2022), 314 p.
Dans Un billet pour l’Arche, la biologiste et écologiste Rebecca Nesbit s’interroge sur les problématiques de conservation et la manière dont nous protégeons la nature. A travers une série de questions provocantes opposant divers principes de préservation, elle souhaite stimuler la réflexion du lecteur et évaluer les politiques déployées.
• Y a-t-il un sens à parler de nature sauvage sachant que l’homme exerce un effet sur la nature depuis des centaines de milliers d’années ?
• Pourquoi défend-on les abeilles et non les guêpes qui sont au moins aussi importantes ?
• Qu’est-ce qui détermine si une espèce est invasive et s’il faut l’exterminer ?
• Sachant qu’il est impossible de sauver tout le monde, quelles espèces prioriser ?
• Peut-on s’affranchir du bien-être animal pour préserver une espèce ? Pourquoi accepte-t-on le massacre de certains animaux comme les rats et pas d’autres ?
• Faut-il gérer la nature ou ne pas intervenir quitte à laisser les animaux mourir ? En cas de gestion, comment faire et qui décide ?
• Faut-il favoriser une nature dite sauvage sans êtres humains ou des paysages de compromis avec la présence d’activités humaines et la collaboration des populations locales ?
• Face à deux espèces concurrentes en danger, qui privilégier et pourquoi ?
D’un côté, cet ouvrage soulève d’excellentes questions et pousse à réfléchir au-delà de sa zone de confort. Rebecca Nesbit met en avant les contradictions, à la fois des individus, des Etats et des organismes de conservation de la nature qui ne prennent pas toujours en compte toutes les facettes des sujets. D’un autre, elle oppose de façon parfois binaire les solutions tandis qu’il existe une palette de combinaisons et de nuances. La réponse à apporter est souvent un compromis ou un mélange de propositions afin de garder le plus de chance de succès. Cela demeure toutefois une lecture stimulante que je conseille à ceux qui s’intéressent aux problèmes de conservation voire aux néophytes (qui devront néanmoins relativiser les attaques qui donnent une vision peu reluisante des écologistes, critique interne qui ne doit pas être utilisée à mauvais escient), le style étant très abordable et sans jargon, avec des chapitres clairs et concis.


Revues
Mad Movies n°407 – Septembre 2026
En l’absence d’actualités trépidantes, le Mad Movies de ce mois-ci a consacré son dossier à de vieux briscards du maquillage horrifique : Rick Baker (Le Loup-garou de Londres (1981), Gremlins 2 (1990), les Men in Black), Amazing Jiro (L’attaque des Titans) et Screaming Mad George (Society (1989), Freaked (1993)), avec des entretiens des deux premiers et un article sur le troisième décédé en février 2026.

Au niveau des sorties, je note juste Kraken (2026), un nouveau film d’horreur de banlieue à la française après La tour (2022) et La gravité (2022) ; et The Holy Boy (2025), un folk horror italien. A part ça, un intéressant article sur le polar tamoul cite un tas de titres que je ne connais pas excepté Maanaadu (2021), je vais en ajouter quelques-uns à ma liste des trucs à voir même si ça risque de durer à chaque fois beaucoup trop longtemps, cinéma indien oblige.


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