samedi 26 septembre 2026

Carnet de bord 19/09/2026-25/09/2026



Films vus en compagnie
仄暗い水の底から [Honogurai mizu no soko kara] d’Hideo Nakata (2002, Dark Water)
Yoshimi Matsubara vient de divorcer et de quitter son mari. Pour obtenir la garde de leur fille Ikuko, elle a besoin d’un pied-à-terre et d’un emploi fixe. Elle trouve un appartement dans un immeuble décrépi, avec un vieux gardien à moitié sourd. Bien que le logement ait été rénové, une trace d’humidité s’étend sur le plafond et de l’eau commence à goutter dans sa chambre. A la suite de son emménagement, une série d’incidents se produit. Ils semblent liés à la disparition d’une fillette deux ans auparavant, la petite Mitsuko qui habitait au quatrième étage et allait à la même école qu’Ikuko.

Après Ring (1998) et Ring 2 (1999), Dark Water est la troisième adaptation d’une œuvre de Kôji Suzuki par Hideo Nakata. Il s’agit de la nouvelle Eau en suspension incluse dans le recueil Honogurai mizu no soko kara (« Depuis les profondeurs des eaux obscures »), titre utilisé pour le film au Japon et renommé Dark Water à l’international. Dans le texte de Suzuki, Yoshimi et Ikuko sont installées dans l’appartement depuis trois mois. Le conjoint est absent, il s'est séparé de Yoshimi quatre ans plus tôt et il ne manifeste aucun intérêt pour sa fille. Yoshimi a un boulot stable, il n’y a pas de souci avec l’école d’Ikuko ou de retards récurrents pour aller la récupérer. Le fantôme de Mitsuko n’apparaît pas réellement, sa présence est vaguement suggérée à deux-trois reprises, et la conclusion est très différente. Pour passer d’une intrigue minimaliste de 40 pages qui repose surtout sur l’ambiance à un long métrage d’1h40, il a fallu étoffer. Deux scripts avaient été proposés à Hideo Nakata, un assez hollywoodien et un intimiste dramatique. C’est le second qui a été choisi.
J’avais un bon souvenir de Dark Water et j’ai été un peu déçu de ce revisionnage. Il est clairement moins tendu et rythmé que Ring (1998), moins creepy également que l’impression que j’en conservais. On s’attarde longuement sur les difficultés d’une femme seule à élever son enfant et sur le regard critique porté envers elle par la société, problématiques plutôt bien amenées mais qui diluent la tension. La bande originale démonstrative et inappropriée du pourtant expérimenté Kenji Kawai n’aide pas, elle m’a plusieurs fois sorti complètement de l’histoire. Les séquences horrifiques sont en revanche réussies, une pure application de la théorie Konaka avec un fantôme aperçu du coin de l’œil, par morceaux ou sur une vidéo, une focalisation sur la terreur éprouvée par Yoshimi, et un aspect poisseux et humide avec des objets iconiques inquiétants comme des cheveux ou un sac rouge. En dépit de mes bémols, cela reste efficace et j’attends de voir le remake américain de 2005 pour comparer.


Identity de James Mangold (2003)
Quelques heures avant son exécution, un nouvel élément surgit dans l’affaire du serial killer Malcolm Rivers et ses avocats demandent la suspension de la sentence. Il est transféré en plein orage pour une audience devant le juge. Pendant ce temps, Ed conduit la comédienne Caroline Suzanne à Las Vegas et renverse une femme sur une route paumée. Accompagné du conjoint et du fils de la blessée, il l'emmène au motel le plus proche pour appeler une ambulance. Toutes les routes et les communications sont malheureusement coupées et une dizaine de personnes se réunissent dans les lieux. Outre Ed et ses quatre passagers, le groupe est constitué du réceptionniste Larry, de la prostituée Paris, du couple de jeunes mariés Ginny et Lou, et du policier Samuel avec son prisonnier. Au cours de la soirée, Caroline est sauvagement assassinée et Ed prend les choses en main.

Oh que c’était mauvais. Je ne comprends pas comment ce truc peut avoir 7,3 sur imdb. OK, il y a un joli décor de studio avec une belle photographie nocturne sous la pluie et des acteurices connu·e·s qui en rajoutent (Clea DuVall est catastrophique en Ginny). Et c’est à peu près tout. Les personnages sont des stéréotypes ambulants, entre l’ex-flic désabusé, le gosse Timmy dont les parents vont évidemment mourir (avec un tel prénom, il l’avait cherché), le policier louche et le malfrat trop méchant pour être le coupable… Quant au scénario, il est écrit avec les pieds en s’inspirant vaguement d’Ils étaient dix d’Agatha Christie, avec des facilités permises par un twist à deux balles qu’on sent à deux kilomètres. Certes, la conclusion est inattendue mais pas dans le bon sens, usant du cliché The Dog Was the Mastermind (le chien était le cerveau) sur fond de montage ridicule. On a explosé de rire sur la dernière séquence avec ma copine, un grand moment nanar d’une stupidité rare dans un gros machin hollywoodien. D’une certaine façon, Identity vaut le coup juste pour ce dénouement involontairement hilarant dont je me souviendrais longtemps.


Dark Water de Walter Salles (2005)
Dahlia se bat contre son ex-mari Kyle pour la garde de leur fille Cecilia. Elle lui reproche de ne s’être jamais intéressé à leur enfant tandis qu’il affirme qu’elle est folle et n’est pas capable de s’occuper de Cecilia. Avec des moyens financiers limités, à la recherche d’un emploi, Dahlia trouve un appartement dans un immeuble miteux sur Roosevelt Island, à côté de Manhattan. Juste après son emménagement, de l’eau noire commence à goutter de son plafond. La tension accumulée fait remonter à Dahlia de mauvais souvenirs d’enfance et elle cauchemarde toutes les nuits. Cecilia est également perturbée et se met à parler avec une amie imaginaire nommée Natasha.

A la suite du succès de The Ring en 2002 et The Grudge en 2004, Hollywood produit en 2005 un remake d’un autre classique de la J-Horror, Dark Water d’Hideo Nakata (2002). La direction a été confiée au Brésilien Walter Salles, remarqué en 2002 avec La cité de Dieu, et met en vedette Jennifer Connelly en Dahlia, accompagnée par John C. Reuilly (l’agent immobilier) et Tim Roth (l’avocat de Dahlia) dans des rôles secondaires. Par rapport à l’original, le scénario se focalise sur la solitude des protagonistes et les troubles mentaux de Dahlia, avec une insistance lourde sur son enfance difficile. Son point de vue s’avère peu fiable, renforçant les doutes sur la véracité de ses allégations. Le fantastique et l’horreur passent au second plan, c’est trop démonstratif et explicatif comme toujours chez les Américains. Sans être désastreux en soi, ce Dark Water est inférieur à la version japonaise et n’apporte pas grand-chose.


Films vus seuls
怪談乳房榎 [Kaidan chibusa enoki] de Gorô Kadono (1958, The Mother Tree)
Namihei est un rônin lubrique fan de peinture, qui s’arrange pour être engagé en tant qu’élève du maître d’estampes Shigenobu Hishikawa dont il a aperçu la belle épouse Okise. Pendant que Shigenobu est absent pour exécuter une commande pour le temple Nanzoin à Toshima dans la banlieue de Tôkyô, Namihei abuse d’Okise en menaçant de tuer son bébé si elle ne se plie pas à ses désirs. Namihei trucide Shigenobu à son retour mais l’esprit de celui-ci, qui n’a pas encore terminé son œuvre pour le temple, erre parmi les vivants et vient hanter son assassin.

Rien qu’en voyant l’affiche racoleuse de Kaidan chibusa enoki, je me doutais que c’était une production de la Shintôhô. Elle a été confiée à Gorô Kadono, un ancien assistant-réalisateur de la Tôhô qui bénéficia d’une promotion en 1955 après huit ans à la Shintôhô. Il mit en scène une vingtaine d’opus pour la Shintôhô et fut notamment responsable du renvoi de Michiko Maeda, qui refusa de relever inutilement sa jupe sur un de ses tournages. Après la faillite de la Shintôhô, il ne dirigea qu’un seul long métrage avant de se retirer. Kaidan chibusa enoki est un de ses titres les plus connus, tiré d’un feuilleton de 1888 de San'yûtei Enchô, l’auteur de la version de référence de Botan dôrô.
D’une durée d’à peine 48 minutes (projeté en double programme avec Bôrei kaibyô yashiki de Nobuo Nakagawa), Kaidan chibusa enoki va droit au but et se concentre sur les vilenies de l’affreux Namihei puis sur les fantômes de Shigenobu et de la servante d’Okise, également pourfendue par Namihei. Ce dernier est incarné par Asao Matsumoto, un second couteau de la Shintôhô spécialisé dans les sales types, qui s’en donne à cœur joie. Par rapport au texte d’origine, attention spoiler, ce n’est pas le fils devenu adulte de Shigenobu qui se venge, c’est Okise directement, probablement pour gagner du temps. Les effets rudimentaires fonctionnement correctement, c’est simple et efficace, Kaidan chibusa enoki est un petit divertissement sans prétention pas désagréable.


Ahí vienen los gorrones de Gilberto Martínez Solares (1953, Here Come the Freeloaders)
Parce qu’un individu a été tué dans leur restaurant et que leur patron a été mis en prison, Rosita, Martín, Aniceto, Cachetes et Eufrosina perdent leur boulot. Bien qu’iels soient fainéant·e·s, iels parviennent vite à en retrouver un. Rosita et Martín sont engagé·e·s chez une famille bourgeoise jusqu’à ce que Rosita soit virée car sa maîtresse est jalouse d’elle ; Aniceto devient le majordome d’un riche producteur ; Eufronisa est employée par une alcoolique en lien avec des bandits ; et Cachetes, que personne ne veut embaucher, doit se déguiser en femme pour obtenir un poste de domestique et est rapidement harcelé par l’homme de la maison.

Gilberto Martínez Solares fut le metteur en scène quasi-attitré de Germán Valdés dit Tin-Tan, un populaire acteur des années 1950. Il propose ici une comédie avec d’autres artistes à la mode : Clavillazo (Martín), un sous-Cantinflas constamment en roue libre qui m’avait déjà exaspéré dans Conquistador de la luna (1960) ; Manolín (Aniceto), un comédien/chanteur qui travailla régulièrement en duo avec Estanislao Schillinsky (qui incarne le producteur) ; Mantequilla (Cachetes, rien à voir avec le boxeur Mantequilla croisé dans Santo y Mantequilla en la venganza de la Llorona (1974)) ; et du côté féminin Celia Viveros (Eufrosina, presque aussi agaçante que ses collègues masculins) et surtout Lilia del Valle (Rosita), qui ne se situe clairement pas dans la même catégorie que ses comparses. Elle interprète plusieurs chansons plaisantes, danse et joue sans en rajouter, point éminemment appréciable dans cet océan de lourdeur. C’est malheureusement insuffisant pour sauver ce pénible Ahí vienen los gorrones.
A noter un numéro de Tongolele, qui se fit connaître pour ses danses exotiques en petite tenue et fut un sex-symbol des années 1940-50.


戦慄怪奇ファイル コワすぎ! FILE-01【口裂け女捕獲作戦】 [Senritsu kaiki fairu kowa sugi! FILE-01 [Kuchisake-onna hokaku sakusen]] de Kôji Shiraishi (2012, Senritsu Kaiki File Kowasugi! File 01: Operation Capture the Slit-Mouthed Woman)
Le réalisateur Jin Kudo montre à son assistante Miho Ichikawa et son caméraman Masatsugu Tashiro une vidéo qu’il a reçu. Deux hommes ont filmé dans leur quartier une grande femme avec des cheveux longs portant un imperméable et un masque chirurgical, en train de marmonner près d’un poteau. Quand elle les remarque, elle hurle et les poursuit en courant à une vitesse impressionnante. Jin pense qu’il pourrait s’agir de la femme à la bouche fendue et souhaiterait la capturer. Avec Miho et Masatsugu, ils entament un documentaire en interrogeant le voisinage ou un folkloriste afin de retrouver la trace de cette femme inquiétante.

Senritsu kaiki fairu kowa sugi! FILE-01 [Kuchisake-onna hokaku sakusen] est le premier volet d’une série de neuf opus (huit en vidéo et un au cinéma) centrés sur le trio Jin/Miho/Masatsugu, une équipe de documentaristes captivés par le paranormal. La caméra de Masatsugu (joué par Kôji Shiraishi qu’on ne voit jamais directement) suit les enquêtes de Jin et Miho, aidés par les auteurs des cassettes à l’origine de leurs investigations. Kôji Shiraishi applique ici un procédé qu’il avait employé avec succès dans Noroi (2005). Il s’inspire en outre de l’interminable série Honto ni Atta! Noroi no Video, qui repose sur un système solidement établi : chaque épisode commence par une vidéo envoyée par un amateur comportant un évènement étrange. Une discussion s’enchaîne pour comprendre ce que l’on vient de regarder, avec parfois des reconstitutions, à mi-chemin entre le documenteur assumé et une émission à la Mystères. Créée en 1999, Honto ni Atta! Noroi no Video en est actuellement à 117 épisodes et est toujours en cours. Kôji Shiraishi ne prétend pas de son côté que ce qu’il présente est réel, il préfère puiser dans un domaine qui le passionne, celui des légendes anciennes ou urbaines.
Pour son entrée en la matière, il reprend le personnage de la femme à la bouche fendue qu’il avait déjà utilisé dans son décevant Kuchisake-onna (2007). Ce second essai est bien meilleur. Dans Kuchisake-onna, il avait été handicapé par un rendu télévisuel médiocre, son intrigue s’enlisait et ses acteurices manquaient de charisme. En adoptant le principe du documenteur, il contourne certains de ces problèmes et propose un reportage qui tient la route, avec un Jin qui se révèle violent et méprisable, laissant planer autour de lui une aura de mystère qui sera sans doute exploitée plus tard. Kuchisake-onna apparaît brièvement, de loin ou à travers des dispositifs audiovisuels d’une manière caractéristique de la J-Horror, ce qui évite de recourir à des images de synthèse moches et permet de conserver la creepytude. Je suis donc plutôt convaincu et j’attends la suite avec curiosité.


江戸っ子繁昌記 [Edokko hanjôki] de Masahiro Makino (1961, Works of the Fish Man)
Depuis que sa sœur Okiku est la servante du seigneur Aoyama Harima, Katsugoro reçoit de sa part une rente mensuelle et est devenu fainéant. Il a abandonné son activité de yakuza et exerce le métier de vendeur ambulant de poissons, buvant plus que de raison et travaillant rarement, au désespoir de sa femme Ohama. Une nuit, il rêve qu’Okiku est assassinée par Aoyama. Bien que chamboulé par ce cauchemar, Ohama l’oblige à aller bosser. En se rafraichissant le visage dans le port, il tombe sur une bourse remplie d’or, rentre chez lui euphorique et se saoule. Le lendemain, Ohama, qui a confié le magot à leur propriétaire, lui affirme qu’il n’a jamais trouvé d’argent et qu’il a dû rêver.

Edokko hanjôki est dirigé par le vétéran Masahiro Makino, le fils du légendaire père du cinéma japonais Shôzô Makino. Il fut lui-même acteur pour son père et un réalisateur prolifique avec plus de 200 longs métrages à son compteur entre 1927 et 1972, majoritairement des chanbaras et des films de yakuzas. Pour Edokko hanjôki, il mélange deux récits célèbres au Japon : le classique du rakugo Shibahama (芝浜) sur les mésaventures d’un vendeur de poissons alcoolique qui ramasse un porte-monnaie bourré de ryôs puis est trompé par son épouse qui craint la corruption de l’argent facile ; et Banchô sarayashiki, une des trois grandes histoires de fantômes japonais, sur un seigneur qui tue sa servante dont il est amoureux parce qu’elle a cassé une assiette précieuse.
Kinnosuke Nakamura incarne à la fois Katsugoro et Aoyama, en surjouant Katsugoro afin de contraster avec le sérieux d’Aoyama, notamment au cours d'une scène de beuverie pénible. Il est heureusement entouré par une distribution solide, en particulier Yumiko Hasegawa en Ohama et l’excellent Takeshi Sakamoto en propriétaire, un comédien incontournable des années 1930 à 50 qui joua dans une vingtaine d’Ozu. Le fantastique est léger, on a juste droit à un rêve prophétique et un fantôme mutique pendant une minute. Le regroupement des deux histoires ne fonctionne pas, le volet dramatique lié à Banchô sarayashiki est au second plan et son rattachement est artificiel. Rien de franchement mémorable au final, à l’image de la plupart des Masahiro Makino tardifs qui ne se foulait plus vraiment alors qu’il était un innovateur dans sa jeunesse (à l'exemple de sa comédie musicale déjantée Oshidori utagassen (1939)).


手討 [Teuchi] de Tokuzô Tanaka (1963, A Samurai Never Tells a Lie)
En 1658, vers la fin de l’ère Meireki, l’officier du shôgun Genjirô Shindo baille durant une représentation de nô effectuée par le puissant seigneur Maeda Kaga no Kami. Vexé, celui-ci s’arrange pour que le conseil shôgunal ordonne à Genjirô de se faire seppuku. Envoyé pour négocier, son meilleur ami Harima Aoyama ne parvient pas à infléchir la décision et Genjirô se tue de façon flamboyante. Révoltés, ses camarades se réunissent pour former le Shiratsuka-gumi, un groupe de jeunes bravaches qui mettent le bazar en ville. D’abord réticent, Aoyama accepte d’y adhérer pour tenter de les brider, sans succès. Afin d’apaiser la situation, on lui demande d’épouser une princesse membre de la famille de Maeda. Il est tiraillé car il a promis le mariage à sa servante Okiku dont il est éperdument amoureux.

Deux ans après Edokko hanjoki de la Toei qui utilisait Banchô sarayashiki en toile de fond, la Daiei offre sa propre adaptation en s’appuyant sur la version de Kidô Okamoto de 1916. Tokuzô Tanaka ne s’intéresse cependant pas beaucoup à la romance ou au fantastique, complètement absent, il se focalise sur les intrigues politiques et la rigidité des conventions. Le mot teuchi désigne d’ailleurs une peine capitale infligée par un seigneur féodal à son vassal.
Teuchi est un véhicule à la gloire de Raizô Ichikawa, toujours impeccable lorsqu’il s’agit d’incarner les samouraïs stoïques à la colère rentrée. Il est entouré d’une jolie brochette de seconds couteaux du genre, notamment Tomisaburô Wakayama encore cantonné aux rôles d’arrière-plan et qui est impressionnant de charisme en Genjirô Shindo. Okiku est interprétée par Yukiko Fuji dans un de ses rares jidai-geki. La direction de Tokuzô Tanaka, un cinéaste de second plan de la Daiei spécialisé dans les séries type Zatôichi, Nemuri Kyôshirô ou Heitai yakuza, est sobre et efficace, la photographie est superbe, la musique d’Akira Ifukube est comme d’habitude excellente et il n’y a pas de temps mort. Sans être foncièrement innovant et bien qu’assez éloigné de ce qu’on attend d’un Banchô sarayashiki, Teuchi fut donc un spectacle plaisant.


戦慄怪奇ファイル コワすぎ!FILE-02【震える幽霊】 [Senritsu kaiki fairu kowa sugi! FILE-02 [Furueru yûrei]] de Kôji Shiraishi (2012, Senritsu Kaiki File Kowasugi! File 02: Shivering Ghost)
Jin Kudo a reçu une nouvelle vidéo dévoilant un potentiel phénomène surnaturel. De nuit dans un bâtiment désaffecté, deux couples entendent un son de clochette et aperçoivent une ombre fantomatique tremblante dans un coin d’une pièce déserte avant de fuir en courant. Jin contacte les auteurs de la vidéo et ils se rendent sur les lieux accompagnés de Miho et de Masatsugu. Il manque juste Yuko, qui avait initialement proposé la visite nocturne et est injoignable. Sur place, ils réentendent la clochette et les trois jeunes sont saisis de spasmes. Sur le retour, un des garçons remarque que Yuko lui a laissé un étrange message sur son téléphone. Ils se précipitent chez elle, sa chambre est vide et un repas entamé froid se trouve sur sa table.

Ce deuxième volet des Senritsu kaiki fairu kowa sugi! est la suite directe du premier, Jin réemployant même un accessoire maudit récupéré chez une victime de la femme à la bouche fendue. Toujours dans la logique des Honto ni Atta! Noroi no Video, une nouvelle cassette est regardée et analysée puis génère une enquête. La créature est cette fois un classique fantôme à peine visible dans la pure tradition de la théorie Konaka, avec une horreur suggérée plutôt que montrée (ça coûte moins cher et ça évite les images de synthèse moches). Jin est de plus en plus abject, violent et froussard, prêt à tout pour obtenir une séquence choc susceptible de favoriser son documentaire. A mi-chemin, on part sur un délire autour de la bizarre Yuko et de la tour Tokyo Skytree. Cet aspect ne m’a pas vraiment convaincu mais l’ensemble reste fort sympathique, avec des scènes creepy et une bonne utilisation des faibles moyens. Je vais continuer avec plaisir sur les épisodes suivants.


怪談累が渕 [Kaidan Kasane-ga-fuchi] de Tokuzô Tanaka (1957, The Ghost of Kasane)
En 1773, Soetsu est un masseur aveugle du village d’Hanyû dans la province de Shimôsa à l’Est de Tôkyô. Il est également usurier et se rend chez le samouraï Shinzaemon Fukami pour collecter une dette. Furieux, celui-ci l’assassine et demande à un serviteur de se débarrasser du corps en le jetant dans le marais de Kasane. Le jour de l’enterrement de Soetsu, Shinzaemon voit surgir le fantôme de sa victime. En voulant le sabrer, il tue sa propre épouse et, pris de folie, meurt en s’enfonçant dans le marais. Sans ressources, le pauvre domestique de Shinzaemon abandonne le fils de ce dernier, Shinkichi, devant une riche boutique. Vingt ans plus tard, le commis Shinkichi suscite l’intérêt de la fille de la propriétaire, la belle Ohisa, et d’une professeure de Shamisen nommée Toyoshiga qui est en réalité la fille de Soetsu.

Kaidan Kasane-ga-fuchi est la première adaptation d’après-guerre de la célèbre pièce de rakugo de San'yûtei Enchô Shinkei Kasane-ga-fuchi. C’est une histoire extrêmement longue et complexe qui possède presque cent chapitres généralement divisés en dix parties. Cette version reprend les parties 1, 3 et 4 : Le meurtre de Sôetsu ; La mort de Toyoshiga ; et Le meurtre d'Ohisa – Jinzô du talus (Jinzô du talus étant absent, remplacé par un manipulateur joué par Tetsurô Tanba). Le ton est moins sordide que dans le récit d’origine, Shinkichi est présenté comme un jeune naïf trop faible et ce n’est que vers le dénouement qu’il devient détestable. Les apparitions de fantômes sont limitées au début et à la fin dans des passages assez sanglants pour l’époque bien que le noir et blanc diminue l’impact (à comparer par exemple au Tôkaidô Yotsuya kaidan en couleurs aussi réalisé par Nobuo Nakagawa pour la Shintôhô en 1959). J’avais préféré la transposition de 1970 de Kimiyoshi Yasuda qui se concentrait sur le meurtre de Sôetsu avec l’ajout de péripéties inspirées de Yotsuya kaidan.


下郎の首 [Gerô no kubi] de Daisuke Itô (1955, La tête du serviteur)
Pendant que Shintarô est en train de pêcher paisiblement avec son serviteur Toppei, son père est assassiné par un samouraï de passage nommé Isogai au cours d’une partie de go qui a mal tourné. Quand Shintarô arrive en courant, Isogai a déjà fui. Il se lance alors dans un voyage de vengeance avec Toppei, ce dernier n’ayant pas vu Isogai et sachant seulement qu’il porte neuf grains de beauté sur le visage et qu’il lui manque un doigt. Trois ans plus tard, ils n’ont toujours pas mis la main sur Isogai et Shintarô est alité. Toppei, devenu saltimbanque pour gagner de quoi acheter les médicaments, croise une femme entretenue, Oichi, qui propose de l’aider.

La MCJP a démarré le 25 septembre 2026 une courte rétrospective consacrée à Daisuke Itô avec dix longs métrages rares, principalement d’après-guerre. Ce n’est pas sa meilleure période, ses chefs d’œuvres et 80% de sa carrière datant des années 1920-1930 mais la majorité de ses films sont malheureusement perdus. Gerô no kubi est d’ailleurs un auto-remake de son Gerô de 1927 qui a disparu et dont cette version de 1955 est apparemment très proche. Pensé à l’origine pour Tsumasaburô Bandô, le projet fut mis en pause à son décès en 1953 avant que Jun Tazaki ne reprenne le rôle de Toppei. Acteur de théâtre durant les années 1930 et 1940, il entra à la Shintôhô en 1950, avant la prise de contrôle du studio par Mitsugu Okara et le virage sensationnaliste de la seconde moitié des années 1950. Il est surtout connu de nos jours pour ses performances dans des tokusatsu de la Tôhô des années 1960. Il est en tout cas parfait en Toppei, à l’image d’une distribution solide en dépit de l’absence de stars, avec un méchant incarné par l’habituel sale type Eitarô Ozawa. Le souci est que Daisuke Itô étire ses séquences plus que de raison et mélange maladroitement l’humour et le drame, tombant à chaque fois dans l’excès et désamorçant la tension. C’est dommage car le scénario, critique des valeurs féodales, est intéressant et aurait mérité un traitement plus subtil.


Livres
Serpent rouge de Hideshi Hino (IMHO, 2020), 192 p.
Un petit garçon vit dans une gigantesque demeure effrayante. Il aimerait s’enfuir mais, à chaque fois qu’il essaye, il revient à son point de départ. Il n’est par ailleurs jamais parvenu à aller dans une aile condamnée par un immense miroir. D’après son grand-père, le miroir est un talisman qui protège contre les démons et empêche de pénétrer dans la chambre close, action qui entrainerait le malheur de la famille. Le garçon est donc obligé de subir les lubies de son grand-père doté d’un immonde furoncle, de son père qui élève des poules, de sa grand-mère qui couve des œufs, de sa sœur qui mange des vers et de sa mère qui soulage son grand-père en marchant sur son furoncle. Un jour, il franchit en rêve le seuil du miroir, libérant un terrible serpent rouge.

Publié en mai 1983 par Hibari Shobô, Serpent rouge prolonge, selon Morolian, la tentative d’Hideshi Hino d’exorciser ses démons après Panorama de l’enfer. Epuisé, il fera un séjour à l’hôpital à l’achèvement de cette œuvre et travaillera dès lors de façon apaisée. Dans Serpent rouge, on suit le point de vue du garçon, personnage neutre et pour une fois pas antipathique, qui regarde avec effarement le monde qui l’entoure dont il voudrait s’échapper. L’histoire est toujours aussi violente et sordide, avec une succession de scènes bizarres de plus en plus gores avant une conclusion en queue de poisson qui recommence le cycle. Si j’ai trouvé ça moins pénible que Panorama de l’enfer, cette horreur excessive sans réel objectif n’est pas ma tasse de thé.

Dark Water de Kôji Suzuki (Pocket, collection « Terreur », 2003), 284 p.
Dark Water est un recueil de huit nouvelles compilées en 1996 :
• Prologue et Epilogue (inédits) : Une grand-mère promet à sa petite-fille un trésor ramassé en bord de mer.
• Dark Water (mai 1993, paru initialement dans Shosetsu Yasei jidai) : Des évènements étranges se déroulent dans l’immeuble quasiment vide où Yoshimi et sa fille Ikuko ont emménagé, dans lequel une fillette avait disparu deux ans auparavant.
• L’île déserte (mars 1995, Shôsetsu Ô) : Quelques mois avant sa mort, Aso a affirmé à son ami Kensuke qu’il avait abandonné sa copine Yukari sur un îlot désert dans la baie de Tôkyô.
• A fond de cale (juillet 1995, Shôsetsu Yasei jidai) : Le détestable pêcheur Hiroyuki se sent mal à l’aise depuis la disparition de son épouse.
• Une croisière de rêve (septembre 1994, Shôsetsu subaru) : Bloqué sur le voilier d’un ex-camarade de classe qui essaye de l’embarquer dans une affaire louche, Masayuki attend avec impatience de rentrer au port. Soudain, le bateau s’arrête et ne veut pas redémarrer.
• A la dérive (septembre 1995, S-F magajin) : Sur le chemin du retour vers le Japon, un thonier tombe sur un yacht de luxe sans passager. Le marin Kazuo se propose pour y monter pendant que le thonier le remorque.
• Couleurs d’eau (octobre 1995, Shôsetsu hôseki) : Durant une représentation d’une pièce de théâtre dans une ancienne discothèque, de l’eau commence à goutter sur scène.
• Des forêts sous la mer (janvier 1996, Shôsetsu Yasei jidai) : Deux spéléologues amateurs, Sugiyama et Sakakibara, recherchent des grottes inexplorées dans une forêt. Ils découvrent une magnifique caverne souterraine dans laquelle Sugiyama hésite à s’enfoncer.
Je ne savais pas que Dark Water était un recueil de nouvelles, rien n’est précisé sur le quatrième de couverture et je pensais que c’était un roman. Après le prologue et la première histoire intitulé en français Dark Water (en japonais 浮遊する水/Fuyû suru mizu soit « Eau en suspension ») qui s’achève de manière plus ouverte que le long métrage d’Hideo Nakata, j’attendais le retour de Yoshimi et Ikuko. J’ai fini par comprendre en entamant Une croisière de rêve qu’elles ne reviendraient pas. C’est dommage car Dark Water/Eau en suspension est la meilleure histoire du bouquin. Plus ramassée que le film, située exclusivement dans l’immeuble sur une courte période, elle développe une ambiance inquiétante baignant dans un léger fantastique malaisant. Kôji Suzuki s’est apparemment inspiré de sa propre expérience, se demandant comment un petit sac à main rouge trouvé sur le toit de son immeuble avait pu arriver là.
Toutes les nouvelles sont liées à l’eau et se passent dans les environs de Tôkyô. J’ai moins accroché à celles qui ne comportent pas de fantastique soit L’île déserte, Des forêts sous la mer, et le prologue et l’épilogue qui forment un tout. Le personnage principal d'A fond de cale est trop affreux pour que je me préoccupe de ses mésaventures et je n’ai pas compris où Couleurs d’eau voulait en venir en dépit d’une belle séquence d’épouvante. Une croisière de rêve (qui a été adapté à la télévision au Japon en 1997 et par la série Masters of Horror en 2007) a un bon concept pas totalement exploité. Enfin, A la dérive m’a plutôt convaincu, avec une montée progressive de la tension et de l’horreur ainsi qu’un côté très lovecraftien. Ce n’était pas désagréable dans l’ensemble même si j’aurais préféré être au courant dès le départ que les récits étaient indépendants et que seul le premier avait un rapport avec le classique d’Hideo Nakata.


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